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Full text of "Chansons populaires des provinces de France"

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I 

I 




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I 



PARIS. TYPOGRAPHIE DE HENRI PLON 

IMPRIMEUR DE l'eMPEREI'R 
RUE GARANC1ÈRE, 8. 



CHANSONS POPULAIRES 



DES 




NOTICES 

PAU GHAMPFLEURY 

ACCOMPAGNEMENT DE PIANO 

PAR J. B. WEKERLIN 

ILLUSTRATIONS 

n mm. nin.v, rracqiemond, catenacci, cocubet, faivre, flameng, français 

PATH, HANOTEAl", CH. JACQfE, En. MORIN, M. B AMD , STAAL, VILLE VIEILLE. 




NOËL S. — CHANSONS DE MAI. — BALLADES. 
CHANSONS DE MÉTIER S. — RONDES. — CHANSONS DE MARIÉES. 



PARIS 

LIBRAIRIE NOUVELLE 
BOIJRDILLI AT ET C", ÉDITEUR^ 

16, BOULEVARD DES ITALIENS 



1K00 



/ré** 



PRÉFACE 



Au poète Charles Baudelaire. 

I. 

« Il existe, écrivait un statisticien méridional, quelques chansons dans le dialecte du 
département, qui n'offrent rien de gracieux ni de délicat, et qui ont dû être composées 
par des personnes peu douées du talent poétique. » Telle était, il y a cinquante ans, 
l'opinion générale sur la poésie populaire, qu'on traitait avec le mépris de Louis XIV pour 
les peintres flamands. La publication présente témoigne de la réaction qui s'est produite 
en faveur de la poésie populaire. Celle réaction est-elle toute moderne? Quel motif la 
dirige et la rend si forte? C'est ce qu'il est facile d'expliquer, appuyé sur de grands 
esprits : Platon, Montaigne, Jean-Jacques, Goethe et bien d'autres , qui tous ont pro- 
testé de leur admiration pour ces cris spontanés qui s'échappent tout à coup du cœur 
des peuples. 

Les grands esprits qui ont sondé la profondeur de l'idée et qui ont usé leur corps à 
la recherche d'étoffes brillantes pour habiller ces idées, sont ceux-là mêmes qui se sont 
enthousiasmés le plus vivement pour un pauvre petit art, tout nu, souvent crollé, mais 
gai et souriant, naïf, et ne craignant pas plus de montrer ses nudités que l'enfant qui 
vient de naître. 

L'admiration pour cet art naïf n'était-elle pas une affectation de la part des hommes qui 
avaient dépensé leur vie en sens contraire? La question de mode, insupportable quand 
elle sert de thème de conversation aux médiocrités, les poussait-elle à vanter outre me- 
sure un art dont chaque cri élait une opposition à leur manière de manifester leurs sen- 
timents? Gœthe répondra avec sa sérénité habituelle : « Nous autres modernes, nous 
savons bien sentir la grande beauté d'un sujet naïf; nous savons même la manière de 
rendre ce sujet, et nous ne le rendons pas. L'esprit domine trop chez nous, il étouffe 
les grâces naturelles. » 

La véritable naïveté a un tel charme que chacun y est pris; mais les lettrés en sont 
plus frappés que d'autres. Qu'ils peignent de grandes passions, plus grandes que nature, 
ils n'en sont pas moins poursuivis par le démon de la réalité qui ne les quitte pas el 
tout à coup vient imposer son mot, quelquefois le grand mot de la pièce. Corneille et 
Racine, à travers l'emphase propre à la tragédie, trouvent de ces mots qui sont ceux 
applaudis par la foule. La poésie populaire n'en connaît pas d'autres. Je ne mettrai pas 
des chansons populaires en regard des tendresses de Racine et des grandeurs de Cor- 
neille, mais je n'ai pas besoin de citer la fameuse opinion du Misanthrope, qui me semble 
penser et parler juste comme parlait Molière. Molière (et son étroite parenté avec le 
Misanthrope ressort bien de son œuvre et de sa vie) préférait : 

Si le roi m'avait donné 
Paris sa grand' ville 

à tous les poèmes ennuyeux de son temps. 

Ne faut— il voir là-dedans que la boutade d'un homme irrité contre de làchcux rimail- 
leurs? Mais en voilà un autre, grave à l'excès en matière de poésie, une sorte de géo- 
mètre, Malherbe, dont Tallemant des Réaux nous a conté l'historiette : 
a 



II 



PRÉFACE. 



« M. Chapelain trouva un jour Malherbe sur un lit de repos qui chantait : 

D'où venez-vous, Jeanne? 
Jeanne, d'où venez-vous? 

et ne se leva point qu'il n'eût achevé. — « .l'aimerais mieux, lui dit-il, avoir fait cela 
» que toutes les œuvres de Ronsard. » Racan dit qu'il lui a ouï dire la même chose d'une 
chanson où il y a à la fin : 

Que me donnerez-vous? 
Je ferai l'endormie » 

Je veux être impartial et ne pas tromper mes lecteurs. Malherbe, tout solennel qu'il 
se montrât en ses poésies, était dans'la vie un excentrique qui, bien avant M. Proudhon, 
disait « que les poètes ne sont guère plus utiles à l'Etat que des joueurs de quilles. » Il 
faut prendre garde à ces esprits inquiets, aigris, tracassés et chagrins. Un noir dans 
l'esprit les fait abonder en sarcasmes qu'il est dangereux de prendre au pied de la lettre. 
Et Molière lui-même, dans cette grande création du Misanthrope , n'est pas toujours 
bon à donner en précepte. 

La poésie populaire a d'autres défenseurs qui ne lui manquent pas, et si nombreux 
que j'ai peine à contenir leur épais bataillon, dont chaque soldat demande à donner seul 
et à combattre en champ clos , Montaigne le premier : « La poésie populere et purement 
naturelle, dit-il, a des naïfvelcz et grâces par où elle se compare à la principale beauté 
de la poésie parfaietc selon l'art : comme il se voit ès villanelles de Gascouignc et ans 
chançons qu'on nous raporte des nations qui n'ont conoissanec d'aucune science ny 
mesme d'escriplure. La poésie médiocre qui s'arrête entre deus est desdeignée , sans 
honeur et sans pris. » 

Rien de plus sage que celte opinion : Montaigne est celui qui voit juste en presque 
tout. Nourri de la forte poésie des anciens, mais admirant la façon de parler du peuple, 
il ne blâme que la médiocre poésie entre deus, celle qui n'est pas savante, qui ne se 
rehausse pas par le naturel, qui n'est ni chair ni poisson. 

Luther, comme tout réformateur, voit la chanson en moraliste : « Où chantent de 
braves compagnons, s'écric-l-il , l'humeur méchante ne saurait être; la colère, l'envie, 
la haine, les chagrins ne sauraient rester dans le cœur. » 

Jean-Jacques a dû souvent ouhlicr son hypocondrie en écoulant les bruncttes de son 
époque. Je ne connais pas de plus claire et de plus jolie définition (pie celle qu'il a don- 
née de la chanson « Un petit poéme lyrique fort court, qui roule ordinairement sur 
des sujets agréahles, auquel on ajoute un air pour être chaulé dans des occasions fami- 
lières, comme à table avec ses amis, avec sa maîtresse, et même seul, pour éloigner 
quelques instants l'ennui , si l'on est riche, cl pour supporter plus doucement la misère 
et le travail, si l'on est pauvre. » 

Un auteur espagnol moderne (voir Vccchie ronianze spagnolc , llruxclles, 1837) 
peut encore se citer après Jean-Jacques : <> Sache que pour bien jouir de celle simple 
poésie, il faut que lu redeviennes petit, que tu mettes de côté les réminiscences savantes, 
et laisses aller ton cœur aux impressions naturelles , sans chercher à les analyser. De 
même que j'ai fredonné ces vers en les écrivant, toi aussi, â mesure que tu les liras, 
applique-leur une mélodie quelconque qui tienne lieu de la mélodie étrangère et en 
rende l'effet plus sensible sur ton esprit : cet accessoire est indispensahlc a qui veut 
goûter la poésie populaire, » 

Mais il faut entendre le défenseur et l'accusateur. Le poète du Bellay, dans son 
Illustration de la lanxjue franroise, se fâche contre la poésie comme le poêle Malherbe. 
Dans sa colère il enveloppe lous les genres au profil de l'antiquité. L'antiquité a été telle- 
ment attaquée de nos jouis qu'on pcul bien rappeler un de ses défenseurs : « Feuillette 
les exemplaires grecs et latins, et me laisse toutes ces vieilles poésies françaises comme 
ballades, chants royaux, chansons, et autres telles épiceries qui corrompent le goût de 
notre langue et ne servent sinon â porter témoignage de notre ignorance. » 



PRÉFACE. 



m 



La chanson n'est pas alleinte par les foudres de du Bellay, qui, voulant anéantir du 
même coup toute espèce de poésies, ballades, chants royaux, et autres épiceries, dis- 
perse ses coups contre d'épais bataillons, et, sans gagner la victoire, reste poète avec ses 
ennemis. u Le principe de toute poésie populaire, c'est l'âme humaine dans toute son 
ignorance, dans sa bonne foi, dans sa candeur native, » dit M. de la Villeniarqué , se 
rattachant à Montaigne, qui appelait celte âme « sans cognoissance d'aucune science ni 
mesme d'escriplure. r> 

Il est un nom qui restera glorieux dans l'histoire de la poésie populaire en France, 
c'est celui de M. de la Villeniarqué, dont les Barzaz-Breiz ou chants des anciens Bretons 
ont servi et serviront longtemps de type aux recherches à faire en ce sens. Savant, 
artiste, historien et philosophe, M. de la Villeniarqué a réuni de rares et précieuses 
qualités, et je ne saurais mieux terminer ce chapitre qu'en citant un fragment de son 
introduction : 

« L'actualité et la bonne foi sont deux qualités inhérentes au chant populaire primitif. 
Le poète de la nature chante ce qu'il a vu ou ce qu'on lui a rapporté, ce que tout le 
monde sait comme lui; il n'a d'autre mérite que celui du choix des matériaux et de la 
forme poétique. Son but est toujours de rendre la réalité ; car « les hommes très-près 
de la nature, selon la remarque de M. de Chateaubriand, se contentent dans leurs 
chansons de peindre exactement ce qu'ils voient, » L'artiste, au contraire, cherche 
l'idéal; l'un copie, l'autre crée; l'un poursuit le vrai, l'autre la chimère, l'un ne sait 
pas mentir, « et doit à ses naïvetés des grâces par quoi ses œuvres se comparent à la 
principale beauté de la poésie parfaite selon l'art, » comme l'a si bien dit Montaigne; 
l'autre s'instruit à feindre et réussit par la fiction. 

« Cette opinion est aussi celle de MM. Grimm : i< Nous pouvons affirmer, assurent-ils, 
que nous n'avons pu parvenir à découvrir un seul mensonge dans les chants du peuple, n 
Aussi quand un paysan veut louer une œuvre de ce genre, il ne dit pas : C'est beau, il 
dit : C'est vrai. » 

II. 

Charlemagnc ordonna qu'on recueillît tous les chants des races germaniques soumises 
à sa domination : u Barbara et antiquissima carmina, quibus veterum regum actus et 
bella canebantur , scripsit memoriœque mandavit , » dit Eginhard, dans sa Vie de Char- 
lemagnc. Par un décret du 13 septembre 1852, l'Empereur approuvait un projet du 
Ministre de l'Instruction publique prescrivant la formation d'un Becueil de poésies po- 
pulaires de la France. L'époque était merveilleuse pour ce travail, dont on ne saurait 
entrevoir la difficulté, si on y est étranger. Les paysans chantent tous des romances de 
ville, et, par une singulière bascule, les villes ont soif des chansons de paysans. Les uns 
cherchent à goûter aux fruits sucrés de la civilisation, les autres, blasés sur la civilisa- 
tion , veulent se rafraîchir en mangeant des fruits verts de la campagne. Mais la difficulté 
était de s'entendre. Les paysans ne se savent pas paysans et croient qu'on se gausse 
d'eux quand on leur demande de répéter ces chansons naïves dont ils se soucient comme 
des culottes courtes de leurs grands-pères. Le paysan est faraud de sa nature; s'il se 
moque des gens de la ville, il cherche à approcher de leur costume le plus près possible. 
Dans sa lourdeur, il est maniéré , cl il emploie quelquefois des raffinements de langage 
dont les scudériques seraient ravis. — * Xous autres, (jens du paysage. . ., me disait un 
paysan. Voilà un mot singulier qui n'a pas les couleurs de la réalité, cl pourtant je l'ai 
entendu et noté sur l'heure, craignant que ma mémoire ne le retint pas dans son 
ctrangeté. 

Or ces ejens dupaysaye, quand ils habitent trop près du chef-lieu, ont perdu jusqu'au 
souvenir des anciennes chansons que chacun demande à recueillir. Les patois s'effacent 
de plus en plus; dans les écoles il est défendu de parler patois. C'était la dernière che- 
mise de la chanson, et elle est bien usée. Je veux conter à ce sujet une petite histoire. 



I V 



PRÉFACE. 



Un enfant de paysans avait été puni plusieurs fois par le maître d'école pour avoir con- 
versé en patois avec ses camarades; rien ne pouvait lui enlever ce restant de patois 
auquel il tenait presque autant qu'à une tartine. Les arrêts , les privations de congé , 
le pain sec ne suffisant pas pour lutter contre ce patois acharné, le maître d'école 
" fourre au cachot le petit paysan obstiné. A celle époque, le .Ministre de l'Instruction pu- 
blique envoyait ses Instructions relatives aux poésies populaires de la France à tous les 
archéologues de France, aux correspondants du comité de la langue, aux curés, aux 
instituteurs, enfin à tous ceux qui par leur éducation et leur position pouvaient com- 
prendre l'intérêt de celte publication. Le maître d'école fut invité comme les autres à 
recueillir dans le village les chansons anciennes en patois. - Voilà mon affaire, dit-il en 
pensant au petit drôle qui ne pouvait pas arriver à causer en pure langue française. » 
Justement l'enfant savait beaucoup de chansons; mais le cachot l'avait trop bien corrigé, 
Jamais le maître d'école ne put tirer une chanson de sa mémoire, u Oué, je ne veux 
point retourner en prison, » disait-il, craignant une ruse de son maître. 

Par ce fait et bien d'autres qui se rangeront à leur place dans cette notice, au para- 
graphe de la poétique musicale populaire , on comprendra quelles difficultés se dressent 
devant les collectionneurs de chansons. 

11 y a trente ans, quand une génération nouvelle entreprit de remettre en lumière la 
littérature du moyen âge, les anciens poèmes français, il ne s'agissait que d'étudier l'his- 
toire, les manuscrits, les chartes, de revivre dans le passé et de donner, en même temps 
que des textes exacts, des commentaires savants de ces époques. Alors les plus aventu- 
reux partirent dans les pays étrangers à la recherche d'anciens manuscrits qui contenaient 
les chants du châtelain de Coucy, de Qucsnes de Béthune, l'un des ancêtres de Sully, du 
roi Richard Cœur de lion, du duc de Brabanl, du comte d'Anjou, de Raoul de Soissons, 
du roi de Navarre, du vicomte de Chartres, du comte de Coucy, de la duchesse de Lor- 
raine, etc.; mais des chansons de compagnons, de bergères, de majelots, de paysans, 
du peuple enfin, sont plus difficiles à collectionner que celles des rois et des princes. Le 
peuple n'a pas de copiste, de secrétaires, de gens empressés à en tirer copie. II. Bouchct 
de Perthes, dans les Souvenirs du ptnjs basque, donne exactement la manière dont sont 
improvisés les chants populaires : 

a Les chants partaient de l'extrémité de la rue. X'ous.nous y rendîmes, et nous vîmes un groupe 
nombreux de jeunes gens, au milieu desquels un individu chantait des stances qu'il paraissait 
adresser ù une troupe de jeunes filles rassemblées sous celle espèce de vestibule extérieur que le 
paysan basque manque rarement de laisser au rez-de-chaussée de sa maison. La rue tout entière 
séparait les deux groupes, sans qu'aucun de ceu\ nui les composaient parût chercher u franchir 
Cet intervalle et à se rapprocher. Les jeunes filles reprenaient à la lin de chaque slance , et chau- 
laient en clunur une sorte de refrain. Pendant ce temps, le chanteur, rappelant ses idées, trouvait 
dans sa tête basque le sujet d'un autre couplet, auquel on répondait de la même manière. Combien 
je regrettai alors de ne pas comprendre assez la langue pour retenir quelqu'une de ces improvi- 
sations , car ces chanls n'étaient pas plus prépares (pie ceux qui avaient ele inspirés par la gaieté 
du repos. Je voulus en vain me procurer après coup de ces paroles. Les auteurs eux-mêmes les 
ont oubliées avant qu'ils aient cessé de chanter, et celles qu'ils pourraient vous donner ne seraient 
déjà plus les mêmes i 

Aussilôt le couplet chanté, aussitôt le couplet oublié; c'est une exception que celle 
dont parle M. Francisque Michel dans son livre du Pays basque : 

» Quant au barde proprement dit, si son astre en naissant l'a formé poète, il a soin que ses 
chants se conservent au moins dans la mémoire de ses contemporains. Il confie au papier ses in- 
spirations, il en livre des copies à ses amis, ses amis les répètent dans les champs on sur les mon- 
tagnes en gardant les troupeaux , les jours de fêle dans les cabarets , et au retour des foires et des 
marchés. Ainsi se propagent, sans aucuns frais, mais aussi sans prolil pour l'auteur, les idylles des 
lheocritcs basques, binettes qui ne passeront d'une génération a la suivante qu'en raison du mé- 
rite connu de l'œuvre, j 

De tous les auteurs anciens et modernes que j'ai lus attentivement, cl qui ont traité 
de la poésie populaire, M. Fr. Michel est le seul qui parle de pièces écrites confiées au 
papier. MM. de la \ illcinarqué, de Coussemaker, de Laugardière, ont tous recueilli avec 



I» RÉFACE. 



V 



gfmn<fpeine leurs chansons cl noèls de la bouche des paysans, et il semble étonnant que 
l'extrême Midi, assez arriéré en civilisation pour avoir été qualifié de France obscure par 
un statisticien, ail la prudence, avec sa faculté d'improvisation, écrire des couplets 
chantés par un homme obscur. 

« Les Kler (écolicrs-poëtes) ! s'écrie un barde breton du dixième siècle, les vicieuses coutumes 
poétiques, ils les suivent; les mélodies sans nrt, ils les vantent; la gloire d'insipides héros, ils la 
chantent; des nouvelles, ils ne cessent d'en forcer; les commandements de Dieu, ils les violent; 
les femmes mariées , ils les flattent dans leurs chansons perfides ; ils les séduisent par de tendres 
paroles; les belles vierges, ils les corrompent; et toutes les solennités qui ont lieu, ils les fêtent; 
et les honnêtes gens, ils les dénigrent; leur vie et leur temps, ils les consument inutilement; la 
nuit, ils s'enivrent; le jour, ils dorment; fainéants, ils vaguent sans rien faire; l'église, ils la 
haïssent; la taverne, ils la hantent; de misérables gueux formjnl leur société. Les cours et les 
fêtes, ils les recherchent; tout propos pervers, ils le tiennent; tout péché mortel, ils le louent 
dans leurs chants; tout village, toute ville, toute terre, ils les traversent'; toutes les frivolités, ils 
les aiment. Les commandements de la Trinité, ils s'en moquent; ni les dimanches, ni les fêtes, 
ils ne les respectent; le jour de la nécessité (de la mort), ils ne s'en inquiètent pas; la glouton- 
nerie, ils n'y mettent aucun frein ; boire, manger à l'excès, voilà tout ce qu'ils veulent. » 

Dans celle longue litanie dirigée par un barde breton contre les chanteurs de son 
temps, je retrouve quelques points applicables au poêle populaire de nos jours, qui a 
pour ennemis le pouvoir civil et le pouvoir religieux; il a chansonné le maire, le curé, 
le maître d'école, le garde champêtre, le conseil municipal, les maris jaloux, les femmes 
coquettes, les mariages disproportionnés, les amoureux trompés, les filles coureuses. Il 
est plutôt craint qu'aimé. Son rôle est difficile dans le village, où ses propos piquants sont 
redoutés. Chacun connaît sa malice et le flatte pour essayer d'assoupir ses traits mor- 
dants; mais il n'est pas aimé et certainement ce ne sera pas l'instituteur qui ira lui prê- 
ter le concours de sa plume pour sauver de l'oubli celte gazette d'un Lorel de village qui 
n'a épargné personne. 

Les livres de l'Inde ancienne rapportent qu'une certaine mélodie, le raga oThcepuck, 
possédait la propriété de consumer le musicien qui la chantait. 

Par cette image, le poêle a voulu marquer les souffrances particulières dont sont 
atteints tous ceux qui louchent à l'art. Ce raga, tiré du fond du cœur du musicien, 
l'a consume! Mozart, Beethoven, \\ eber, et bien d'aulres génies, ont été consumés de la 
sorte. Sans èlrc atteint de ces maladies particulières des grands artistes, le poêle popu- 
laire se révèle aux yeux de ses compatriotes par une sorte de'bizarrerie qui en fait un 
homme à part. Satirique à ses heures, il sait être tendre et dépeindre les ravages de l'a- 
mour mieux qu'un autre : si les gens officiels, les jaloux, les avares le délestent, il a 
pour lui la jeunesse qui oublie ses maux d'amour, ses jalousies , sa séparation forcée en 
répétant ses chants. 

La chanson a servi plus d'une fois à soutenir les esprits défaillants, à relever le cou- 
rage du soldat blessé, à élancber les plaies d'un être blessé par l'amour. 

« J'ai leu en bon autheur, dit Xoel du Kail dans ses Propos rustiques, qu'un vielleur, à 
Montpellier, chantant la vie du preux chevalier Ogier le Danois, menoit et ramenait les pensées 
du peuple qui l'escoutoit en telle fureur ou amitié, qu'il forçoit les cœurs des jeunes hommes, 
renilammoit celui des vieux à courageusement entreprendre tels erreurs et voyages que le bon 
Ogier avoit faict. » 

Dans le Cabinet des plus belles chansons (1596), Défloration des daines de la ville de 
la F'ere, tenues forcément par les ennemis de la Religion catholique, se trouvent ces 
deux vers : 

Quand est de nous, nous n'avons autre viande 
Que la COMPLAINTE en noslre douleur grande. 

« Savez-vous, disait un paysan à M. de la Villemarqué, comment on s'y prit pour faire quitter 
le pays à la peste? On fit une chanson sur elle. Se voyant découverte, elle s'envola. Il n'y a pas 
de meilleur moyen de chasser la peste que de chanter; aussi , depuis ce jour, elle n'a plus reparu. > 

Par ces trois citations auxquelles j'aurais pu en ajouter bien d'aulres, on voit l'in- 



VI 



PRÉFACE. 



fluencc de la chanson; à Montpellier, elle entraîne les gens à la suite d'Ogier le Danois 
les dames de la Fère n'ont d'autre viande que la complainte, pendant le siège de 1590, 
et les paysans bretons font sauver la peste en la cliansonnant. Le mot de Mazarin (s'ils 
chantent, ils payeront) est bien le mot d'un politique du pays de Machiavel. 

Mais quelquefois la chanson se tourne contre le chanteur, qui trouve son châtiment. 
Je lisais dernièrement dans la Gazette des Tribunaux (10 novembre 1858) un singulier 
traits de mœurs arabes relatif à la chanson. 

Les Kabyles chantent au\ jours de fête certaines chansons d'amour dans lesquelles ils 
détaillent complaisanmicnt les charmes physiques des femmes qu'ils aiment. A cette occa- 
sion , tous les musiciens des tribus voisines sont invités, et c'est à qui dira le couplet le 
plus amoureux et le plus hardi ; jamais ces fêtes ne se passent sans rive ou mort d'homme, 
car il arrive que le chanteur ne s'arrête pas à décrire complaisamment les siynes de sa 
maîtresse, mais il y fait entrer son nom et ses prénoms. De là la jalousie des maris et 
leur vengeance qui ne pardonne pas. 

L'administration française n'a pu faire cesser complètement ces fêles et ces chansons 
trop enracinées dans l'esprit national, mais elle a enjoint aux chanteurs de ne plus donner 
que le prénom seul de la femme dans ces couplets. S'il s'agit d'une Fatma, nul danger, 
car il y a toujours vingt Fatma dans l'auditoire; cependant en décembre dernier, la mort 
d'un chanteur vint montrer l'insuffisance de la mesure. Un mari jaloux qui avait en- 
tendu une chanson adressée à une certaine Zhora, dont le dernier couplet se terminait 
ainsi : « Je voudrais partager ton lit. Je donnerais bien de l'argent pour l'avoir et tom- 
ber à tes pieds, » ce mari, quoiqu'il y eût d'autres Zhora dans la tribu , attendit le chan- 
teur trop amoureux de sa femme et l'assassina. 

III. 

L'analogie des chansons sera un jour une des faces de l'art les plus curieuses à étu- 
dier; mais il est nécessaire que de nombreux documents soient publiés. On risque fort, 
comme dans ce paragraphe, de ne donner que des citations trop incomplètes. Champollion 
le jeune est le premier qui, en 1828, ait fait connailrc une chanson égyptienne : 

Battez pour vous, 
Militez pour vous , 

bœufs , 
Battez pour vous, 
Battez pour vous , 
Des boisseaux pour vos maîtres. 

Qui ne croirait entendre un fragment de chansons modernes, de Munis, de Pierre Du- 
pont, d'un poète populaire, en lisant cette traduction d'un hiéroglyphe écrit il y a trois 
mille ans? 

Les hymnes républicains de 1793 ne sont qu'une imitation des chansons grecques, 
dont Amyot, dans sa traduction de I'lutarquc, a donné la version suivante ■ 

VIEILLARDS. 

Noui avons été jadis 
Jeunes , vaillants et hardis. 

moins cens. 

Nom le sommes maintenant , 
A l'épreuve a tout venant. 

KXFANTS. 

El nous un jour le serons 
Qui tous vous surpasserons. 

\\ aller Scott a retrouvé un chant écossais : 

Les fleurs de la forêt 
Sont toutes arrachées, 



PRÉFACE. 



vu 



qui fait penser au refrain célèbre des enfants 



Nous n'irons plus aux bois , 
Los lauriers sont coupes. 



On retrouve en Grèce le fameux refrain de la ballade de Lénore : « Les morts vont 
vite. » 

Mais ce qu'il importe de constater, c'est le singulier mariage des ebants profanes et 
des ebants religieux. Au xv" et au xvi e siècle, les chants populaires ont souvent servi 
de thème aux compositeurs de messes. Un auteur pieux raconte que des religieuses en 
prière entendirent des garçons du village chanter à tue-tête des cantiques qui leur ser- 
vaient à danser. C'étaient les cantiques du couvent. Moi-même, tout enfant, j'ai vu 
planter des croix de mission à la fin du règne de Charles X; on chantait des cantiques 
sur l'air du Chant du départ. 

Les pauvres dentellières de Bailleul, qui gagnent leur vie si péniblement, ont conservé 
un vif sentiment de poésie, car c'est dans les ouvroirs où elles travaillent que M. de 
Coussemaker a recueilli une grande partie des chansons curieuses de son livre des Chants 
populaires des Flamands de France. C'était à Bailleul que se dansait la Danse des jeunes 
vierges : 



Dans le ciel , il y a une danse , 
Alléluia ! 

Là dansent toutes les jeunes vierges, 
Bencdicamus Domino ! 
Alléluia , alléluia ! 



C'est pour Amélie , 
Alléluia ! 

Nous dansons comme ces jeunes vierges, 
Bcnedicamus Domino! 
Alléluia, alléluia! 



M. de Coussemaker a vu encore cette singulière cérémonie en 1840, à Bailleul : 

s Lorsqu'une jeune fille venait à mourir, dit-il , son corps était porté à l'église, puis au cimetière, 
par ses anciennes compagnes. La cérémonie religieuse terminée et le cercueil descendu en terre, 
toutes les jeunes filles, tenant d'une main le drap mortuaire, retournèrent à l'église en chantant 
la Danse des jeunes vierges avec une verve , un élan et un accent rhythmique dont on peut se 
faire difficilement une idée, quand on ne l'a pas entendu. Le poêle, qu'on rapportait à l'église, 
était de soie couleur bleu de ciel; au milieu était une grande croix en soie blanche, croix sur la- 
quelle étaient posées trois couronnes d'argent. Semblable poêle sert encore à l'enterrement des 
jeunes filles, mais le chant a cessé. * 

Cette Danse des jeunes vierges appartient aux noëls purs. Un de mes amis qui habite la 
Normandie, M. G. Le Vavasseur, me confirme dans l'opinion de l'alliance des chants 
sacrés et profanes : 

« Nous chantons peu dans notre pays de Grandgousiers. Il y a un vieux calembourg qui se 
transmet de lutrin en lutrin parmi les chantres de paroisse : » Ce n'est rien de chanter, il faut 
savoir entonner. » Aussi entonne-t-on à la régalade en se réjouissant à la musique du glou-glou 
dans la gorge. 

» Toutefois, pendant toute la moisson, le long du jour de temps en temps, et le soir en rentrant 
au logis, hommes et femmes envoient aux échos, des assonances alternées. On n'y chante guère 
qu'une chanson que je vous envoie. L'air en est monotone et lent; c'est la vieille mélodie grecque 
qui sert au chant des litanies. Jadis, dans les longues processions, ou entremêlait le texte sacré de 
chansons profanes : « En Normandie, dans les longues processions, tandis (pie le clergé reprenait 
• haleine, les femmes en chantaient de badines, nugaces cantilenas. » (Hist. littéraire de la France, 
t. VII, p. 51, citée par If, Asselin , discours préliminaire de l'édition d'Olivier Basselin.) 

« Quoi qu'il en soit, voici celle chanson : 

Refrain. 

Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 



f. 

Au jardin de mon père 
Des orang's il y a. 
Mignonne , je vous aime , 
Et vous ne m'aimez pas. 



II. 

EH' demande à son père 
Quand on les cueillera. 
Mignonne, je ions aime, 
El vous ne m'aimez pas. 



VIII 



PREFACE. 



III. 

On les cueill'ra, ma fille, 
Quand votre amant viendra. 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

IV. 

Les orang's, ell's sont mûres, 
Et l'amant ne vient pas. 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

V. 

EN' prend son échellette, 
Son panier sous son bras. 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

VI. 

EU' cueilla les plus mûres, 
Les vert's elle les laissa. 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

VIL 

Les porte au marché vendre , 
Au marche de Lava (Laval). 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

VIII. 

Dans son chemin rencontre 
Le fils d'un avocat. 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 



IX. 

Que portez-vous, la belle, 
Dans ce beau panier-là? 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

X. 

Monsieur, sont des oranges, 
Ne vous en plait-il pas? 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

XI. 

Il en a pris deux couples, 
Mais il n' les paya pas. 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

XII. 

Vous prenez mes oranges, 
El vous ni les payez pas. 
Mignonne, je vous aime, 
Et vous ne m'aimez pas. 

XIII. 

Entrez dedans ma chambre, 
Maman vous les paiera. 
Mignonne, je vous aime, 
El ions ne m'aimez pas. 

XIV. 

Quand ell' fut dans la chambre, 
La maman n'y était pas. 
Mignonne, je vous aime, 
Et ions ne m'aimez pas. 



» Je n'ai jamais pu savoir le reste. C'est dan; la mémoire d'un moissonneur, braillard intrépide, 
que j'ai recueilli les quatorze couplets que je ioi:s envoie. Il doit cependant y avoir une suite, 
peut-être graveleuse et sans esprit , peut-èlre naïve. Imaginons , pour la regretter, qu'elle est naïve. 

- La chanson se chante à deux chœurs. Ordinairement les femmes chantent la chanson, et les 
hommes répondent par le refrain. » 

Rien n'est plus difficile que de constater le pays où une chanson populaire a pris nais- 
sance. Souvent j'ai retrouvé la même chanson dans dix provinces différentes, avec quel- 
ques modifications, mais le fond ne variait pas. Les matelots, les colporteurs, les 
ouvriers, les compagnons, les soldats emportaient ces chansons dans leurs souvenirs, 
tâchaient d'effacer le mal du pays en redisant ces couplets de leur village. Celui qui ln 
trouvait gracieuse ou plaisante, la retenait, l'accommodait au patois de son pays, y 
ajoutait quelquefois un couplet, en retranchait un autre," modifiait un vers, et voilà 
comment il est difficile de préciser le pays qui a donné naissance à telle poésie populaire. 

Il y a eu énormément de chansons qui commencent par l'indication d'un pays, d'une 
route : il s'y passe habituellement des aventures gaillardes propres à chasser la mélan- 
colie. Ainsi : 

En revenant de Saint-Dcnys en France, 
Tricotons des jambes , etc. 



ou 



L'autre jour ri'\ ennis 
De la foire de Hheims, 
Je reiironlrois trois hommes 
Qui dansoient main à main. 

La trente-huitième chanson de (îautier-Garguille est de la même école 

L'autre jour me rheminnis 

Mon chemin droit h Lyon. 
En mon chemin je rencontre 

La fille d'un yîoncron, etc, 



PRÉFACE. 



IX 



Il est évident que le premier qui a trouvé : 

Un jour en revenant de Lille en Flandre, 

chanson plaisante et graveleuse, a donné la formule de toutes celles qui ont suivi; il 
était facile de faire entrer n'importe quel nom de ville, avec le privilège qu'ont les poëtes 
populaires d'allonger ou de réduire les vers. Il ne s'agit maintenant que de retrouver 
celle qui a servi de type à toutes ces gravelures , joyeuses du reste, et que nos grands- 
pères chantaient sans songer à mal. 

M. Rathery fait observer certaines associations de mots qui se représentent sans cesse. 
Ainsi : Mon ami doux. « La triade, dit-il, est en grand honneur dans les chansons popu- 
laires de tout pays. Ce sont toujours trois jeunes filles, trois capitaines, trois châteaux. » 

Mais où l'analogie se présente le plus vivement, c'est dans les chansons contre les 
vieillards amoureux, qui n'ont été épargnés dans aucun pays de France. 

M. Edouard Fournier, dans l' excellente édition qu'il a donnée des Chansons de Gaulticr- 
Garejuillc, dit : « On ferait un gros recueil de toutes les chansons du genre de celle-ci : 

Mon père m'a donné mary , 

Un faux vieillard (oui racourcy, etc. 

Et il cite le septième recueil de P. Atteignant (1530), où se trouve une chanson contre 
les vieux maris : 

Il est jour, dit l'alouette, 

Sur bout , sur btnit. 
Allons jouer sur l'herbelte. 
Mon père m'a mariée 
A un vieillard jaloux , 
Le plus let de celte ville , 
Le plus mal gratioux, 
Qui ne sait, qui ne veut, qui ne veut, 



Il faut laisser chanter le reste aux petites filles qui n'y entendent pas malice : mais le 
reste ne peut être imprime. 

Dans la Comédie des chansons se trouve ce fragment : 

Mon père m'a mariée à un vieillard bonhomme, 

et Scarron , dans la troisième partie du Roman comique, donne ce couplet : 

Mon père m'a donné mari , 

Qu'est-ce que d'un homme si petit, etc. 

On m'envoie du Dauphiné, en me donnant comme chantée à Paris par un Franc- 
Comtois , cette chanson contre les vieillards : 



Mon père mi marie 
Par un jour de moisson , laridon. 

Il m'a bâille un borne 

Qui n'entend pas raison , 
Laridon, don daine, j'aime laridainc , 

Laridon, don, don. (bis) 

Le premier jour des noces, etc 
Moi je lui dis : Gros bêle 



Il m'a bâillé un hôme 
Qui n'entend pas raison, laridon. 

Le premier jour des noces, 
Il me baisa au Iront, laridon, 
Dondaine, j'aime laridainc, laridon, 
Don , don. (bis) 



Ici je m'arrête prudemment : toutes ces chansons contre les vieillards Sont chantées 
par de petites fil les qui dansent en rond. Elles répètent des énormités sans s'en aper- 
cevoir : l'amour de la danse, la jeunesse, la naïveté, sont les plus sûrs préservatifs- 
contre les gaillardises. 

IV. 

Un Taïticn, voyageant en Europe, rapporte IJougainville , enfermait ses observations* 
dans une sorte de rhythme cadencé pour se rappeler ce qui le frappait. 



s 



l' RÉFACE. 



C'est ce qui explique peut-être le mieux la nature de la chanson et sa poétique vaque . 

La principale règle poétique de la chanson est l'assonance, que M. Raynouard définis- 
sait : « La correspondance imparfaite et approximative du son final du dernier mot du 
vers avec le même son du vers qui précède ou qui suit, comme on a appelé rime la cor- 
respondance parfaite du son identique final de deux vers formant le distique. » 

M. Le Roux de Lincy cite avec raison comme modèle du rhythme par assonance la 
chanson : 

Si le roi m'avait àannè 

Paris, sa grand' vil/e, 
Et qu'il m'eût fallu quitter 

L'amour de ma mie, 
J'aurais dit au roi Henri : 
Reprenez votre Pam. 

J'aime mieux ma mie 
Ogaif 

J'aime mieux ma mie. 



Mais Si le roi m'avait donné, qu'elle soit d'Henri IV ou d'Antoine de Xavarre, duc de 
Vendôme, comme l'ont affirmé certains auteurs, est encore une poésie régulière à côté des 
singulières hardiesses de la poésie populaire, qui ne relève d'aucune prosodie. Je voya- 
geais à pied, il y a quelques années, dans la Franche-Comté, et je rencontrai une jeune 
fille avec laquelle je causai de choses et d'autres. La route était longue, la conversation 
languissait. « Ne savez-vous pas de chansons de votre village? lui demandai-jc par 
simple curiosité, sans me douter qu'un jour j'entreprendrais un grand travail sur ce sujet. 
La paysanne dit qu'oui, se fit longtemps prier pour satisfaire ma curiosité; mais pendant 
une certaine halte au haut d'une montagne où nous voyions se dérouler les riches vallées 
environnantes, elle se mit tout à coup à chanter diverses chansons dont la suivante me 
frappa vivement par son analogie avec les ballades allemandes : 



Ce matin je me suis levé 

Plus matin que la lune, 

Pour aller voir ma mie , 
Que j'aimais tant 
Depuis l'âge de quinze ans. 

— Maman, apprètez-moi 
Mes habits de soie rouge 
Et mon épéc qui est brodée d'argent : 
Vers ma maîtresse je veux t' aller. 

A mon chemin le messager rencontre. 
— Où t'en vas-tu, cher amant si tranquille? 
Ta bonne amie qui va mourir. » 
Aussitôt il pique son cheval d'éperon. 

Vers sa maîtresse s'en est allé; 
Tout en entrant au Ingis de la belle , 
Il fit trois tours alentour de son lit , 

Croyant sembler la réjouir. 



— Amant , mon cher amant , 
Ah ! vous ne dites guères. 

— Ah! j'ai le cœur si dur et si serré , 
Car à présent je ne peux parler. 

— Amant, mon cher amant, 
Faites-moi faire un cierge , 

Et vous l'allumerez i\ la tète de mon lit , 
Car à minuit je vais mourir. 

Les minuit qui sonnent 
Et la belle qui trépasse. 
Elle tire sa main blanche du lit 
Pour dire adieu à son ami. 

— Maman, apprétez-moi 
Mes habits de soie noire 

Et mon chapeau de velours bordé , 
Le deuil d'amour je veux porter. 



Cette chanson , j'en garantis l'exactitude : je me la fis répéter plusieurs fois pour en 
noter la musique sur mon carnet. Les paroles et la musique copiées, je la chaulai 
à mon tour à la jeune fille afin de m'assurer que je n'avais pas commis d'altération : 
mais je commis une faute, celle de ne pas noter régulièrement la mélodie, c'est-à-dire 
de ne pas renfermer dans une mesure précise, ce qui était presque impossible, car la 
paysanne se laissait aller à des rhytlimes de fantaisie qu'aucun musicien ne saurait régu- 
lariser sans en détruire l'accent. Une autre faute encore fut de ne pas m'inquiéler de la 
séparation des couplets. Plus tard, il me fut impossible d'arriver à chanter celte chanson 
telle que je l'avais entendue sur la montagne : les paysans ont une façon particulière de 
pluascr, tffès-habile dans sa sauvagerie. Les mots de plusieurs syllabes glissent sur une 
note comme par enchantement; un vers tout entier saule le pas s'il le faut, et en d'autres 



IMtÉFACK 



x i 



occasions une phrase musicale de plusieurs mesures n'est pas trop longue pour un mot. 
C'est une poétique impossible à régulariser, ce qui n'enlève rien, au contraire, au charme 
de la mélodie. 

a Les airs sur lesquels se chantent les chansons de filasse, dit M. de Bcaurepaire dans son étude 
sur la poésie populaire en Normandie , ajoutent singulièrement à leur charme et a leur étrangeté. 
Presque aucun ne s'arrête sur la tonique. La plus grande partie appartient à un système musical 
différent de celui que nous suivons aujourd'hui, et il n'en est guère qui ne pût devenir, pour un 
artiste habile, la source d'heureuses inspirations et de mélodies nouvelles originales. Peut-être 
même serait-il vrai de dire qu'à ce point de vue la chanson de filasse, bien entendue et bien 
comprise, offre un intérêt plus grand encore au musicien qu'au littérateur. » 

Madame Sand m'a envoyé sur ce sujet quelques notes utiles au point de vue musical : 

a J'ai vu Chopin, un des plus grands musiciens de notre époque, et madame Pauline Viardot, 
la plus grande musicienne qui existe, passer des heures à transcrire quelques phrases mélodiques 
de nos chanteuses et de nos sonneurs de cornemuse. 

» A bien prendre, l'œuvre est quasi impossible, et pour des chants très-anciens, où les versions 
varient à l'infini, il eût fallu qu'un homme comme lUcyerbecr ou Rossini fût chargé, ou eût bien 
voulu se charger de suppléer par la logique de son génie (le seul juge sinon infaillible, du moins 
compétent en pareil cas) à des lacunes et à des incertitudes graves. Très-peu de chants ayant une 
valeur originale et une ancienneté établie, sont complets aujourd'hui , paroles cl musique. Il s'agis- 
sait au moins, parmi ceux-là, de choisir des types, et en cela encore il fallait le sens du génie. 

i Ce n'est pas seulement l'harmonie qui échappe aux lois de la musique moderne, c'est le plus 
souvent la tonalité. Je doute que la gamme chinoise, pas plus que la gamme hindoue, et la gamme 
iouay , procède par tons et demi-tons comme la nôtre. 

• Mais sans aller plus loin , nous avons au cœur de la France , ici et en Bourbonnais T la tonalité 
des cornemuses qui est intraduisible. L'instrument est incomplet , et pourtant le sonneur sonne en 
majeure et en mineure sans s'embarrasser des impossibilités que lui présenterait la loi. Il en résulte 
des combinaisons mélodiques d'une étrangeté qui paraît atroce et qui est peut-être magnifique. 

» Ainsi des laboureurs et des porchers de chez nous qui , lorsqu'ils ne répètent pas les chan- 
sons modernes, mais lorsqu'ils disent leurs chants primitifs, que je crois d'origine gauloise, pro- 
cèdent par intervalles de tons beaucoup plus divisés que les nôtres. » 

Madame B. de M écrivait à M. Wekerlin : 

i Vous ne pouvez croire combien il m'a été difficile d'avoir du vieux et du naïf. Toute la jeunesse 
de H... (un village en Touraine) a été rassemblée par moi, hier, entre messe et vêpres. Voici le 
résultat de mon audition : 

1° Tu veux devenir ma compagne, jeune Albanaise (Labarre); 

2° Exil et retour (Monpou); 

3° Je te bénis (Loïsa Puget), etc. 

a Tout cela était chanté avec des variantes si singulières, qu'au premier abord je croyais en- 
tendre du nouveau 1 ; mais il me vint l'idée de faire venir la vachère, la vieille cuisinière, la fille 
de basse-cour et deux ou trois voisins sexagénaires dont j'ai enfin tiré une vraie chanson populaire : 
Su V pont du Nord. 

» Une autre chanson, selon l'observation de la vachère, se chante à X éplucherie , en cassant 
des noix, avec une voix de à" sur et une voix de d'sour. J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une 
chanson à (Jeux voix; j'ai fait essayer l'air à deux voix, et il est réellement très-joli. » 

Sans chercher à en 'donner une poétique inutile, Jean-Jacques disait admirablement 
de la musique des chansons populaires : 

« Les airs ne sont pas piquants, mais ils ont je ne sais quoi d'antique et de doux qui touche à 
la longue.... Ils sont simples, naïfs, souvent tristes; ils plaisent pourtant. » 

' Si on n y prête la plus grande attention, si la mémoire musicale, déroulée par quelques modifications, 
n est pas sans cesse au* aguets, il arrivera certainement ans. chercheurs les plus consciencieux ce qui nous 
est arrivé dans la précédente publication. I.a livraison du lierry (page 5i) contient la musique de la chanson : 
J'ai demandé-z-à lu vieille, qui a une certaine parenté avec la célèbre mélodie de Monsieur et Maritime Denis. 
Cependant elle nous a été communiquée par M. Maurice Sand, qui l'avait recueillie lui-même d'une 
paysanne du lierry ; mais l'oreille n'est pas toujours en défiance. L'exceUenl collaborateur que j'ai choisi pour 
la partie musicale de ce livre, et dont la science en ces matières est connue, a pu, ainsi que moi, ne pas 
remarquer ce» transformations berrichonnes de la musique de Monsieur et Madame Denis. Cette légère faute 
devra servir plus tard d'enseignement à ceux qui tenteront ce difficile travail. 



XII 



PRÉFACE. 



M. Wekerlin m'envoie à ce sujet une théorie plus scientifique : 

« Les rhythmes brises abondent dans la chanson populaire, soit qu'ils proviennent, ce qui 
arrive parfois , de la manière de chanter des personnes qui transmettent ces airs , et qui , n'ayant 
aucune idée de la mesure, les chantent avec des rhythmes intraduisibles: soit que ces chansons 
existent réellement sur des rhythmes différents, comme Valsa nigous de Bretagne, et tant d'au- 
tres que nous pourrions citer, où le mélange des rhythmes différents tient incontestablement à la 
chanson même et qui, de plus, leur donne une allure très-originale. Les airs populaires anciens 
qui nous sont souvent transmis avec des paroles nouvelles, ont été la plupart du temps altérés 
comme rhythme et quelquefois comme mélodie. 

« Les airs populaires étant composés en général par ce compositeur insaisissable qu'on appelle 
le peuple, offrent quelquefois de véritables difficultés d'harmonisation, étant faits complètement 
en dehors des vues d'un accompagnement, et contraires souvent à nos lois harmoniques sur les 
modulations. 

» Quelques-unes de nos chansons populaires datent d'un? époque assez reculée, cela est incon- 
testable; plusieurs d'entre elles, celles où la note sensible n'existe pas, par exemple, remontent 
au moins à 1500, puisque ce n'est que tout au commencement de 1(500 que Montcverde trouva 
l'accord de septième de dominante. Or cet accord de septième détermina réellement le sentiment 
de la note sensible, c'est-à-dire le demi-ton qui précède la tonique. Même sans ce trait caracté- 
ristique , beaucoup de chansons populaires font constater l'ancienneté de leur origine , rien que 
par leur allure méthodique, leur similitude ai ce le chant grégorien. » 



V. 



Avant tout le poëte populaire chante pour chauler; il obéit au besoin de sa nature qui, 
l'élevant au-dessus de ses compagnons, lui a donné le don de l'improvisation ; mais pou a 
peu l'orgueil s'est emparé du poëte populaire. Chacun a applaudi à ses chansons ; les filles 
['écoutent complaisamment en souriant ou en baissant les yeux, suivant le ton de la 
chanson ; si le régiment est en guerre, les soldats répètent ses refrains au bivouac ou par 
les routes, pour se délasser de la fatigue. A la veillée, en temps de paix, on attend im- 
patiemment sa présence, on le prie de commencer, on le presse, l'auditoire est « sus- 
pendu a ses lèvres ». Pas de bonnes fêtes sans le chanteur. S'agit-il de se moquer d'un 
avare, d'un jaloux, d'un mari mené sur l'âne, la tête tournée du côté de la queue .'' ( 'est 
notre chanteur, toujours lui. 11 est facile de comprendre l'importance de son rôle et les 
petites vanités qui enflent sa personne. Tous nous sommes un peu vains, et le paysan a 
sa dose d'amour-propre ; s'il achète du bien, il aime qu'on discute au cabaret sur sel 
terres. Les noms inscrits par le patouillot au bas de ses assiettes de faïence, avec la date, 
ne prouvent-ils pas combien le paysan tient a son nom et le désir qu'il a de le transmellro 
de génération en génération? Et c'est l'assiette qu'il a chargée de transmettre ce nom : 
il croit plus à la durée de l'assiette sur le dressoir, qu'à la durée de son nom sur la croix 
de bois du cimetière. 

C'est ce qui explique la signature ou l'à peu près de signature dans le dernier couplet 
de beaucoup de chansons, du xtv e au XVIII' siècle, dont je vais donner quelques cita- 
tions : 

Ccluy qui fist 
Ceste jolye chanson , 
Ceste jolye chanson , 

Un cuisinier 
Qui estoit de Lyon , 
Cuisinier on gallere 
Kt ballant l'aviron , 
Toujours en grand' misère , 
Hélas! toujours en grand' misère. 
(Chansons nnnnl. ni m pas. sur dirrrs chants, tant de musii/ue que de rustique, 1548 I 

Qui a fait la chansonnette? 
Un bon drosle près Paris 
En promenant fa fillette 
Dans un fourmant au Mesnil. 

(L'élite des chansons les plus belles, m. ne. xxxi.) 



PREFACE. xiii 

Tinodi a écrit ceci fort triste, dans une chambre froide; souvent il soufflait dans ses ongles, car 
il n'y avait pas d'argent dans ses poches. (Ti.vooi, poète hongrois du seizième siècle.) 

Comme je ne sais point lire, dit un chanteur grec, pour ne point oublier celte histoire, j'en ai 
fait une chanson afin d'en conserver le souvenir. (Faliukl, Chants populaires delà Grèce.) 

Celui qui vous chante cette chanson , dit l'auteur de la Bataille de Moral, peut maintenant se 
nommer; il a été lui-même témoin de ce qu'il raconte : il s'appelle Jean Ower. 

(Muiaiier , Chants de guerre de la Suisse.) 

Dans lu Chanson des liqueurs, dernier couplet : 

Ce chant a été composé depuis que nous sommes en route ; il a été composé en l'année mil cinq 
cent quatre-vingt-douze, par un jeune paysan, sur un air facile à chanter. Répétez-le, hommes 
de Cornouaille, pour réjouir le pays. (Barzaz-Breiz.) 

Dans la chanson élégiaque de Monsieur de Nivet, où se voit M. de Carné, en u babit 
de velours d'un rouge de feu, galonné d'argent tout le long, » demandant : Pourquoi, 
messieurs, les Nivet ne sont-ils pas venus à la fêle"? On lui répond que M. de Xivet est 
mort. Dix mille personnes assistaient à ses funérailles, « et surtout les pauvres j;ens; » 

C'est l'un d'eux, nommé Malgan , qui est l'auteur de ce chant de mort. 

Le poète a voulu signer la ballade de Jean Bfarck, mangé par les loups dans un bois 
pour avoir bu trop de potées de cidre doux : 

Loéiz Guivar, surnommé le boiteux , a composé ce chant : 
Ce chant, il l'a composé en bonne leçon pour chacun. 

(ViLLEMAnylé , Barzaz-Breiz.) 

Au manoir de Hénau, sur une petile table, a été faite cette ballade, au manoir de Hénau, près 
de Pontaven. Le barde du vieux seigneur l'a composée et une demoiselle l'a écrite. 

(Ballade bretonne d'Azénor la Pâle.) 

Celui qui vous chante cette petite chanson a fait maint long détour. Le bon vin est cher, et sa 
poche est en mauvais état, loilà pourquoi il vous dit sa misère et vous prie de lui accorder votre 
tribut. (La Bataille de Granson, 1476.) 

Celui qui a fait la chanson 

Est un soudard, je vous assure, 

Étant à Metz en garnison , 

Nuit et jour couché sur la dure, 

Endurant aux pieds grand' froidure , 

Voyant les ennemis si près ; 

Lui souvenant de son amie , 

Pensant ne la revoir jamais. 

(1553, Siège de Metz.) 



Cette chanson fut faite 
Au Palais , à Paris. 
Prinse sur la sonnette 
D'un des joyeux devis 
Que racoutoient les joueurs de bazoche , 
Lorsque chacun jettoit son lardon de reproche. 

(Les suppôts de la Bazoche , xn c siècle. — 
Cité par M. Éd. Fournier, préface de Tabarin.) 



Cette formule s'est conservée de nos jours ; on la retrouve même dans certaines chansons 
de soldats, qui manquent peut-être à noire collection; mais le soldat qui a parcouru tous 
les pays s'csl fait un répertoire de caserne dont l'origine serait difficile à démêler. La chan- 
son qu'il a recueillie en passant dans un village, courra plus tard dans toutes les pro- 
vinces, et le galant tambour qui répète un couplet auprès d'une table, ne saurait dire 
d'où elle vient : 

Qui a composé la chanson? 
C'est trois tambours du bataillon. 
C'était un soir qu'ils battaient la rclraite 
Sur le dos des genoux de la belle Jeannette. 

On pourrait multiplier ces citations à foison. On en trouve de mélancoliques, de 
joyeuses, d'amoureuses, remplies de sentiment national; mais celles-ci ne suffisent-elles 
pas à montrer la pensée secrète des poêles populaires qui n'ont pas voulu être oubliés, 
qui y ont réussi, cl qui quelquefois se sont montrés modestes, témoin une complainte de 
1590, chanson nouvelle sur la désolation de la France, où L'auteur termine par ce couplet : 

Celui qu'cnlreprint composer 
Cette chanson, je vous supplie, 
Si n'est bien faicte , l'excuser : V 
Il n'entend rien à la poésie. 



XIV 



PRÉFACE. 



VI 

Les librettistes d'opéras, les chansonniers, les vaudevillistes qui répèlent deux ou trois 
fois un vers, seraient très-élonnés d'apprendre d'où provient la coutume peu poétique du 
bis et du ter : 

Il faut que dans une heure , 
Je me venge ou je meure; 
Ici je vous attends , 
Songez à vos serments. 

Ces quatre vers, tirés de tous les opéras-comiques, ne dérivent certainement pas de 
l'école ronsardienne , mais ils ont le précieux avantage de pouvoir se répéter vingt fois 
pendant cinq minutes, saut à être enrichis d'une mélodie variée qui en détruit l'unifor- 
mité. Cette méthode de répéter plusieurs fois des vers sans motif apparent, provient des 
poètes populaires. Tous ceux qui ont traité de la poésie populaire sont d'accord sur ce 
point. M. de Beaurepaire en donne les raisons générales : « La longueur du refrain, et 
son retour continuel, que nous serions tenté de considérer comme un défaut, forment pré- 
cisément un des plus sûrs moyens de succès de la chanson de Jilas.ie. Elle exige, en effet, 
peu d'efforts de mémoire; elle permet à tous les laboureurs de prendre part fréquemment 
au chant; et, avec son allure monotone, elle s'adapte merveilleusement à la marche lente 
et régulière des travaux de la campagne. Aussi croyons-nous que c'est en partie è la pré- 
dominance du refrain que la chanson Cueillissoire 1 doit sa vogue et sa popularité. » 

Mais M. de la Villemarqué est celui qui a le mieux fait connaître la facture de la 
chanson populaire : 

« Quelqu'un arrive à la veillée, dit-il, et raconte un fait qui vient de se passer : on en 
cause ; un second visiteur se présente avec de nouveaux détails, les esprits s'échauffent; 
survient un troisième qui porte l'émotion à son comble, et tout le monde de s'écrier : 
a Faisons une chanson. » Le poète en renom est naturellement engagé à donner le ton 
et à commencer; il se fait d'abord prier (c'est l'usage), puis il entonne. Tous répèlent 
après lui la strophe improvisée ; son voisin continue la chanson : on répète encore ; un 
troisième poursuit, avec répétition nouvelle de la part des auditeurs; un quatrième se 
pique d'honneur; chacun des veilleurs, à tour de rôle, fait sa strophe; et la pièce, 
œuvre de tous, répétée par lous, et aussitôt retenue que composée, vole, dès le lende- 
main , de paroisse en paroisse , sur l'aile du refrain , de veillée en veillée. La plupart des 
ballades se composent ainsi en collaboration ; souvent elle est excitée par la danse. » 

Voila pour la généralité ; l'auteur des Barzaz-Brciz a poussé plus loin encore et a 
donné des détails plus curieux. 

" In maître meunier, qu'on me dit être le plus célèbre chanteur de noces des mon- 
tagnes, menait le branle et la chanson ; pour collaborateurs, il avait son garçon meunier, 
sept laboureurs et trois chiffonniers amhulants. Sa méthode de composition me donna 
une idée exacte de celle des compositeurs bretons. Le premier vers de chaque distique de 
la ballade une fois trouvé, il le répétait à plusieurs reprises ; ses compagnons le répétant 
de môme, lui laissaient le temps de trouver le second, qu'ils reprenaient pareillement 
après lui. Quand un distique était achevé, il commençait généralement le suivant par les 
derniers mots, souvent par le dernier vers de ce distique, de manière que les couplets 
s'engrenaient les uns dans les autres. La voix ou l'inspiration venant ii manquer au 
chanteur, son voisin de droite poursuivait; a celui-ci succédait le troisième ; puis le qua- 
trième continuait, et tous les autres, ainsi de suite, à tour de rôle, jusqu'au premier, à 
qui la chaîne recommençait, n 

Ainsi : 

Bretons, faisons une chanson sur 1rs hommes de la liasse Bretagne, 

— Venez entendre, entendre, ô peuple, venez entendre, entendre la chanson. 

Les hommes de la basse Bretagne ont fait un joli berceau. 

1 Par chanson 06 /liasse cl chanson cueillissoire. on détigne en Normandie la aaison où sont composées hahi- 
tufllcmcnt ces chansons : à la cueille des pommes , à la veillt'c , ipiand on file. 



PRÉFACE. 



Et pour laisser le temps à l'improvisation de sortir, il reprend le second vers : 
Venez entendre, entendre, ô peuple, venez entendre, entendre la chanson. 
Et ainsi de suite. 

Ainsi par ces citations on a l'explication du rhyllime de la chanson populaire, plus 
lente que vive. La chanson du lahoureur pour exciter les animaux, les chevaux , les bœufs, 
devait être naturellement monotone et rapprochée du caractère de l'animal. Les hommes 
dont l'invention faisait défaut, se sont servis du refrain pour permettre à l'inspiration 
de prendre du repos. Le refrain est la béquille de l'homme fatigué ; mais il faut essayer 
de trouver l'explication de ce refrain singulier qu'on pourrait appeler refrain par 
onomatopées qui enlève les plus francs rires de l'assemblée par son assemblage étrange 
de syllabes imprévues. Personne, je crois, n'a cherché à se rendre compte des 

Ton rclonton, ton tontainc, latoutaine, 

non plus que des 

Lon la landerirette , 
Lon la landeriron. 

11 ne faudrait rien moins qu'une académie d'humoristes, présidée par un Grosley, 
des membres comme la Monnoye, le président de Brosses, Charles Nodier, Gérard de 
Nerval et des philologues gais, pour expliquer la naissance de ces refrains , leur formation 
et leur fortune à travers les siècles. Quelle variété dans ces refrains baroques et merveil- 
leusement appropriés au caractère particulier de chaque chanson ! Ton rclon ton ton, 
tontainc, qu'on a appliqué à presque toutes les chansons de chasseurs, n'a-t-il pas la 
sonorité du cor? J'aime lon la landerirette a une certaine mélancolie qui peut s'appli- 
quer à des amours nuancés de mélancolie. Et celui-ci : 

Tout doux et iou! 

V oici encore une chanson de pays dont le refrain placé au second vers indique tout de 
suite le côté joyeux : 

En revenant des montagnes , 
Ricoco déri tra la la. 

Dès le début l'auditoire est prévenu que le chanteur va conter quelque gaillardise; un 
simple ricoco déride les figures. Les intérêts matériels, les difficultés de la vie sont ou- 
bliés ; chacun sourit d'avance, la joie entre dans le cœur. Et maintenant, cuistres et pédants, 
trouvez mieux que ce gai ricoco déri! 

Ils sont là à table une dizaine de paysans que les procès ont peut-être divisés, qui se 
jalousent entre eux, qui convoitent un héritage trop longtemps attendu; ils ont les vices 
et les passions de l'humanité. Le chanteur entonne de sa grosse voix joyeuse son ricoco, 
et à la place des tristes passions vient s'épanouir une douce gaieté. 

On ne chantera jamais assez la chanson. Xous ne chantons plus guère, c'est un grand 
levier enlevé à l'homme. l'n honnête philosophe du xvm e siècle, Mcistcr, qui fut long- 
/ temps le secrétaire de Diderot, dans son livre : Etudes sur l'homme, raconte l'anecdote 
suivante : 

« l'n bon curé de village allant visiter un serrurier de sa paroisse qui chantait toujours en tra- 
vaillant, mais, au grand scandale de tout le voisinage, des chansons très-profanes, se crut obligé 
de lui représenter, le plus charitablement du monde, qu'il feroit bien mieux de chanter des psau- 
mes ou des cantiques. — Je le voudrais bien , notre pasteur, lui répondit l'honnête serrurier, mais 
ma pauvre femme et mes enfants y perdraient trop.... Voyez comme en psalmodiant la lime se 
traîne ou s'endort sur mon ouvrage, au lieu qu'en fredonnant ces couplets si gais — jugez-en vous- 
même : comme l'air, la besogne aussi va quatre; fois plus vite ! » 

Qui n'a écoulé dans un port de mer les refrains des matelots anglais et américains, 
tournant le cabestan et supportant les manœuvres d'ensemble les plus dures par des 



XVI 



PRÉFACE. 



refrains cadencés régulièrement et composés d'onomatopées pures? Le couplet suivant, 
tiré d'une chanson de baleiniers, a certainement fait oublier plus d'une fatigue de cette 
nature : 

Quand la boiteuse s'en va-t-au marché, 
Kilo n'y va jamais sans son panier, 
Elle n'y va jamais sans son panier, 
Hioup, ioup-é-nip, è-nip, è-nip, è-nap. 
Elle n'y va jamais sans son panier. 
Lir Ion fa, ma lura dondè. 

Dans le Bazadais, qui forme maintenant une partie du déparlement de la Gironde, 
quand on venait de procéder au baptême d'un enfant, les parents chantaient : 

Nous l'als baillât coume un gigiou; 
Dous lou tournes chrétien de Dion. 

Traduction : Vous nous l'avez donné comme un gigiou; — Xous vous le rendons 
chrétien de Dieu. 

Un archéologue de la Gironde, M. Lamarque de Plaisance, inquiet de ne pas com- 
prendre le sens de ce mot gigiou, inconnu même dans le patois bazadais, en demanda 
l'explication a la vieille qui lui chantait ces couplets de baptême. — Je n'en sais rien, 
dit-elle, il a sans doute été mis pour le retruc. 

En un mot, voilà l'explication de plus d'une poésie ambitieuse des villes où le sens est 
sacrifié trop souvent à la rime. Le relruc désigne la rime ou la répétition des sons. 
Gigiou est venu à l'idée du chanteur parce qu'il lui fallait une rime à Diou. Ah ! que les 
frères Grimm avaient raison de dire qu'ils n'avaient pu découvrir un seul mensonge dans 
les poésies populaires ! Quel est le poëtc qui aurait la sincérité de déclarer comme la 
vieille qu'un mot insignifiant est venu à la fin de son vers, dans le seul but d'une har- 
monieuse assonance? 

Chaque province de France a son école de refrains qu'il faudrait expliquer par les 
patois. M. Wckerlin a donné dans ses Echos du temps passé une très-grotesque chanson 
qu'il a entendu chanter à un paysan des environs de Caen : 

La bcll', si nous étions dedans su haut bois, 
La bcll', si nous étions dedans su haut bois, 

On s'y mangerions fort bien des noix, 

On s'y mangerions fort bien des noix. 

On s'en mangerions à note loisir. 
Nique nar no musc ! 

Je m'arrête à ce singulier nique nac no muse, cl je regrette mon ignorance en philo- 
logie. Il faudrait connaître tous les patois et leurs nombreux dialectes, car chaque 
village a souvent le sien. 

Tout est important dans l'art, et certainement l'Académie des Inscriptions et Ilcllcs- 
Lcltrcs n'aurait pas perdu son temps le jour où elle pourrait expliquer le sens de 
Mystico dur, dur, tire lire — cl de Cli, clo , (lu, la lin tic, la licou, — cl de Mirliton, 
mirlitaine, — et de Tire lire lire lui' lire Ion fa — et de Ran plan plan Hcc lice ran 
plan — et de La faridondainc , gai, la faridondainc — et de Tur lutu tu rengaine — et 
de Tron, tcon lion lice Hti laine — et de Tan li tan twe line lurc. 

Malgré d'énormes recherches à ce sujet , je n'ai trouvé que quelques mots dans Dubois, 
un grammairien du seizième siècle, qui classe ces refrains au chapitre des interjections. 
«Enfin, dit-il, nous avons un nombre infini d'interjections qui se trouvent dans les 
chansons populaires, comme liromplia , dada, etc. » Explication qui ne peut servir que 
de maigre jalon pour un dictionnaire futur. 

Dans une chanson que j'ai reçue du Limousin , les couplets se terminent par : 

El youp la verdi, lu verdon. 
C'est une formule très-connue; combien de chansons renferment des la verdi, la 



PRÉFACE. 



XVII 



verdon, d'autres la verduretle, d'aulrcs la verdurinctte ! Et cependant dans la province 
d'où vient cette chanson verder signifie se dépêcher. Voilà donc un refrain dont le sens 
est clair: 

Et youp (et vite), la verdi, la verdon (dépêchons-nous). 

Un de mes amis du Dauphiné m'a envoyé avec la chanson suivante une des plus pro- 
bables explications du refrain par onomatopées. Voici d'abord la chanson : 



Mon père me marie, 
Petite Jeanneton, glin-glon, 

Kt n'en savait rien faire 

Qu'à garder la maison , 
Au son de la bigournoise, 

Son (1rs noises, des pommes, 
Des figues, des fraises et bon, 
Y-a t'y pas de la glin glon glon , 
Gloria de la digue don don, 
Gloria de la caderata , 
De la bigournoise, ô gai, 
L'espoir, c'est de la bigournoise. 

Et n'en savait rien faire 
Qu'à garder la maison, glin-glon; 
On la-t-envoyé aux herbes, 

Aux herbes , nu cresson , 
Au son de la bigournoise , etc. 

On l'a-t-envoyé aux herbes, etc. 
Le jonc était si faible 
Qu'cll' a coulé à fond. 

Y passe trois militaires 
Et trois jolis garçons. 



Que nous donnerez-vous , la belle , 
Si nous vous retirons? 

J'ai cent écus en gage, 
Cela n'cst-il pas bon? 

Ce n'est point ça, la belle, 
Que nous vous demandons. 

C'est votre cœur volage , 
Savoir si nous l'aurons. 

Mais de mon cœur volage , 
Je l'ai mis aux poissons. 

Qui a fait la chansonnette 
Sont trois jolis garçons. 

L'ont faite et composée 
En parlant de la Jeanneton , 
Au son de la bigournoise; 

Son des noises , des pommes , 
Des figues , des fraises et bon , 
Y-a t'y pas de la glin glon glon , 
Gloria de la digue don don , 
Gloria de la caderata, 
De la bigournoise , ô gai , 
L'espoir, c'est de la bigournoise. 



« Cette chanson est fort connue ici, m'écrit mon ami. Je la tiens d'un de nos ouvriers 
du Péage, qui l'a apprise de son père. Son père la chantait avec orgueil parce que le re- 
frain est difficile à retenir et que ceux qui essayaient de l'apprendre n'y parvenaient pas. 
On avait surnommé ce chanteur : le père Labigournoise. » Ainsi l'amour-propre du 
chanteur à langue bien déliée, lui avait fait composer ce refrain difficile par sa bizarrerie, 
que les autres chanteurs ne pouvaient répéter aussi vivement que lui. Mais quel 
triomphe! Le nom lui est resté, et ce n'est pas un médiocre succès que de s'appeler à 
l'avenir le père Labigournoise et de devoir son nom à une chanson. 

C'est à la même famille qu'appartiennent les chansons d'enfants qui ont occupé de 
grands esprits, jusqu'à Platon lui-même. N'ordonne-t-il pas aux nourrices de chanter 
beaucoup de chansons aux enfants qu'elles soignent? a Etiam nutricum, quœ adhibetur 
infant ibus allcctationi , suum quoddam carmen assignat. » Ici nous rentrons dans la 
théorie des sensations. Platon voulait que l'oreille fût bercée de sons rhythmés, moins 
durs que la parole ordinaire, et de même plus tard le savant italien Porta recommandait 
aux nouveaux mariés de n'entourer leurs murailles que de tableaux gais, pour satisfaire 
les premiers regards des enfants. Platon et Porta se montraient grands physiologistes , et 
Jérôme Cardan, dans le De vita propria, confirme les idées du philosophe grec, en con- 
tant que jamais dans la vie il n'éprouva d'aussi vives jouissances que lorsque sa nourrice 
chantait auprès de son berceau. Les souvenirs de L'alchimiste remontent peut-être bien 
loin , mais l'idée est juste. 

Tous les peuples ont eu des chansons de nourrice, des mélodies particulières char- 
mantes qui ont été notées. Les anciens Crées avaient le Katabauealisis , les Grecs mo- 
dernes ont le Nannarisma, les Italiens le Nanna, les Anglais le Nursery rhymes ou mieux 
le Lullaby. Dans L'ancienne Grèce on sait (pie la chanson des petits enfants s'appelait 
la la. Il ne faut pas demander aux nourrices qui composent ces chansons autre chose 
que ce qu'elles peuvent donner; mais dans l'amour qu'elles portent aux enfants, elles 
c 



xvni PRÉFACE. 

trouvent de singulières associations de mots, d'images, sans lien apparent, qui frappent 
le nouveau-né et savent endormir ses premières souffrances. 

J'ai vu une anguille 
Qui coiffait sa tille ; 
J'ai vu un gros rat 
Le chapeau sous le bras , 



est une chanson de nourrice du Berry qui peut servir de type à tous les refrains bons à 
pénétrer le tendre cerveau des enfants. Une berceuse alsacienne que je citerai est déjà 
plus raisonnable dans sa gaieté : 



Une poule et un coq , 
Le sermon commence ; 
Une vache et un veau , 
Le sermon est à moitié. 
Un chat et une souris , 



Le sermon est fini. 

Voilà une souris qui se sauve ! 

Celui qui l'attrapera 

N'a qu'à se faire un grand 

Grand bonnet de fourrure. 



Les six premiers vers remplissent la tète de l'enfant de choses animées qu'il préfère à 
l'homme : la poule, le coq, la vache, le veau, le chat et la souris. Les fabricants de jou- 
joux sont plus occupés à fabriquer des animaux que des polichinelles. L'enfant, presque 
animal par l'intelligence, comprend l'animal. A ces animaux, la nourrice alsacienne a 
mélangé un peu de religion; mais je trouve le sermon trop abstrait pour l'enfant. El je 
préfère le grand grand bonnet de fourrure qu'on promet à celui qui attrapera la souris 
qui se sauve. 

Une berceuse du Berry montre la nourrice semant dans la tète de l'enfant l'idée com- 
pliquée du mariage : 

Dodo , berline 1 , 

Sainte Catherine , 
Endormez ma p'titc enfant 
Jusqu'à l'âge de quinze ans! 
Quand quinze ans seront sonnés, 
Il faudra la marier. 



Petit à petit les mots entrent dans la tète de l'enfant, il en comprend le sens, ses idées 
se forment, et le temps n'est pas éloigné où il ira chanter dans les rues de Bourges, avec 
les polissons du quartier qui saluent l'arrivée du printemps : 

Ah! l'arondc, vole, vole, vole, 
Ali! l'arondc, vole, vole donc. 

A-t-on déjà fait remarquer la propension qu'ont les enfants à la rime en y joignant 
une certaine mélopée musiciile? Leur esprit porté au grotesque se plaît également aux 
surnoms dont plus d'un écolier et d'un maître d'étude seront victimes. La chanson sui- 
vante d'enfants du Berry, qui ont dénaturé le nom de Charles, montrera leur nature 
d'esprit vers l'âge de sept ans : 

C'est monsieur Charligodet 
Qu'a des poux dans son bonnet; 
Il les tourne, il les vire, 
Il les fait crever de rire, etc. 

Dans son précieux Glossaire du centre de la France , M. le comte Jaubert a montré ce 
que la science philologique pouvait trouver dans ces naïfs couplets : « Le Tribonot, dit-il, 
est un jeu d'enfants dans lequel on prend plusieurs cerises dont les queues sont soudées 
par trois ou par deux à leur point d'insertion sur le rameau de l'arbre, après quoi on fait 

1 11 faut savoir, m'écrit M. Hinaull do Lauflardière , que les mères cl nourrires du Itorry disent d'un entant 
rebelle au sommeil : « il s'araille comme un berlin. ■ Le berlin est celui qui a dos idées singulières, qui n est 
pas fou, mais un peu dérangé, et par suite ouvre les MM d'utie façon démesurée, litrline est le féminin de 
berlin. » 



P R El-' A CE. 



XIX 



tourner cnlre les doigts deux des cerises, de manière que la troisième, ou la soudure 
seulement, quand il n'y a que deux cerises, fasse la culbute sous cette espèce d'arcade. 
On chante alors : 

Passe, passe, Tribonot, 

Par la porte de Saint-Jacques, 

Passe, passe, Tribonot, 

Par la porte de Saint-Jacquot. 

« On appelle en gallois tribanau, ce qui est la même chose que tribonot, certaines 
poésies morales ou tercets dont l'origine remonte aux époques des druides. « 



VII. 



Avant d'arriver aux chansons de mariage et aux plus nombreuses encore qui ont trait 
à l'amour, il est bon de commencer par celles qui se rapportent à différents usages de 
pays et aux mœurs des habitants. En Flandre, du côté de Dunkerque, les enfants, le 
jour de la Saint-Martin, portant une lanterne de couleur au bout d'un bâton et soufflant 
dans des cornes de bœuf, chantent la chanson de la Saint-Martin : 



Le petit oiseau de Saint-Martin 
Au rouge corsage s'est arrêté 
Précipitamment au delà du Rhin, 

Où sont des porcs gras. 
Bonne femme, donne-nous quelque chose, 

Toutes les poules pondent. 

Ici demeure un homme riche, 
Qui peut bien nous donner quelque chose. 
Il donnera beaucoup, il vivra longtemps; 
11 mourra saintement, il obtiendra le ciel. 

La servante monte l'escalier; 
Elle met la main dans le sac aux noix; 



Elle ne la met pas à côté ; 
Elle nous en donnera un peu. 
Donne un peu, garde un peu; 
Qu'il y ait quelque chose pour l'an prochain. 

Là-haut, dans les combles, 

Pendent de longs saucissons. 
Donne-nous les plus longs, laisse les plus courts. 
Ne nous fais pas attendre longtemps. 
Nous devons aller une maison plus loin. 

Donne un peu , garde un peu , 
Qu'il y ait quelque chose pour l'an prochain. 



Dans beaucoup de provinces, on retrouve ce genre de demandes rhylhmées, très-fré- 
quentes en Normandie surtout de la part des mendiants, et qu'on connaît sous le nom de 
chansons de part à Dieu. 

Les domestiques qui se louent pour un an ont voulu avoir également leur couplet. En 
voici un du Berry : 

A la Saint-Jean, je m' accueillis , 
Je m'accueillis six francs tout rond , 

La vesi , la veson , 

La veson , don don. 

En dansant la vesi , 
Hi! 

En sautant la veson. 
Hon! 

Les Basques, grands joueurs de paume, l'ont consacrée en ces vers ; 

Les gens de Hasparian sont allés à Bayonne, 
A une partie de paume, les quatre meilleurs, 
Contre les Bayonnais sur une place ici connue. 

Ils n'avaient point peur. 
Ils ont gagné de l'argent et de la renommée. 
Tout s'est parfaitement passé. 



Les Picards ont célébré leurs fêtes cantonales 



Où t'en vas-tu, Jean-Jacques, 
Avec ton bien capicu? 

Qu' t'es bien ! 
Et pis et bell' casaque , 
De 1' poudre cd'sus tes qu'icux. 
En vérité qu' t'es bieu! 



Je m'en veu à I' ducassc ; 
Vcux-lu icnir avec mi, 
Marie? 

Os y mangerons de I' tarte , 
De 1' tarte à la bouillie ; 
Os aurons du plaisir. 



xx PRÉFACE. 

Les Flamands montrent leur commisération pour les animaux : 

Voyez les pauvres chevaux 
Se traîner le long de la route ; 
Ils n'ont presque pas de pave 
Pour aller jusqu'à Casscl. 
Douce Mariton, Mariton, Maritainc , 
Douce Mariton, ton, ton. 

Les danses du Pcrigord, la périgourdine était si répandue qu'on en fit une chanson 
dans le Berry : 

Pour danser la paligourdinc, 
Faut avoir le pied dégage, 

Pied dégagé, pass', passe ! 

Pied dégagé passé. 

Les ivrognes berrichons ont leur petit couplet à boire : 

Arrosons-nous 
La uoque , 
La noque ; 
Arrosons-nous 
La noque du cou. 

Ils ont aussi la chanson de la rinçonnetle : 

A ta santé, mon compagnon , 
La vcrdurcltc , la verduron , etc. 
Encore un petit gouspillon, etc. 

Et puis après rosette, 

La verduron , durctte , etc. 

Et puis la rinçonnetle, etc. 

Dans chacun de ces couplets, on peut retrouver un trait de mœurs, une coutume. A 
Bourges, les enfants, portant a la main des tiges sèches de faguctlcs trempées dans l'huile, 
chantent dans les rues : 

Brandelons! femelles, 
Les vignes sont belles, 
Les beugnets sont pas dieux nous , 
* Ils sont choux les moines, 

Fricassés dans la poêle. 

H y a là une petite malice contre les moines; mais il faut y chercher surtout l'ancienne 
coutume , commune à beaucoup de provinces, d'allumer des feux sur les montagnes, et qui 
s'appelait les brandons dans l'Ile-de-France, le Iionrdir à Douai, le lichours ou llouliours 
en Picardie, le dimanche des bonnes dans les Ardcnues, cl furcn (le feu heureux) dans 
le canton de Mauheuge, à Epinal les champs (jolots, toutes fêles qui enterraient les jours 
gras et célébraient les approches du printemps. 

Dans les campagnes aux environs de Bourges, le soir des brandons, un brandonneux 
et une brandonneuse (ordinairement berger et bergère) courent les champs, quelques 
branchages à la main, et chantent : 

Brandelons ! femelles, 

Les vignes sont belles; 
La vieille remue les tisons 
Pour faire cuire les beuglions. 

Le mois de mai a été chanté par toutes les provinces. En Bresse, le mois de mai est 
fêlé plus que le jour de l'an ailleurs. 

Il y a trois chansons de mai sur le même air. Voici le premier couplet de la première : 

Le voilà venu le joli mois. 

Laissez bourgeonner le bois; 
Le voilà venu le joli mois; 

Le joli bois bourgeonne. 
Il faut laisser bourgeonner le bois, 

Le bois du gentilhomme. 



PRÉFACÉ 



XXI 



De grand matin je me lèverai; un beau bouquet j'amasserai. I'our le lier je prendrai un ruban 
noir, si j'en ai un; autrement je l'achèterai, ou bien je remprunterai. 

C'est ici la fin de celle-là. Ainsi termine le poète. 

On trouvera dans la lin de cette élude d'autres chansons de Mai ([ni se confondent 
avec les chansons de mariage; niais il est des rondes d'enfants qu'on pourrait appeler his- 
toriques, et qui ont conservé le souvenir des chevaliers de la Table-Ronde mieux que les 
romans de chevalerie et les grands poëmes de geste. La Franche-Comté est pleine de la 
mémoire de Charlemagne et de Roland. Le Mont-Roland , dans le Jura, n'indique-t-il pas 
quel souvenir y a laissé le chevalier? Dans un village de la Franche-Comté, rapporte un 
archéologue, des jeunes filles de six à douze ans sont réunies. Il en est une qui s'ac- 
croupit; toutes les autres forment autour d'elle un rempart, relèvent les bords de sa robe 
au-dessus de sa tète, de manière à figurer un donjon dans lequel la princesse est cachée. 

D'un autre côté, il se présente un héros, à la tète d'une cohorte guerrière, qui parcourt 
trois fois les glacis de celte forteresse en chaulant : Qu'y a-t-il dans cette tour? 

Les jeunes filles, qui reconnaissent le cavalier, s'écrient à sa vue : Oijcr! Oger! 

Qu'y a-t-il dans celte tour? reprend le paladin. 

La châtelaine, qui, de l'intérieur, a reconnu aussi la voix de son amant, s'écrie: Franc 
chevalier! et le chœur des dames répond au chercheur d'aventures : 

11 y a la belle qui dort, 

Oger! Oger! 
Il y a la belle qui dort, 

Franc chevalier ! 

Après ces mots, le courtois chevalier manifeste un vif désir de voir celte heauté endor- 
mie; de son côté la garnison se met en état de défense; mais le chevalier menace d'ar- 
racher une pierre du rempart. Il l'enlève, en elfet, car il entraîne hors du cercle une des 
jeunes filles qu'il conduit et qu'il mène au rondeau des garçons. 

Une pierre , ce n'est guère , 

Oger! Oger! 
Une pierre , ce n'est guère , 

Franc chevalier! 

Mais il revient à la charge à plusieurs reprises, enlevant successivement toutes les 
pierres avec lesquelles il complète son rondeau, jusqu'à ce qu'il ne reste plus personne 
pour lui soustraire la fée qui dort. Alors la tour s'écroule, la belle paraît. Le vainqueur 
reçoit naturellement un baiser pour prix de sa vaillance, le tout au milieu d'un brouhaha 
de cris et de désordre qui se luit parmi les jeunes assiégées, à l'imitation de ceux qui ré- 
gnent à la prise d'un château rempli de femmes et de soldats. 

Il existe encore peut-être dans les montagnes des Hautes-Alpes un singulier usage, 
qu'on appelait le bacchuber. Au pont de Cervières, hameau de Briançon, le l(j août de 
chaque année, les jeunes gens, au nombre de neuf, onze ou treize, exécutent, pendant 
que les femmes chantent, une espèce de danse guerrière fort singulière; ils sont armés 
d'épées courtes, larges et sans pointe, et forment un rond en tenant leur épée de la main 
droite, et le bout de celle de leur voisin de la main gauche; ils décrivent en dansant douze 
ligures différentes, forment avec leurs épées des carrés, des losanges, des triangles, etc. 
avec une lenteur et une gravité particulières. 

Les mœurs, les coutumes, les légendes, les chansons mieux étudiées, rendront de grands 
Milices plus tard aux historiens. I'our moi , je préfère rester sur le terrain de l'amour, 
de la femme et du mariage. 

Dans les voejues (fêtes) du Charolais, on danse des bourrées qui se rapprochent 
de la famille des bourrées du Nivernais, du Berry et de l'Auvergne. Les danseurs sau- 
tent sur chaque pied pendant des heures entières, en poussant des Uni! suivis d'un gros 



XXII 



PRÉFACE. 



baiser. La chanson sur l'air de celte bourrée se continue toujours sur les mêmes paroles. 

01 est amoureux, 

Le petiot gueux, 

Le petiot drôle ! 
01 est amoureux , 

Le petiot drôle , 

Le petiot gueux. 

Dans ce couplet on voit le jeune «arçon qui commence à sentir ses quinze ans. Les 
yeux baissés, tremblant, rouge, il serre la main de sa bonne amie, cl les garçons du vil- 
lage se moquent de lui. 

Ici, par ces trois simples vers, je vois le compagnon qui part ou le soldat quittant sa 
chère Bourgogne : 

Adieu le faubourg de la Barre , 

Adieu la ville de Màcon, 

Et la beauté que mon cœur aime. 

Voici un amoureux berrichon qui aime à la fois la fille et la bouteille : 

Aux quat' quarts du lit 
Y a quat' poum' d'orange , 
Au biau mitan du lit 
Le rossignol y chante ; 
Le bon vin m'endeurt, 
Et l'amour m y draveillc. 

J'ai quelquefois été profondément touché de la délicatesse de l'amour dans les Flandres. 
Il y a dans certains tableaux de Téniers , d'Ostade et de Brawer des buveurs et des pipeurs 
au nez rouge qui serrent la main de leurs compagnes avec un regard plein de tendres 
affections. Le comique particulier de ces grossières figures n'en fait ressortir que plus 
vivement le sentiment amoureux. Il n'y a pas de ballade allemande plus délicate que celte 
chanson de Dunkerque : 

Sous un vert tilleul je cherchais ma mie; vainement je la cherchais, ma mie n'était pas là. 
Oui, je cherchais en vain! — puisse ce tilleul se dessécher! Xous nous promènerons le soir et 
nous trouverons une couronne, oui, une couronne de roses. 

Une couronne de fleurs, liée de rubans. — Que m'envoya ma mie de Paris, par delà la mer? 
Que m'envoya ma mie? — Un petit billet. — Que contient ce billet? 

Que conlicnt-il? — Jeune fille, lisez-le : « Quoique les jeunes gens disent de belles paroles, ne 
les écoutez pas. 

• Malgré leur beau langage, ils ont l'esprit trompeur. Ainsi la pomme du verger renferme des vers. 
i Le verger est fermé , personne n'y entre , sinon le petit rossignol qui vole par-dessus l'enclos. « 

Avec quel sentiment délicat une pauvre fît le de la basse Navarre cxprime-t-clle sa 
séduction et sa faute : 

Ln bouquet de roses en février éclos 
J'ai envoyé à ce monsieur en compliment , 
L'assurant que j'en avais eu le plant de son jardin, 
Et le priant de garder le bouquet en souvenir de moi. 

Ce monsieur que j'aurais cru devoir être heureux 

D avoir de son plant un bouquet, 

L'a renvoyé disant qu'il n'en veut point. 

Que d'avoir donné un plant aucun souvenir ne lui reste. 

Bouquet charmant, soyez le bien revenu! 
Moi je ne vous repousserai pas comme ce monsieur. 
Fraîchement je vous nourrirai de mon sein , 
Tout en vous dotant du nom de ce monsieur. 

Vous, mes jeunes compagnes, livrez-vous à vos jeux; 

Quant à moi depuis longtemps je suis dans la tristesse. 

Des jeunes messieurs qui portent des chapeaux fuyez l'approche, 

Ce sont mes relations avec eux qui ont causé ma perte. 



PR É V A C K 



XXIII 



Mais relie traduction, due a RI. Fr. Michel, ne peut rendre le charme du dialecte bas- 
navarrais. 

M. le comte Jaubcrt a recueilli à Henrichemont un joli couplet : 

Que les étoiles sont brillantes! 
Que la lune rail clairement! 
Mais les beaux yeux de ma maîtresse 
Ils le sont bien cent fois autant. 

Moins joli que celui du Bcrry : 

Au bout du bras il m'a tendu la main, 
En me parlant tics amours les plus tendres. 
Je l'aimais tant, j'ai ben su m'en défendre, 
Ah ! j'ai ben su élonger mon chemin , 
Tel beau plaisir que j'avais de l' entendre. 



Voici un pauvre amoureux qui se vante : 

L'auteur de ces chansons 
N'avait pas de chagrin; 
Il est assis sur sa chaise, 
Certes bien joyeux, 
Oh! 

Sans chagrin d'avoir perdu une amie. 

Le oh! seul ne suffit-il pas à montrer le chagrin du pauvre délaissé? Mais vingt pages 
ne suffiraient pas pour citer ces cris d'amour, toujours éloquents dans leur vérité, et qui 
prennent un accent particulier de détresse du cauir, recouverts par une mélodie plaintive. 

Les chansons de noces sont toutes curieuses, en les rapprochant des usages symboli- 
ques dont il existe des variations dans chaque province. 

II y a quelques années, en Lorraine, le premier dimanche de mai, les jeunes filles des 
environs de Remiremont (Lorraine), parées de leurs habits de féte, parcouraient les che- 
mins qui mènent à l'église de Dommartin, et à chaque garçon qu'elles rencontraient, 
elles attachaient à son chapeau une petite branche de laurier ou de romarin en chantant 
les couplets suivants : 



Un beau monsieur nous avons trouvé , 
Dieu lui donne joie et santé. 
Ayez le mai, le joli mai! 

Que Dieu lui donne joie et santé 
Et une amie à son gré. 
Ayez le mai, le joli mai! 



Donnez-nous votre chapeau , 

Un petit bouquet nous y mettrons. 

Ayez le mai , le joli mai. 

Mon beau monsieur, à votre gré, 
Aujourd'hui vous nous donnerez. 
Ayez le mai , le joli mai ! 



Ce sera pour la Vierge Marie , 
Si bonne et si chérie. 
Ayez le mai, le joli mai! 

Dans le canton de Sainl-Dié, près de Remiremont, au jour des noces, il était d'usage 
qu'une amie de la mariée lui chantât au dessert une complainte sur le mariage : 

Adieu fleur de jeunesse , 
Je vais t' abandonner ; 
La noble qualité de tille, 
Aujourd'hui la faut quitter. 

Mais les chansons de mariés de la Bretagne et du Poitou sont bien plus remarquables. 

Dans le Bourbonnais, dès la veille du jour des noces, les jeunes gens, le cornemusier 
en tôle (à Montlueon les noces se font au bruit du tambour), conduisent le futur porter 
ses cadeaux cl chercher la chemise que doit lui donner la fiancée, Arrivés a la maison, 



XXIV 



PREFACE. 



ils trouvent la porte fermée; on frappe avec le bourdon de la musette, en chantant en 
chœur : 

Ouvrez, ouïrez la porte, 

Françoise , ma mignonne : 
De beaux cadeaux à vous présenter, 
Hélas ! ma mie , laissez-nous entrer. 

Les filles enfermées en dedans répondent : 

Moi, vous laisser entrer, 
Je ne saurais le faire ; 
Mon père est en colère , 
Ma mère est en tristesse; 
Une fille d'aussi grand prix 
N'ouvre pas la porte à ces heures-ci. 

Les garçons répèlent leur couplet en détaillant chaque objet du présent : des rubans , 
un mouchoir, une bague, un tablier, etc. à vous présenter . La fille est inflexible jusqu'à 
ce qu'ils viennent à chanter : un beau garçon à vous présenter y alors la porte s'ouvre. 

Le lendemain des noces, il faut planter le chou. Pendant ces bruyants ébats, dont 
la joie est entretenue par ce qui reste de vin au fond des tonneaux, une scène non moins 
bruyante, mais plus triste, se passe dans l'intérieur de la maison. Ce sont les adieux de 
la mariée aux parents dont elle se sépare; les pleurs et les cris dans cette circonstance 

sont prodigués Tous les adieux ne sont pas si tristes. Les invités sont toujours à la 

place où ils se sont assis la veille ; quelques-uns ont couché sur le champ de bataille, au 
milieu des débris de dindes et de gâteaux. Ce sont eux qui chantent : 

Xos chevaux sont à la porte, 
Tout sellés, tout bridés. 
Que le diable les emporte! 
Je ne veux point m'en aller. 

Cependant il faut partir; mais on ne se quitte qu'à plus d'une demi-lieue de la maison, 
verres et bouteilles en mains , et non sans faire mainte halle et mainte libation. La musette 
alors joue le vieux refrain : 

Allez-vous-en, gens de la noce, 
Allez-vous-en chacun chez vous; 

Si la mariée est malade , 

Xoiis la guérirons sans vous. 

« II est à propos de citer une chanson (pie j'ai entendue bien souvent à Bonrbon, dit 
Achille Allier dans son beau livre de l'Ancien Bourbonnais. Elle donnera on ne peut 
mieux l'idée d'un mariage entre les gens de la campagne : 

Bon jou don, mère Catherine, 

Y allons don, père Yieoulas! 

Voulez-vous marier Calhrinelle 

A noute garçon que vêla? 

01 entend bien le coumarec, 

Ouest stil que vend nos naviaux (navels) ; 

s'exarce à tirer les vaches, 

Et haye du foin aux viaux. 

Dans les villages de Sainl-Omer, quand une cadette se marie avant son aînée, le jour 
de la noce de la cadette, les garçons du village s'emparent de la pauvre aînée, et la ho- 
chent bon gré mal gré sur la voùlcdu four, afin, disent-ils, qu'elle s'échauffe, puisqu'elle 
est restée insensible à l'amour. 

Il existe aussi une danse appelée la danse du regret. Une fille a d'ordinaire plusieurs 
galants, toujours un, au moins deux. Quand elle se marie, l'infortuné galant qui n'a pu 
réussir à obtenir sa main est obligé de danser séparément avec elle un quadrille sur 
une couverture qu'on a étendue sur le carreau dans un coin. 



I» il fer A CE. 



XXV 



A Loiis-le-SaiilnifT et à Châlcau-Châlon (Jura), le premier jour de mai, les jeunes (illcs 
portent en triomphe un enfant couronné de fleurs et chantent : 

Elrenncz noire épousée, 
Voici le mois, le joli mois de mai; 
Elrenncz noire épousée, 
La bonne étrenne , 
Voici le mois, le joli mois de mai 
Qu'on vous amène. 

« 11 ne faut pas croire que le spectacle fâcheux des rixes domestiques attriste le chan- 
sonnier, dit M. de Beaurepaire dans son excellente Elude sur la poésie populaire en 
Normandie. Dans celle littérature, empreinte de l'esprit gaulois, la femme ne se désole 
jamais; elle prend facilement son parti de la mauvaise humeur du mari, et elle s'en va 
gaiement chercher fortune et consolation ailleurs. C'est là, il faut en convenir, une mo- 
rale assez équivoque; mais la ronde participe un peu de la nature insouciante du vaude- 
ville; elle prend les choses par le côté plaisant ou grotesque, et jamais elle ne s'est donné 
pour mission d'enseigner aux hommes les obligations sérieuses de la vie. » 

Dans la ronde suivante, une femme parle d'un homme 

Qui n'a ni maille ni denier, 
Fors un bâton de vert pommier, 
De quoi il me bat les costez. 
S'il me bat je m'en irai 

Avec les vaillants. 
Ils m'apprendront le jeu de dcz , 
Le jeu de cartes après souper. 

M. Ribaull de Laugardière , substitut du procureur impérial à Clamecy, m'a envoyé 
une chanson très-curieuse : 

« J'ai pu me procurer, dit-il, des détails fort curieux sur nos coutumes nuptiales rus- 
tiques, des chansons nouvelles, des varianles précieuses, et parmi celles-ci le texte, que je 
crois définitif, de la seconde chanson de la Charrette, dont je n'avais reproduit jadis qu'un 
fragment tronqué. 



Tout en partant de vès cheux nous , 

Pleurant torjous , 
J'ai pas guée d'crgrct de la ville, 

Ni des marchands , 
Héla! j'ai d'crgrct qu'à ma mic 

Que y a dedans !.. . 

Ma mie, fasez-moué un bouquet 

Qui soyc bin fait, 
Qui soyc lié d'une soie vartc , 

Bin properment ; 
Mes amourclt' aussit' les voulres 

Soyaient dedans. 

La belle, en liant le bouquet, 
A sopirail. 

— ■ Qu'a' -vous, qu'a' -vous, ma mic Naoncttc 

A tant pleurer? 
Argrcltcz-vous nos amourettes 

Du temps passé? 

— Ah! c'est ben à moué de pleurer, 

De sopircr! 
Vous m'y laissez embarrassée 

D'un bel enfant ; 
Tant qu' c'est qu" v' aninrez de la guée, 

I sera grand. 



Que ferons-nous de cet enfant 

Tant qu'i s'ra grand?... 
Je li ferons une cocarde 

De riban blanc, 
Je l'cnvoirrous arjoind' son péc 

Au régiment. 

— Quoué qu'is diront au régiment 

En le voyant? 
Is diront tous : Par la morgucnnc? 

Via un cadet; 
Fasons-n'-en nouler capitaine, 

A lui I' bouquet ! 

— Ma mie, j'ai de l'argent à nous; 

Le voilez-vous? 

— Oh! non, non, non, ce lui dit-elle, 

Je n'en veux point ; 
Tous garçons qui vont à la guée 
N'en ont d' besoin. 

— Allons, mignonne, au cabaret 

Bouère et chanter. 
A la santé , ma mic Nannette , 

Pus de cent foués ! 
Sans oblicr août' capitaine 

Vive le Houé ! 



Mais la plus singulière, en ce sens qu'elle mélange la mort et le mariage, alliance que 
je n'ai jamais trouvée dans les chansons où la jouissance de la vie prédomine , est 



XXVI 



PRÉFACE. 



évidemment une chanson de l'arrondissement 
Prarond. 



d'Amiens que m'a envoyée M. Ernest 



Je voudrais nie marié, | 

Monsieur le curé , 
— Un mari faudra chercher, 

Julie , ma Julie , 
Un mari faudra chercher, 

Ma petite Julie. 

— Ça sera-t-il un grand péché , ) 
Monsieur le curé? ) 

— Oui, ce sera un grand péché, 
Julie, ma Julie, 

Oui , ce sera un grand péché , 
Ma petite Julie. 



(bis.) 



(bis.) 



(bis.) 



N 



— S'il vient à me quitter, 
Je mourrai , 
Monsieur le curé. 

— Si tu meurs, on t'enterrera, 
Julie , ma Julie , 

Si tu meurs, on t'enterrera, 
Ma petite Julie. 

— Plcurcrez-vous à mon enterrement, 

Monsieur le curé ? 
Xnn, je ne pleurerai pas, car il faut que je chante, 

Julie , ma Julie , 
on, je ne pleurerai pas, car il faut que je chante, 
Ma petite Julie. 



(bis.) 



Quelle chanson chanterez-vous, / 

Monsieur le curé? 
— Requiescat in pace , 

Julie , ma Julie , 

Requiescat in pace , 

Ma petite Julie. 



VIII. 



Arrive au bout de l'énorme tâche qui a demandé deux ans de recherches et de travaux, 
je sens combien le présent volume laisse encore à désirer; mais le public verra par nos 
efforts combien était difficile une première récolte de chansons populaires des provinces 
de la France. Pour la première fois un pareil travail était tenté; il fallait une grande 
diversité pour ne pas fatiguer l'attention des curieux. On trouve dans ce recueil les 
chansons d'amour mêlées aux noëls, les chansons des métiers jointes aux rondes, les 
chansons de mai à côté des ballades, les chansons de mariage en regard des chansons 
morales, toutes les différentes manifestations de la joie, de la tristesse, de l'amour du 
vin, de la jalousie, de l'ambition des filles et des garçons; comme aussi mille usages 
locaux sont étudiés dans chacune des notices et sutMoul ceux qui ont rapport aux fêles, 
aux divertissements et aux danses. 

J'ai essayé de mettre vivement en lumière les personnes qui nous ont aidés dans celle 
publication ; il me reste à donner une petite bibliographie des trop rares travaux qui 
m'ont servi de base. 

Barzaz-Rreiz, chants populaires de la Bretagne, par Hcrsart de la Villemarqué ; I rc édition. 
Paris, 1839. — Elsassischcs Volksbiichlein (Petit livre populaire alsacien) , par Auguste Stober. 
Strasbourg, 18V2 — Chansons et airs populaires du Réarn, recueillis par Frédéric Kivnrez; 
1 vol. grand in- 8". Pau, 1844. — Xoëls bressans , par Philibert le Duc ; 1 vol. in- 18. Rnurg, 1843. 
— L'sagcs et chansons populaires de l'ancien liazadais, par I.amarque, de Plaisance; 1 xol. in-8", 
Bordeaux, 1845. — Album auvergnat, par J. B. Bouille! ; grand in-8". Moulins, 18V8. — Recueil 
de noëls anciens au patois de Besançon; 1 vol. in-8". 1852. — Des Spinola de Gènes et de la 
complainte depuis les temps reculés jusqu'éi nos jours, par Ruhnhollz; I vol. in- V". Montpel- 
lier, 1852. — Instructions relatives aux poésies populaires de la France. Décret du 13 septembre, 
publié par le ministère de l'instruction publique et des cultes: in-8". Paris, 1 85:1 . — Poésies po- 
pulaires de la Lorraine; 1 vol. in-8". Nancy, 1855. — Chants populaires des Flamands de 
France, recueillis el publiés avec les mélodies originales, par M. de Coussemakcr; grand in-8". 
(Jand, 1856. — Six chansons populaires de l'Angoumois, recueillies et annotées par F.usèhe t'.as- 
taigne; in-8°. Angoulème , 1856. — Etude sur la poésie populaire en Xormandie et spéciale- 
ment dans l'Avranchin , par Kugène de Beaurepaire ; 1 vol. in-8". Airanrhes, 1856. — Lettres èi 
M. le rédacteur du Droit commun, sur quelques poésies populaires du Rerri , par Ch. Ribault de 
baugardièra; in-8". Bourges, 1856. — Echos du temps passé, recueil de chansons, noéls, ma- 
drigaux, briincllcs, etc., du douzième au treizième siècle, suivis de chansons populaires, transcrites 
avec accompagnement de piano, par J. B. Wekcrlin; 2 vol. grand iu-8". Paris, 1856-57. — Xoels 
nouviaux , sus des vieux airs, 'BU Ch. Ribault de Uaugardièrc ; 1 vol. in-18. Bourges, 1857. — 
Les noces de campagne en Rerri, par le même; in-8". 1857. — Le pags basque, par Fr. Michel; 
1 vol. in-8°. 1857. 



PRÉFACE 



XXVII 



Telle est, sauf quelques omissions, la liste des écrivains qui ont tracé les premiers 
sillons. Les véritables auteurs tic ces poésies, on ne peut les remercier. 

Qui a lait cette chanson? Le compagnon partant pour le tour de France et charmant 
sa route par d'interminables couplets. 

Qui a fait cette chanson? La bergère de village, .1 là-haut, sur la montagne » , pen- 
sant au conscrit qui reviendra plus tard. 

Qui a tait celle chanson ? Le paysan pour préparer sa ménagère à la vie de travail 
qui l'attend après la noce. 

Qui a fait celle chanson? Les gens d'un village pour se gausser de ceux du village 
voisin. 

Qui a fait cette chanson? Le matelot partant pour les îles, sur son vaisseau d'argent. 

Qui a t'ait celte chanson? La mère prudente montrant à sa fille pauvre le jeune « roi 
(/ni épouse des bergères. » 

Qui a fait cette chanson? Les buveurs de tous les pays, plus amoureux de la bouteille 
que de l'amour. 

Qui a l'ait celle chanson? Les amoureux trompés, se consolant de l'ingratitude de 
leurs belles et assoupissant leurs chagrins dans de mélancoliques refrains. 
Qui a fait cette chanson contre les femmes ? Les hommes. 
Qui a fait cette chanson contre les hommes? Les femmes. 

La province n'a pas encore recueilli la chanson populaire, qui est une des importantes 
branches de l'arbre de l'archéologie; sur ces branches pousseront plus tard de nombreux 
fruits qu'il faudra recueillir non pas dans les bibliothèques, mais en pleine campagne. 
Le célèbre Haiiy écrivait à Geoffroy Saint-Hilaire malade : « Laissez là les problèmes 
sur les cristaux et tous ces rhomboïdes cl dodécaèdres hérissés d'angles et de formules 
algébriques. Un cours de botanique est de l'hygiène toute pure; on n'a pas besoin de 
prendre les plantes en décoction, il suffit d'aller les cueillir pour les trouver salutaires. » 

La récolte de chansons populaires est une sorte de botanique dans la vaste science 
archéologique; plus de vieux parchemins à déchiffrer qui fatiguent la vue, plus de ces 
noires poussières à respirer dans de poudreuses archives; mais des courses dans les vil- 
lages, de vieilles gens à interroger, souvent la misère à soulager en pénétrant dans de 
pauvres cabanes, une mission utile dans l'intérêt de la langue et de l'histoire, une ten- 
dance à la musique qui élève l'âme, des traits comiques et joyeux à recueillir qui déten- 
dent l'esprit, de douces tristesses émouvantes enchâssées dans une versification naïve, le 
rappel au sentiment de la nature, à la bonhomie s' échappant souvent des paroles et de 
la musique, le retour à la simplicité que font naître mélodie et vers, qui offrent souvent 
plus de raison que de rime, de gais sourires provoqués par une voix sans prétention qui 
répète au piano ces airs de l'enfance : telles sont les jouissances qui attendent ceux qui, en 
parcourant des collections de chansons populaires, connaîtront mieux que par d'ambi- 
tieuses histoires, le peuple de France, avec les différences qui séparent le Midi du Nord, 
une province de l'Est d'une province de l'Ouest, un département d'un autre département, 
une ville d'une autre ville, un bourg d'un village, un village d'un hameau. De ces chan- 
sons jaillit un sentiment particulier, plein de charme, provenant de X innocence des 
esprits qui ont improvisé ces vers et ces mélodies naïves. Ou dirait que l'absence de toute 
éducation n'a servi qu'à rendre plus vives les sensations. La joie, la tristesse, l'amour y 
sont dépeints plus fortement, n'étant bridés par aucune rhétorique. 



Chajipfleury, 



I 



PICARDIE. 



LA DE L LE EST AU JARDIN D'AMOUR. LA BALLADE DE JÉSLS-C II R I ST. 

LE BOUQUET DE MA MIE. 



Au mois d'août 1858, il se tint à Laon un grand congrès des antiquaires de la Picardie : 
les sociétés savantes de Saint-Quentin, de Soissons, de Reims, d'Amiens et même de 
Flandre, avaient envoyé des délégués. J'y allai, sans m' inquiéter du programme, comptant 
qu'on y discuterait quelque point relatif à la poésie populaire en Picardie, et je fus déçu 
dans mon attente. Sans doute on y parla de mille choses fort curieuses, du diluvium, du 
droit de jambage, de Bibrax, et aussi des fameuses haches en silex antédiluviennes qui pour- 
raient bien n'être que des cailloux ; mais de poésie il n'en, fut question. J'interrogeai quelques 
membres de divers points de la Picardie, qui me répondirent qu'ils n'avaient nulle connaissance 
de poésies populaires particulières à la contrée. 

La question n'est pas mûre encore, mais elle donnera plus tard d'abondantes récolles. Il 
y a vingt ans que les intelligences provinciales ont été poussées vers l'archéologie par des 
instructions officielles parties de Paris. Des guides et des manuels archéologiques, édités par 
le ministère de l'intérieur, et confiés à des esprits pratiques, conduisaient immédiatement à 
la connaissance des monuments par un texte clair et des dessins curieux. Tout le monde 
à peu près se porta vers les monuments ; les manuscrits poudreux furent secoués , la vie des 
grands hommes du pays fut éclaircie. Et un jour, de cette masse considérable de travaux 
purement provinciaux, sortiront des renseignements utiles à l'histoire : mais l'art populaire 
proprement dit n'a pas été étudié dans toutes les provinces avec le soin qu'il mérite. La 
chanson, entre autres, malgré les instructions ministérielles, n'est pas sortie de tous les 
gosiers, où elle court grand risque d'être enterrée, car ce sont de vieux gosiers et de vieilles 
langues qui seuls peuvent chanter ces mélodies naïves du temps passé. 

« Vous êtes Picard vous-même, m'écrivait un poète plein de patriotisme pour sa ville, 
M. Ernest Prarond, et savez combien la Picardie est pauvre en poésies populaires. Les 
habitants d'^bevillc ont été, de père en fils, des gens attachés trop court au râtelier de la 
grosse raison pour oublier leurs foins au profit de la musique et des assonances, simples 
occupat^ns de l'esprit, creuse pâture aux besoins intimes. Les pauvres mêmes sont aussi 
pauvres que les riches en ce point. Leur gaieté comme leur tristesse n'a rien d'ailé. » 

Le poète qui m'écrivait ces lignes est évidemment un de ceux qui dans les histoires 
locales qu'ils étudient jusque dans les plus infimes détails, aurait donné une large place à 
l'art populaire. « Je n'ai rien trouvé de naïf sorti des entrailles du peuple, rien de ce qui 
aurait prouvé le sentiment musical ou poétique de notre vieille bourgeoisie tripotière ou des 
pauvres polisseurs de charrue , rudoyés par toutes les misères de la taille , de la grêle et des 
guerres, s dit encore M. Ernest Prarond. 

Cependant il existe une littérature picarde. Les campagnes ont tellement conservé l'amour 
du patois, qu'on imprime exprès pour les paysans des almanachs picards. Les journaux 
de Saint-Quentin contiennent aussi des feuilletons en patois picard; mais c'est de l'esprit des 
villes enveloppé dans une vieille langue : on y sent la pointe de vaudeville , un placage de 
mots des rues sur des pensées plus bourgeoises que populaires, et l'art n'a rien à* voir là 
dedans. 

Il semble étonnant que l'esprit picard, gausseur, railleur, critique, plein de bon sens, 
n'ait rien produit. L'épitaphe suivante, copiée dans un cimetière de village, ne donne-t-elle 
pas l'idée d'un peuple satirique et chanteur : 

L'an mil cinq cent un quarteron, 
Ici fut plante maître Jean Quignon; 
Quand le jugement de Dieu viendra, 

S'il plaît à Dieu reverdira. 

1 



Un de mes correspondants m'envoie la chanson de nourrice suivante : 

Dodo Xinelte , 

L'enfant Pcrettc; 
Maman est allée au bois; 
Elle rapportera un fagot 
Pour chaufferie cul du piot 

M. l'abbé Corblet a donné dans son Glossaire du patois picard la Chanson du Bouhourdis, 
du dix-septième siècle, qui se chantait en dansant dans les vergers autour d'un feu de joie. 
Je la traduis littéralement : 



Au jour de Bouhourdis des prés, 
Autour des arbres j'ai tant balle 
Que j'ai mon soulier déchiré. 

Trou la lirctte , 

Trou la liré. 

Par les ornières l'ai ramasse; 
Au cordonnier m'en suis allé, 
Un pied déchaux, l'autre chaussé. 

Trou la liretlc , 

Trou la liré. 



Dedans sa maison l'ai trouvé. 

— Jebannel le beau cordonnier, 
Rcsscmeleras-tu mon soulier? 

Trou la lirctte, 
Trou la liré. 

La révérence il m'a tirée : 

— Oui-da, mon petit cœur, ma Babel, 
Votre soulier je recoudrai, 

Trou la lirctte , 
Trou la liré. 



— VA pour ça quand je vous le rendrai, 

Sur votre lisage mignolct 

Je me paierai d'un doux baiser. 

Trou la lircllr , 

Trou la liré. 



Il n'est pas possible que la chanson se fige tout à coup dans l'esprit de Picards si 
gaillards; mais, ainsi que je le crois, le peu d'attention des intelligences vers ce coin de l'art 
a produit cette apparente disette. Et pour preuve, nous donnons aujourd'hui deux chansons, 
l'une qui est un chef-xl'œuvre, l'autre gracieuse et louchante. Seulement ces deux chansons 
ont été retrouvées à Paris. 

Sans vouloir rabaisser la province , il est démontré par nombre de preuves que le mou- 
vement social, politique, littéraire, artistique et scientifique vient toujours de Paris. 
X'est-ce pas surtout dans une capitale blasée par le joli, le recherché, l'itrgant, qu'on 
devait à un, certain moment se retourner vers le naturel? Les peintures de Courbet ne pou- 
vaient être tentées qu'à Paris, et le succès des Paysans de Pierre Dupont était impossible 
ailleurs. En province, on aurait méconnu le sentiment du poëte-musicien , quand les Bœufs' 
furent publiés pour la première fois. 

Jésus-Christ s'habille en pauvre, et La belle est au jardin d'amour, furent chantées 
souvent en petit comité par madame Pierre Dupont, Picarde d'origine, qui avait retrouva* 
dans son souvenir ces poèmes de son enfance. 

Il arrivera certainement pour la poésie populaire ce qui arrive pour les objets d'art. Du 
Nivernais on vient au quai Voltaire pour acheter de l'ancienne faïence de Xevers. Celui qui 
voudrait écrire une bonne histoire des traditions populaires de la province devrait habiter 
Paris depuis trente ans : à Paris, l'esprit est plus dispose il se ressouvenir ; le sentiment 
s'affine , se creuse et devient plus chercheur. Madame Pierre Dupont bourgeoise d'Amiens 
ou d'Abbeville ne se fût jamais rappelé la ballade de Jésus-Christ. A Paris, au milieu 
des discussions esthétiques, saisissant ce renouveau qui s'attache tout à coup à un art 
oublié, se rendant compte des succès de l'auteur de la l igne, tout à coup sa mémoire se 
réveille : elle se dit que dans sa jeunesse elle a entendu des chansons qui avaient de secrètes 
analogies avec les tentatives de son mari, et vers par vers, couplet par couplet , se déroule 
celte imposante ballade de Jésus-Christ, étrange et lumineuse comme une eau-forte biblique 
de Hcmhrandt. 



Cn.viirKi.Ki m . 



I'iot, petit. 



*m 3 Hess 

LA BELLE EST AU JARDIN D'AMOUR. 

MUSIQUE RECUEILLIR ET TIIANSCRITE AVEC PIANO PAR J. R. WEKERLIN. 



CHAI. 















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PIANO. 




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La belle est 





LA BELLE EST AU JARDIN D'AMOUR. 



7) 



La belle est au jardin d'amour, 
Voilà un mois ou six semaines; 
Son père la cherche parfont, 
Et son amant est bien en peine. 

Berger, berger, n'as-tu pas vu , 
N'as-tu pas vu la beauté même? 
« Comment est-elle donc vêtu'? 
Est-elle en soie, est-elle en laine?- 



Elle est vêtue en satin blanc , 
Et dans ses mains blanches mitaines ; 
Ses cheveux, qui flottent au vent, 
Ont une odeur de marjolaine. 



Elle est là-bas, dans ces vallons, 
Assise au bord d'une fontaine; 
Dans ses mains se tient un oiseau , 
A qui la beU' conte ses peines. 



Petit oiseau, qu' lu es heureux 
D'être ainsi auprès de ma belle! 
Et moi qui suis son amoureux , 
Je ne puis pas m'approcher d'elle! 




»•: G 



LA BALLADE DE JESUS-CHRIST. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET T R A X S C H I T E AVEC PIANO PAB J. R. W E K E R 1. I X. 



PI.WO. 



Ândantino con moto 

C . K h> -: 



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Jé-sus Christ s'iia— bille en pan- vre : 



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«Fai tes-moi la cha - ri - té;» Jé-siis-Cbr.st s'ha - bille en 



decres. 



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Je fe rai bien mon di - lier. » 



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decres: 



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— Les miettes de notre table , 
Les chiens les mangeront bien. 
Les miettes de notre table , 
Les chiens les mangeront bien, 
lis nous rapportent des lièvres, 
Et toi ne rapportes rien. 

n Madame , qu' èt's en fenêtre , 
Faites-moi la charité. 
Madame, qu' èt's en fenêtre, 
Faites-moi la charité. 

— Ah! montez, montez, bon pauvre 
Un bon souper trouverez. 

Après qu'ils curent soupe, 
11 demande à se coucher. 
Après qu'ils curent soupé, 
Il demande à se coucher. 

— Ah! montez, montez, bon pauvre 
Un bon lit frais trouverez. 

Comme ils montaient les degrés, 
Trois beaux anges les éclairaient. 
Comme ils montaient les degrés, 
Trois beaux anges les éclairaient. 
« Ah! ne craignez rien, Madame, 
C'est la lune qui parait. 

Dans trois jours vous mourcrez , 

En paradis vous irez ; 

Dans trois jours vous mourcrez, 

En paradis vous irez; 

Et votre mari , Madame , 

En enfer ira brûler. ■ 



LE 

M l S I Q l E RECUEILLIE 



BOUQUET DE MA MIE. 

ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR I. U. UEKERLIN. 



CHA.ÏÏ. 



PI.WO. 





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Peau berger, ne le fàrhc p»s 
Si j'embrasse U mie ; 

1 .11' est passé' par devant moi , 
Je l'ai trouvé' jolie ; 



Tour ne pas fair' de jaloux . 
I'.iubrassc-la & ton tour ! 

Enibiassc, embrasse, cmbraaio ' 

Parti. Typographie Henri Ploj , roo G«r«ncicit , 8. 



FLANDRE. 



LA FETE DE SAINTE ANNE. LE HARENG SAIE. LE MESSAGE» I)'aM()LR. 



Qui no se rappelle ces anciennes estampes flamandes où sont représentées les joies du 
carnaval? Les déguisements ne brillent ni par l'esprit ni par la distinction; la batterie de 
cuisine en fait les principaux frais. Une marmite sur la tête, une cuiller à pot en guise 
de plumet , des bassines de cuivre sur lesquelles on frappe: voilà pour la musique et l'habit; 
d'autres entrent dans de larges paniers qui servent aux marchés et se barbouillent la figure 
de suie ou de farine. Telles sont les mascarades flamandes. En voyant ces tableaux, on 
pourrait les prendre pour une image d'un carnaval groé'nlandais. Et cependant, les mêmes 
fêtes se passent dans les villages de France, non loin de Dunkerque. 

A Bailleul, à la Noël, des enfants, des femmes et des vieillards vont chanter par groupes 

de trois ou quatre, de maison en maison : les uns portent une étoile de carton au bout d'un 

bâton; les autres, un arc tendu et une vessie dont ils jouent avec un archet. On leur donne 

des gauffres et des pâtisseries. Quelquefois les chanteurs, habillés en bergers et bergères, 

courent les rues en chantant la Chanson du Rommclpot : 

Donnez pour le rommclpot, — donnez pour remplir la gamelle. — Van de lierc, liere om la. — 
Bonne femme, donnez-nous la part de Dieu. 
( Dieu vous assiste. ) 

— Dieu m'a si longtemps assisté, — que j'ai pu traire mes vaches et tondre mes brebis. — Van 
de liere, etc. — Bonne femme, etc. 

(Dieu vous garde. ) 

— Dieu m'a si longtemps conservé, — que je porte une barbe grise. — Van de liere, etc. 
— Bonne femme , etc. 

Cet instrument, appelé rommclpot , est resté populaire. C'est un pot de terre recouvert 
d'une peau de vessie tendue au milieu de laquelle on introduit un tuyau de paille ou de 
jonc. On en joue comme du tambour de basque, en mouillant les doigts ou en frottant le 
tuyau qui rend un son semblable à celui des toupies d'Allemagne. 

u Pendant presque tout l'été, dit M. de Coussemaker, mais principalement à certaines 
fêtes , comme celles de saint Jean , saint Pierre et saint Paul , les enfants flamands ont 
coutume de chanter en dansant des rondes. Ces danses se pratiquent le soir, vers le cou- 
cher du soleil. Elles sont connues à Dunkerque sous le nom de Roozenkoëd, ou danses du 
Chapeau de roses, parce qu'elles ont lieu sous une couronne et des guirlandes de fleurs 
suspendues au milieu des rues : ces sortes de danses sont accompagnées de jeux et même 
de pantomimes qui leur donnent un aspect et un caractère particuliers. » 

Voici la ronde du Ruban : 

a Jeune fille, conserve ce ruban de pourpre; il doit être porté par toi dans la danse des jeunes 
vierges, dans la danse si belle que vous dansez à la viole, d'une façon gentille! Jeune fille, 
conserve ta couronne, c'est par toi qu'elle doit être portée. » 

A la fin , une jeune fille est choisie pour être couronnée et parée de rubans. 

La poésie populaire dans la Flandre française est plus matérielle qu'ailleurs, quand elle est 

matérielle. Je veux citer deux chansons de buveurs, une d'hommes et une de femmes. 

La première est la Pinte : 

Si je bois une pinte, — Je bois comme un petit porc. — Si je bois une cannelle, — Je bois 
comme un homme. — Si je bois un pot, je m'affaisse. — Jamais de la vie — Je ne boirai plus 
de genièvre ! 

Celle des femmes a pour litre : Lire boulire. : 

Jacqueline, Catherine, Isabelle cl Martine, — Cata et Sara , — Buvaient ensemble de l'ean- 
dc-vie. — Lire boulire, lire boula! — Ensemble elles dansaient une ronde : — Lire boulirc, lire 
boula! — Et Thérèse disait : s Versez encore — El crions : Le roi boit : — Et là-dessus elle avala 
son verre. — Lire boulirc! lire boula! 

Est-ce que ce refrain de Lire boulire! lire boula! ne ressemble pas aux refrains des 



négresses ivres de tafia? Mais toutes ne sont pas aussi flamandes dans le sentiment de 
Brawer, et je donne la chanson de la Fêle de Sainte Anne connue un modèle de passion et 
d'emportement tout espagnols. Cette pauvre fille qui veut épouser son amant pauvre et qui 
s'excite en répétant : Hé! courage! rivât! sa sa! m'a fait penser aux fiévreuses mélodies 
des danses espagnoles, accompagnées de cris des danseurs, de castagnettes et de tambours 
de basque sonores. La passion enflamme les gens du Xord comme ceux du Midi, et je ne 
sais trop si les gens du Xord ne sont pas plus convaincus en amour. Un esprit froid qui 
s'emporte tout à coup dépasse en indignation et en colère profonde le Méridional qui joue 
sans cesse avec de faux cris. Quelle différence de sentiment sépare ce joli morceau de 
poésie la Fête de Sainte Anne de la Ronde des Filles de Quimperlé! Deux amoureux se 
présentent, l'un riche et l'autre pauvre, comme dans la chanson bretonne; un jeune et un 
vieux. La pauvre ouvrière dentellière comprend bien l'utilité de la richesse, sa mère elle- 
même la lui fait entrevoir ; mais , à ce riche aux grandes oreilles de Quimperlé , elle pré- 
fère le pauvre ouvrier de Bailleul. Hé! courage! vital! Elle l'aime, et quand viendront 
les jours de revers, elle répétera : Hc! courage! vital! N'y a-t-il pas quelque chose de 
touchant dans ce refrain qui se met ù travers des misères et des peines de cette vie? 

Tout n'est pas aussi poétique dans cette partie de la France; on l'a vu par les chansons 
de buveurs. Il y a quelquefois dans l'esprit flamand un côté singulier, insaisissable, et qui 
ne manque pas cependant d'un certain charme. Telle est , par exemple , la Chanson du Hibou : 

Le hibou était assis sur un poirier; au-dessus de lui se trouvait un chat. Vive le hibou! 

Ce fut là qu'il se cassa la patte; on l'entortilla dans un sac. Vive le hibou! 

On le transporta chez le médecin; madame vint ouvrir elle-même. Vive le hibou! 

On lut tira à peu près six onces de sang; c'est dommage qu'il doive mourir. Vive le hibou! 

Mais le Hibou est un modèle de raison et de bon sens, à côté des paroles suivantes du 
fameux Carillon de Dunkerque, qu'on pourrait croire composées par un horloger détraque : 

l'n jupon de calemandc 

Kt par-dessus un ma nie Ici blanc... 

Sais-tu où je demeure? 

Dans le quartier Saint-Gilles. 

L ne casaque de toile , 

Un jupon de nattes , 

Qui ne rirait aux éclats ? 

Il est coiffé d'une poêle à frire! 

On me dirait que ce petit morceau de poésie est le fruit des réflexions du carillon lui-même, 
que je n'en serais pas étonné. 

Avec la ballade de la Fête de Sainte Anne, nous donnons, comme chanson caractéris- 
tique, les couplets sur le Hareng saur, dans lesquels le poète s'est appliqué complaisam- 
ment à chanter la tête, l'œil, le ventre et la queue du poisson qui est le gagne -pain des 
marins. Ces sortes de chansons, où chaque détail d'une chose importante est analysé, sont 
communes par toute la France. Ici, c'est le hareng saur; lu, c'est la femme; ailleurs, c'est 
le vin. Je me souviens d'avoir entendu chauler par un ouvrier parisien des couplets où il 
était question des cheveux, des dents, de la gorge, des bras, des jambes, etc., de la 
femme. C'était interminable, u II y en a, me disait le chanteur, pour toutes les comparti- 
ments de la femme, n 



Ckjuipflii rv 



-M 11 e 

LA FÊTE D'E SAINTE ANNE. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. UEKERLIN. 




«S*! 12 >*» 



LA FÊTE DE SAINTE ANNE. 



Voici la fête à sainte Anne , 

Eh ! courage , vivat ! 
Au bal déjà l'on se pavane , 
Eh ! courage , vivat ! — sa , sa , 

Eh ! courage , vivat ! 



T'as pas d'amoureux, ma fille? 

Eh! courage, vivat! 
Ma mère, j'en ai deux en ville, 
Eh ! courage , vivat ! — sa , sa , 

Eh ! courage , vivat! 

Mon enfant, choisis le riche, 

Eh! courage, vivat! 
Et laisse là le pauvre en friche, 
Eh ! courage , vivat ! — sa , sa , 



Eh ! courage , vivat ! 



Le rich' n'est que le deuxième ; 

Eh! courage, vivat! 
Ma mèr', c'est le premier que j'aime 
Eh ! courage , vivat ! — sa , sa , 

Eh ! courage , vivat ! 

Le rich' montre son oreille, 

Eh ! courage , vivat ! 
Le pauvre m'embrasse à merveille, 
Eh ! courage , vivat ! — sa , sa , 



Eh ! courage , vivat ! 



Le riche a des souliers rose , 

Eh ! courage , vivat ! 
Mais le pauvre a bien autre ebose, 
Eh ! courage , vivat ! — sa , sa , 

Eh ! courage , vivat! 

Pour une enfant si habile , 

Eh ! courage, vivat ! 
Conseil de mère esl inutile , 
Eh! courage, vivat! — sa , sa , 

Eh ! courage , vivat ! 



LE HARENG SAUR. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRAXSCRITE AVEC PIANO PAR i. B. U'EKERLIX. 



Alligrello cun moto. 







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C'esl en l'honneur du ha reng-saurque l'on clian - te, Et 



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- nez l'cs-sor, Dan - scz en-cor, C'est pour la têt' du lia-rcng-saur! 




C'est en l'honneur du hareng saur que l'on saule, 
Il a l'œil plus voyant que le garde-cote : 

Prenez l'essor, 

Sautez encor, 
C'est pour l'œile du hareng saur. 



Jeunes fillett's, trémoussez-vous à la danse, 
Du hareng saur la mer réfléchit la panse; 
Prenez l'essor , 
Dansez encor, 
C'est pour la pans' du hareng saur. 



C'est par la queu du hareng que j'ternrine , 
Elle est plus blanch' que celle de la Dauphine 

Prenez l'essor, 

Sautez encor, 
C'est pour la queu' du hareng saur. 



«*; 16 ^= 
LE MESSAGER D'AMOUR. 

MISIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. WEKERLIN. 



Andanlir.o con moto. 



CHANT. 



l'I.WO. 











Blanc com-me 

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nei - ge, 


Pe- lit oi - seau, 


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ns à moi, 




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Ali ! viens à moi ! Tour - 


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ment d'à - mour m'as - 


sié - ge, Viens 















cn'.-mei mon ef - froi ; 



Doux mes sa-gir, a - bré - ge Mon lendic c- moi. 




I* — 



n7. 



Qtiil-lanl la ca - ge , Où l'on l'a - vail en - fer - mé, 





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Triste, a - lar - nié, 



Re - viens - tu (doux pré sa ge) Au 

rit. 




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jnr-difl par -Tu - mé, Map - por - 1er un mes - sa - ge Du bien-ai -mé? 



Pari*. Tj|>ojrn|ihif llrori Plus, rue Gnrancérr, 8. 



ALSACE. 



LE JARDIN'. LE DIABLOTIN. LA CHANSON Dl HANNETON. 



Quoique l'Alsace soit française ( on l'a vu par le rôle que ses lils vaillants ont joué 
dans nos guerres ih; la République et de l'Empire) , il restera longtemps au fond de son 
essence deux éléments bien distincts : l'élément suisse et l'élément allemand; Haie d'un coté, 
Bade de l'autre. Les chansons de Hebel se chantent encore partout, c'est l'influence bàloisc. 
Qui ne connaît maintenant les poésies domestiques du doux ministre prolestant que la traduc- 
tion s'est efforcée de rendre, malgré les difficultés du patois allémanique? Depuis dix ans, 
Hebel et Burns ont ou une certaine influence sur la poésie française, et n'ont pas peu contribue 
à rappeler les poêles au culte de la nature dans sa simplicité. Un peuple qui aime Hebel est 
un peuple gai, souriant, heureux. Toujours j'ai été saisi par cette idée en traversant la 
pittoresque ville de Strasbourg. Chacun nie semblait mener une vie facile; cela se voyait au 
calme des physionomies. Pour l'influence badoise , ce sont des valses qui arrivent de l'autre 
côté du Rhin avec leur rhythme délicat et amoureux. Lne clarinette et un trombone en 
petite casquette verte, il y a là une heure poétique à passer, malgré la pauvreté de l'orchestre. 

Qui n'a rencontré, en province, un petit groupe de musiciens, les yeux bleus, le teint 
rose, les cheveux jaunes, quelquefois accompagnés de femmes à grosse taille courte, souf- 
flant bravement dans un cor, et accompagnant la clarinette ou la trompette à pistons? Cinq 
musiciens forment un orchestre complet où, à travers les mélodies faciles de ces valses naïves, 
on retrouve un souvenir des poétique:; inspirations de Lanner et de Johann Strauss. Ce sont 
de simples paysans de la campagne qui avoisine le Rhin allemand. 

M. Wekerlin, Alsacien d'origine, me conGrme dans ces idées sur l'influence allemande, 
qui ne permet guère à nos sautillants et spirituels airs d'opéra-comique de pénétrer dans les 
cabarets de chanteurs. 

Le dialecte du Bas-Rhin est moins dur que celui du Haut-Rhin ; tous deux sont des patois 
allemands si corrompus, que les Allemands de l'Allemagne ne les comprennent pas toujours. 

Les chansons de Hebel s'adaptent presque foules sur trois ou quatre mélodies langoureuses ; 
on les chante plus particulièrement dans la partie du Haut-Rhin avoisinant Râle, appelée 
Sungau. L'une des plus célèbres, le Veilleur de nuit, est un récit qui se termine par une 
phrase assez mélodique. 

Quoique les romances françaises soient facilement retenues par l'organisation musicale des 
Alsaciens, les chansons allemandes y jouissent d'une plus grande popularité'. 

La poésie populaire devait fleurir sur un terrain si voisin du pays des lieds. Un effet, co- 
existe nombreuse et elle a tente déjà plus d'un bon esprit; témoin Auguste Slôber, qui a 
publié une excellente brochure sur la poésie populaire en Alsace, dont je veux traduire 
quelques couplets pour montrer comment le réalisme se mêle par là, ainsi qu'au delà du 
Rhin, aux objets les plus poétiques. 

Lue bcrciusc devrait toujours cire en tète d'un travail sur les poésies populaires : e'esl le 
premier chant qui frappe les oreilles de l'homme. Voilà une berceuse alsacienne : 

Une poule et un coq, — Le sermon commence ; — Une vache et un veau, — Le sermon rsl à 
moitié ; — Un chat et une souris, — Le sermon est fini. — Voilà une souris qui se sauve, — Celui 
qui l'attrapera — N'a qu'à s'en faire un grand, — Grand bonnej de fourrure. 

Une chanson à danser est aussi simple que celte berceuse 

Saule, Marinclle, saule, M. u nu lle, — Viens, nous allons danser; — Prends un petit morceau île 
pain et de fromage, — Fourre-le dans la panse, — De la panse dans le sac, — Donne-moi une 
prise de tabac. 

3 



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La chanson des beignets a le charme, qui n'a pas besoin d'être défini , de mélanger les fleurs 
et la cuisine ; mais elle perd à ne pas être chantée : 

Des violettes, des roses, des (leurs, — Xous chantons pour les beignets. — Les beignets sont 
frits. — Xous entendons craquer lu poêle. — Le maître a une belle tille, — Elle a 1rs cheveux 
bien tressés. — Xous entendons remuer les plats. — La dame va nous apporter des beignets, — 
Donnez-nous des beignets, — Donnez-nous des beignets. — Bonheur et bénédiction pour la mai- 
son du maître. 

C'est une sorte de chanson de la part à Dieu, telle qu'il s'en chante dans diverses pro- 
vinces; mais il ne faudrait pas croire que cette réalité, farcie d'idéalité, se rencontre toujours 
dans la même casserole. 

Autant d'étoiles au ciel, 

Aillant de gouttes d'eau dans la rivière, 

Autant de chagrins 

Me cause celle que j'aime, 

est un petit morceau de poésie dont la tristesse est encore affaiblie par la traduction. Et 
celle-ci : 

Tu m'aimais , 

Je sais cela. 

Tu ne m'aimes plus , 

Je sais cela. 

Mais l'oubli , l'oubli , 

Je ne sais pas encore cela ! 

C'est une plainte sans recherche, sans effort poétique, en quelques mots. Et cependant 
la plainte est touchante. 

Jadis le peuple exerçait sa malice contre les différents métiers. Les tribunaux de police 
correctionnelle n'enregistraient pas de nombreuses condamnations inutiles contre les mar- 
chands de vin , les laitiers , les épiciers , les bouchers , les falsificateurs de toute sorte et les 
vendeurs à faux poids. Le peuple les chansonnait; ils n'en devenaient pas plus honnêtes, et 
c'était plus gai. 

Comment s'y prennent les bouchers? demande un poète populaire : 

Comment s'y prennent les bouchers? 

Ils s'y prennent ainsi : 

Le soir ils tuent une vieille chèvre, 

Le matin ils la vendent pour du mouton ; 

C'est ainsi qu'ils s'y prennent. 

Chaque corps d'étal subit la même question, et la ruse est dévoilée; pendant que le moulin 
fait tic-tac, le meunier fourre la meilleure farine dans son sac. Les aubergistes profitent de 
l'ivresse des buveurs pour ajouter une croix de plus sur l'ardoise de la boisson ; les brasseurs 
mettent de l'eau dans leur bière. 

Commcut s'y prennent les tailleurs? 

Ils s'y prennent ainsi : 

Une pièce par-ci , une pièce par-là, 

Ça finit par faire une veste à leur garçon; 

C'est ainsi qu'ils s'y prennent. 

Une certaine philosophie, un peu d'épicurisme , l'amour de la bière souvent, l'amour de 
l'amour quelquefois, voilà le fond des poésies du peuple alsacien, dont un franc proverbe 
résume le caractère : 

u II ne fait pas bon manger des cerises avec de grands seigneurs , ils vous jettent les 
noyaux à la figure. » 

La chanson du Jardin, que nous publions, est plus particulièrement répandue dans le 
Bat-Rhin, l.c Diablotin, mélodie très-connue dans ce département et celui du Haut-Rhin, 
pourrait bien, d'après son allure mélodique, tirer son origine du Tyrol. 



Chahpflivrv . 



LE JARDIN. 

M r S I t) LU RECUEILLIE E T I II A N S C H 1 T K 1 P K C PIANO P AH .! . 1! . IV H K E II I. 1 N 



Andantino vn poco Allegretto. 



IAN0, 




r.inîNT. 



l r Stropih'. 



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Quand je vais au jar - din, jar-din d'à - mour, 



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La tour- le- 



rel - le gé-mit, En son lan - ga - ge me dil : Voi - ci la fui du jour. 



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S3 





El le loup vous guel-te, Ma jeu-ne fil- let-te , En ce sé - joui 
^-S- N K-—i-h N- 



t 7 



LE JARDIN 



Quand je vais au jardin , jardin d'amour, 
La tourterelle gémit, 
En son langage me d'il : 
Voici la fin du jour. ... 
Et le loup vous guette, 
Ma jeune fillette, 
En ce séjour... 
Quand je vais au jardin , jardin d'amour. 




>»< 22 



LE 1)1 A H LOTI \. 



MUSIQUE RECUEILLIE K T 'TRANSCRITE AVEC V 1 A X PAR J. n. U K K K II I. I X. 



Allegretto moderato 



ciiAvr. 




PIANO. ■ 



(fa - le -ri de- ri di - ra la la la la) Un tout pe - lit mou - lin 



3 



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(fa - le- ri de- ri di - ra.) 












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n'f. 



("2 e Str .) J'é - tais en - cor Itara-bin, (fil - le-ri de ri di - ra la la la la) 




Quand j'ai - lais au mou - lin, (fa - le- ri de-ri di - ra). 



i 



LE DIABLOTIN. 



Je sais aux bords du Rhin , 
Faleri deri dira la la la la , 
Un tout petit moulin , 
Faleri deri dira. 



J'étais cncor bambin, 
Faleri deri dira la la la la , 

Quand j'allais au moulin, 
Faleri deri dira. 

On dit qu'un diablotin . 
Faleri deri dira la la la la , 
Habite le moulin , 
Faleri deri dira. 

Avais-je du cha<jrin , 
Faleri deri dira la la la la, 

M'en allais au moulin , 
Faleri deri dira. 

Voilà qu'un beau matin, 
Faleri deri dira la la la la . 
Je devins fantassin , 
Faleri deri dira. 



Tout service a sa fin , 
Faleri deri dira la la la la , 
Je revins au moulin , 
Faleri deri dira. 

Voilà qu'en mon chemin . 
Faleri deri dira la la la la , 
Trouvai le diablotin , 
Faleri deri dira. 

J'embrass' le diablotin , 
Faleri deri dira la la la la , 

Sur ses jou's de carmin , 
Faleri deri dira. 

J'épousai le lutin , 
Paleri deri dira la la la la , 
Avec lui le moulin , 
Faleri deri dira. 



LA CHANSON DU HANNETON. 

MISIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. UEKERLIV. 



PIASO. 



Allegretto moderato. 



Hannc - Ion, vo le, Hanneton, vo - le! A-vril tu L'en vas, Car 




Mai vient là-bas, Poir ba - lay-er (a S - gu - re De pluie, aus-si de (roi- 




7=» 



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du - re : Hannc - Ion, vo-le, Hanne-ton, vo - le 



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lan-ne - ton, vo - le, Han-nc - Ion, vo - le Au 



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fir - manient bl u : T m nid est en feu; Les Turc., a-vic leur é |é - e, Vicit- 
t - « 



nent lu - cr la cm- vé - e: Han-nc- ton. vo -le, Han-ne-loii, vo - le' 



l'ori». Tv|>. c rapliii' Henri l'un, mOmiUn, ». 



LANGIJIÎDOC, 



n M A N C K I) E C L T 1 L I) K . J O h I 1) H A G N. 

DANS UN JARDIN COUVERT DE FLEURS. 



L'esprit poétique rst si spontané dans tout le Midi, qu'un écrivain de Montpellier a pu 
dire qu'un Provençal ou un Languedocien de nos jours menacent un ennemi d'une chanson, 
d'un charivari, ou d'une complainte , comme un Corse menacerait le sien de sa vendetta. 
C'est une singulière vengeance, niais désormais le nom de l'ennemi, cloué dans un vers 
sonore et satirique, reste en butte aux railleries de la foule. La chanson se trouve un peu 
détournée de son but , qui est de ragaillardir l'esprit , de faire oublier les tempêtes de l'amour ; 
mais ce n'en est pas moins une forme qu'il faut accuser. 

Je prendrai spécialement Montpellier comme assise de ma notice, Montpellier la ville de la 
science, des divertissements, des processions, le dernier asile du jeu de mail. Les voix de 
femmes que j'ai entendues dans un court séjour y sont bien timbrées, justes, et se prêtent 
à l'exécution de mélodies que je n'oserais pas appeler populaires, car la plupart sentent leur 
opéra d'une lieue; d'autres sont empruntées à des ponts-neufs connus et font saisir le chant 
national. Il faut entendre les chants des troubadours à l'époque du carnaval, des proces- 
sions à la Fêle-Dieu et des sérénades. J'ai vu les processions avec leurs nombreuses corpo- 
rations de pénitents de toute nature, et je n'ai remarqué aucune trace de chants originaux : 
ce sont des chœurs d'église arrangés par un maître de chapelle de l'endroit. Tout est disposé 
pour frapper les yeux plutôt que les oreilles. Mais M. B. Soulas, de Montpellier, m'envoie 
quelques détails sur ce carnaval , où se rendent des jugements populaires du haut de chars 
entourés d'hommes à cheval. Des jeunes gens, costumés en troubadours, u chantent en chœur 
des romances sur un ton langoureux et ne manquant pas d'afféterie, ce qui est assez commun 
aux gens du pays, où on rencontre peu l'homme, mais toujours le poseur, le comédien. 
Le char des troubadours est très-suivi, et parfois il constitue un chœur qui, son genre accepté, 
ne manque pas de qualités. Comme les romances chantées sont la plupart connues du 
public , la foule se mêle souvent au chœur. Après le char des troubadours , nouvelle suite 
d'hommes à cheval; enfin, le grand char en amphithéâtre, avec de grandes décorations, 
draperies, est bien supérieur à celui du bœuf gras à Paris. Il y a des femmes, des enfants; 
tout à fait en haut, c'est-à-dire à douze ou quinze mètres d'élévation, le roi et la reine 
en grand costume; puis, derrière la reine et leur tournant le dos, à la même bailleur, le 
Roquelaure, lançant ses lazzis à la foule qui suit. Voilà pour le carnaval. 

« La plupart des sérénades se donnent le 15 août, car la plupart des filles à Montpellier 
s'appellent Marie. Il y a deux sortes de sérénade : les plus rares sont celles où l'amoureux 
seul, muni d'une guitare, chaule toujours les romances que vous connaissez, quand ce ne 
sont pas les romances parisiennes, sous les croisées de son amoureuse. Les plus nombreuses, 
ce sont celles qui, munies d'une autorisation du commissaire de police, se composent de cinq 
ou six musiciens, plus un chanteur, parfois deux pour le duo. Vers minuit, on apporte les 
pupitres, que l'on place sous la croisée de la bonne amie; on allume les chandelles; le . 
quatuor on le quintetti commence , puis les chanteurs. Le même orchestre va ainsi de rue 
en rue, suivi d'un grand nombre de promeneurs oisifs, donner des sérénades. Il en donne 
huit, dix, douze; puis suit une collation; on se sépare vers deux ou trois heures du malin. 
Les demoiselles, objets de ces manifestations nocturnes et compromettantes , s'en montrent 
assez désireuses. Elles ont entendu la sérénade derrière leurs contrevents; il n'y a pas de 
persiennes à Montpellier. Le lendemain, elles sont intriguées par Ions les voisins; elles s'en 
défendent verbalement, mais intérieurement elles en sont satisfaites. » 

Tout est prétexte à chansons, même l'homme blessé dans les courses de taureaux qui fonl 
4 



=•=»< 26 **• 



les délices îles paysans de Marsillargues, village près de Montpellier. Un maladroit a été foule 
aux pieds par le taureau, on l' emmène blessé chez lui, et les galopins le suivent en chantant: 

11 l'a ballotté, il l'a ballotté ! 

S'il était resté à sa maison 

La corne du bœuf 

Ne lui aurait pas fait de mal. 

11 l'a ballotté, il l'a ballotté ! 

S'il n'y était pas allé, 

On ne l'aurait pas louché. 

11 n'y a pas de cruauté là dedans. C'est un peuple souple, adroit, qui se moque d'un 
amateur qui ne devait pas aller se frotter aux cornes du taureau. 

Les trois chansons que nous donnons comme type du Languedoc ont un caractère bien 
différent ; la romance de Clolilde se chante encore dans les montagnes de la Lozère. On y 
trouvera une certaine ressemblance avec le conte de Barbe Bleue , qui n'a été définitivement 
fixé à jamais par Perrault dans ses contes immortels qu'après avoir subi des transformations 
sans nombre. Il en est de ces traditions populaires comme des types comiques de la comédie 
italienne: leur origine se perd dans la nuit des temps, lu savant membre de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres a cherché à démontrer que la généalogie de Polichinelle remon- 
tait aux Étrusques , et tout récemment on a découvert que le conte de Cendrilloii se trouvait 
presque identiquement dans le dix-septième livre de la Géographie de Strabon. Cendrîllon 
s'appelle la courtisane Khodopc , mais le petit soulier de la courtisane est le père de la pan- 
toulle de notre Cendrillon. C'est ce qui démontre la vanité de ? invention. Que le vieux 
conteur Belleforèt réclame la priorité de son Amlet , Shakspeare n'en reste pas moins un 
immense génie pour le développement du caractère du jeune Hamlct et la puissance souve- 
raine de son drame. 

Les chansons subissent la même loi ; elles peuvent s'inspirer des traditions ou en inspirer 
à leur tour. Dans la circonstance actuelle, la romance de Clolilde, quoique ancienne, n'est 
certainement qu'une variante de la tradition de Barbe Bleue, qui a une supériorité sur la 
ballade des montagnes de la Lozère , c'est le fameux cabinet où sont pendues les femmes 
victimes de leur curiosité. La romance de Clolilde, plus naïvement conçue, montre sim- 
plement une femme mariée à un seigneur brutal , puni tout à coup par l'arrivée des éternels 
a trois beaux cavaliers n . 

Joli dragon est encore une de ces légendes où la rencontre d'un soldat avec la fille d'un 
roi amène quelques intrigues plus compliquées que dans ces sortes d'antithèses chères au 
peuple. Combien de ces amours brisées par un roi puissant qui craint pour sa fille les suites, 
au point de l'enfermer habituellement dans la tour, avec un morceau de pain sec et une 
cruche d'eau! Quelquefois l'amoureux est victime, quelquefois l'amoureuse. Ici le joli 
dragon est un mécréant qui m'a tout l'air de se moquer du père et de la fille. Il faut remar- 
quer combien de sentiments contraires se passent dans des couplets d'un seul vers. Treize 
vers suffisent pour montrer la passion subite de la fille du roi, sa déclaration subite; la 
réponse du joli dragon, engagé dans d'autres amours; la poursuite de la fille, qui ne veut pus 
lâcher son galant ; le refus du roi, qui ne voit dans le prétendu qu'un simple dragon, quand la 
fille le trouve un joli dragon; l'étalage des trésors du soldat, qu'on ne soupçonnait pas 
posséder tant de richesses ; l'acceptation du roi , séduit par l'étalage de ce butin ; et, enfin, 
le dur refus du dragon , qui s'en va retrouver de plus jolies filles dans son pays. 

J'ai certainement employé pour analyser celte chanson trois fois plus d'écriture que le poète, 
qui n'a peut-être pas trempé sa plume dans l'encrier; mais je voulais montrer la rapidité de 
quelques-unes de ces chansons, comment le poète se passe de l'art de la transition , et I effet 
qu'il en obtient. 

Dans un jardin couvert de Jlenrs est une complainte qu'une dame a entendu chanter à un 
pauvre, dans les environs de Montpellier. C'est la complainte dans toute sa naïveté, avec 
ses mots touchants, avec sa musique douce et plaintive, avec ses puérilités, avec ses beaux 
VCTS quelquefois, avec sa poésie) quoi qu'eu disent les poêles. 

Cn mm.iîi nv. 



o 27 >©• 



ROMANCE DK CLOTILDE. 



JU'SIQIK RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC P I A M PAR J. B. IVEKERLIN. 



m 



Moderato. 



-*L_ I- 



3=B 



mf 



C'é- laienl trois frè • res, C'é - taient trois 



7? 





decresc. 



6 « 



nu -h 



trois frè - res, N'ont qu'une sœur à ma - ri - er. 




■J 



decresc. 



28 



ROMANCE DE GLOTILDE. 



C'étaient trois frères , 

C'étaient trois frères, 
Vont qu'une sœur à marier; 

C'étaient trois frères, 
Vont qu'une sœur ii marier. 

L'ont mariée , 

L'ont mariée 
Au plus méchant de ce pays; 

L'ont mariée 
Au plus méchant de ce pays. 

L'a tant battue, 

L'a tant battue 
De son bâton de vert pommier ; 

L'a tant battue 
De son bùton de vert pommier. 

Le sang lui coule , 

Le sang lui coule 
Depuis la tet' jusques aux pieds; 

Le sang lui coule 
Depuis la tèt' jusques aux pieds. 

Le lui ramasse , 

Le lui ramasse 
Dans une tasse d'argent fin ; 

Le lui ramasse 
Dans une tasse d'argent fin. 

« Voilà , vilaine , 

Voilà , vilaine , 
Voilà le vin que tu boiras ; 

Voilà , vilaine , 
Voilà le vin que tu boiras, n 

Sa chemisette , 

Sa chemisette 
Ressemble à la peau d'un mouton ; 

Sa chemisette 
Ressemble à la peau d'un mouton. 

A la rivière , 

A la rivière 
Va sa chemisette laver; 

\ la rivière 
Va sa chemisette laver. 



Vers la rivière , 

Vers la rivière 
loit venir trois beaux cavaliers; 

Vers la rivière 
Voit venir trois beaux cavaliers. 

n Holà ! servante , 

Holà! servante; 
Où qu'est la dame du castel? 

Holà ! servante , 
Où qu'est la dame du castel? » 

— Suis pas servante, 
Suis pas servante ; 

Je suis la dame du castel ; 

Suis pas servante , 
Je suis la dame du caste). 

— Ah! ma sœurette, 
Ah ! ma sœurette , 

Qu'cst-c' qui vous a fait tant de mal 

Ah! ma sœurette, 
Qu'cst-c' qui vous a fait tant de mal 

— C'est, mon cher frère, 
C'est, mon cher frère, 

Le mari que m'avez baillé; 

C'est, mon cher frère, 
Le mari que m'avez baillé. ■ 

Alors le frère , 

Alors le frère 
Galope en hâf vers le château ; 

Alors le frère 
Galope en bât' vers le château. 

De chambre en chambre , 
De chambre en chambre , 

Jusqu'à ce qu'il l'y ait trouvé; 
De chambre en chambre , 

Jusqu'à ce qu'il l'y ait trouvé. 

A coups d'épéc, 

A coups d'épee 
Il lui a la tète coupé' ; 

A coups d'épée 
Il lui a la tète coupé'. 



«0< 30 ,-e» 



JOLI DRAGOiW 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PAR J. B. UEKERL1M. 



CHANT. 



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Jo - li dra - 


^Adte ' 

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ron re - ve- naît de la guer - rc, Jo - li dra - gon, 



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Ran, pa-ta pa- la-plan, Jo - 


li dra-^on re- 1 


c-nait 

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de la gner- rc. 




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rit. 

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La fiir du roi «'-tait à sa fenêtre , 
La iill' du roi , ran pata pata plan , 
La 1111' du roi était à sa fenêtre. 

« Joli dragon , donnez-moi v otre rose ; 
Joli dragon, ran pata pata plan, 
Joli dragon, donnez-moi votre rosi-. 

— Fille du roi , elle est pour nia fiancée , 
Fille du roi , ran pata pata plan . 

Fille du roi, elle est pour ma fiancée. 

— Joli dragon , demand'-moi à mon père. 
Joli dragon , ran pata pata plan , 

Joli dragon, demand'-moi à mon père. 

— Sire , mon roi , donnez-moi votre fille , 
Sire , mon roi , ran pata pata plan , 

Sire , mon roi , donnez-moi votre fille ? 

— Joli dragon, tu n'es pas assez riche, 
Joli dragon , ran pata pata plan . 

Joli dragon, ta n'es pas assez riche. 



— J'ai trois vaisseaux dessus la mer qui brille. 
J'ai trois vaisseaux, ran pata pata plan, 
J'ai trois vaisseaux dessus la mer qui brille. 

L'un est couvert d'or et d'argenterie, 
L'un est couvert, ran pata pata plan, 
L'on est couvert d'or et d'argenterie ; 

L'autre sera pour embarquer ma mie, 
L'autre sera, ran pata pata plan , 
L'autre sera pour embarquer ma mie. 

— Joli dragon . je te donne ma fille, 
Joli dragon , ran pata pata plan , 

Joli dragon , je te donne ma fille. 

— Sire , mon roi , je vous en remercie , 
Sire , mon roi , ran pata pata plan , 
Sire , mon roi , je vous en remercie . 

— Dans mou pays y'en a de plus jolies. 
Dans mon pays , ran pata pata plan , 
Dans mon pays y'en a de plus jolies. •• 




:V2 * 



DANS UN JARDIN COLVERT DE FLEURS. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PAR J. B. WEKERLIN. 



CHANT. 



pi.wo. 



Moderato. 



Dans un jar - din couvert de 



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-r-é-é-J 



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(leurs, Lieu de dou-ceurs, Dieu cré-a l'homme à son i - ma - ge, Dans ce se 

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5.. 



se 



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jour; Il lui don - na le pre • mier sa - £^ de son a - mour. 




Adam riait assis loul seul 

Sous un i il I. ■. I , 
Liant couché sur l'herbe fendre, 

Tranquillement , 
Un doux sommeil vint le surprendre, 

Dans ce moment. 



Pendant qu'il dort, son créateur 

Kl son auteur 
Lui tire doucement un' rôle 

De son cote ; 
Il en créa un' jeune femme , 

Fleur de beauté. 



Adam s'éveille et s'écria : 

. Ali ' la i oilè . 
Ah 1 la voilà, celle que j'aime; 

Os de mes os ! 
Donnez-la-moi, bonté suprême, 
Pour mon repos. » 

P*fU. Typogriphif Henri Ploji, rue GaMncir^r», 8. 



NORMANDIE. 



■ N BBVBKAKT DES SOGBS. — LB MOLLI 5t. — BONDB ni PUS DB CAl'X. 



En Normandie, on pourrait compter presque autant de chansons que de pommes. Si on en 
juge par la quantité de chansons que nous avons pu recueillir, la Normandie serait, avec la 
Bretagne, la province où on aurait le plus chanté en France, Rien que pour les travaux des 
champ- . les savants ont été obligés déjà d'établir des classiGcations ; la récolte des pommes 
n'amène pas les mêmes chansons que la moisson et les veillées d'hiver. Lorsque les femmes 
Glent le chanvre, il existe encore des modifications poétiques et musicales : d'où les titres 
de chansons moissonneuses , chansons eucillissoircs , chansons de filasse, trois mois frappés 
au coin populaire. .. Dans les campagnes de l' Avrcncliin . dit M. Eugène de Deaurepaire , 
elles accompagnent les travaux de la moisson et surtout la cueillette du chanvre. L'in- 
fluence des idées modernes ne s'y est point encore fait sentir; et, en écoutant le soir ces 
poésies singulières, empreintes souvent d un vif sentiment religieux, on se croirait volontiers 
reporté à des époques fort anciennes. Deux lignes au plus composent le couplet. Le refrain 
est vraiment la partie la plus importante; il supplée à la pauvreté ou à l'absence de la rime, 
et c'est lui qui donne toujours lieu aux fantaisies vocales les plus compliquées, n 

Rien que par ces mots de êitansons de fdasse , on sent que le peuple des campagnes a 
voulu montrer qu'elles sortaient directement de son cerveau, qu'elles avaient trait des tra- 
vaux manuels et qu'elles ne pouvaient guère servir à d'autres usages; mais ce litre vulgaire , 
chanson de filasse, est porté avec la tranquillité d'une jolie Normande qui, le bonnet de coton 
sur la téte , regarde passer le voyageur, et ne se doute pas, dans son innocence, que le civilisé 
sourit de cette étrange coiffure. 

J'ai hâte de dire que j'ai vu de jolies filles en bonnet de coton et que j'ai entendu de 
charmantes chansons de filasse. La Normandie est grande, les limites de la chanson sont 
étendues : de même que les Normands ont appliqué leur intelligence à l'industrie, au 
commerce , à la navigation , à la science , aux arts et aux lettres , les poètes populaires ont 
tout essayé, depuis le Noël jusqu'à la gaudriole, depuis la chanson de chevalerie jusqu'aux 
rondes moissonneuses. En pareil cas, les citalions valent mieux que les discussions, et j'ai 
pour système que les plus belles théories ne valent pas le plus petit couplet. 

Rien dcplus difficile que d'éveiller le cerveau de l'enfant : j'ai In des Traités des sensations 
par de célèbres médecins qui certainement n'en savaient pas autant que les nourrices. Voici 
un Xoël que je donne comme un modèle de faits destinés à impressionner vivement les cer- 
veaux encore tendres des jeunes enfants : 

Adieu Noël, Sa femme à cheval, 



Il est pa s sé. 
Noël s'en va , 
Il reviendra. 

Le pelit Colin 
Qui porte le via , 
La petite Colificllc 
Qui porte la galette. 



Ses petits enfants 
Qui s'en vont 
lin pleuraot. 

Adieu les Rois 
Jusqu'à douze mois ; 
l)oe/.c mois passés, 
Rois , revenez. 



Les deux premiers couplet* sont ravissants de simplicité , de clarté et de gaieté. Une petite 
fille n'oubliera jamais ^ la petite Colinette qui perte lu galette, ■ Elle a entendu ces couplet.» 
à quatre ans; ils se sont fixés dans son cerveau avec l'étiquette de Noël au-dessus. Voilà une 
féte gravée dans son esprit jusqu'à sa mort. C'est là le secret de la force des œuvres populaires, 
qui résistent, quand les travaux d'hommes qui ont pâli a la rcchcrhe de !a furi e sont 
oubliés depuis longtemps. 
5 



I n couplet sur le Mardi (iras est encore de la famille des objets visibles comme s ils étaient 

dessinés : 

Mardi Gras est mort , 

Sa femme en hérite 

D'une cuiller à pot 

li d'une vieille marmite. 

Chantons haut, chantons bas. 

Mardi Gras n'entendra pas. 

I.a charité me parait être une des vertus particulières à la Normandie , car le mendiant 
s'y montre sous beaucoup de formes. Un précieux échantillon d'une chanson de mendiants 
dans le pays Dessin est une sorte de complainte lyrique d'une mélodie remarquable, et dont 
le dernier couplet, qui va jusqu'à la menace, fait penser à ces fées qui, lorsqu'on leur re- 
fusait un service, se vengeaient cruellement. Dans presque toutes les chansons de mendiants, 
le châtiment attend ceux qui ferment les portes de leurs armoires aux pauvres gens : 

Donne femme , bonne femme , tàtez au nid , 
A'c nous donnez pas des œufs pourris; 
Car le bon Dieu ions f'rait mourir. 
Alléluia. 



Mais je préfère un autre mendiant plus gaillard , qui expose sa demande dans un couplet 
dont la fin est si galante qu'on ne saurait s'en formaliser : 



Entre vous, jeunes filles, 
Qu'avez de la volaille , 
.Mettez la main au nid, 
N'apportez pas de la pad e ; 
Apportez-en dix-huit ou vingt, 
Et n'apportez pas les couvains. 



Si vous n ais rien à nous donner, 

Donnez-nous la servante : 

Le porteur de panier 

Est tout prêt ù la prendre. 

Il n'en a pas, il en voudrait pourtant 

A l'arrivée du doux printemps. 



L amour, tel qu'on l'entendait autrefois, joue un grand rôle dans ces chansons : j'en- 
tends par amour une chose gaie, facile, qui ne mettait pas l'esprit à l'envers, cet amour 
que nos grands-pères chantaient à table avec de gros rires, pendant que les demoiselles 
rougissaient. La fin de la chanson suivante est bien de ces amourettes où les filles se moquaient 
les premières des amoureux trop timides : 



Quand elle eut passé le bois 
Elle se mit à sourire. 

-licllc, qui menez tel émoi, 
Ah! qu'ai cz-vous à rire? 



— Je ris de toi et non de moi , 
Et de ta lourderie, 

Qui m'a laissé passer le bois, 
Sans un mot h me dire, i 



Pour la chanson du Moulin , elle appartient à l'immense variété de chansons de moulin 
comme il en existe dans tous les pays , et qui ont conquis leur droit de cité par les opéras- 
comiques. Tout le monde a été séduit par le rhylhmc du moulin, jusqu'à Hérold, dont la 
chanson de moulin, dans Marie, n charmé la Restauration ; mais tous les moulins n'ont pas 
été des moulins de vertu , à commencer par celui au-dessus duquel les femmes allaient jeter 
leurs bonnets. Le tic-lac a trop souvent servi à couvrir le bruit qui se faisait dans la chambre 
de la meunière. 

11 fallait, à titre d'archéologie joyeuse, donner une dernière chanson de moulin, mainte- 
nant qu'il n'y a plus de moulins. 

Cil MIPN.SI ll\ . 



RX H EVKXAXT DES VOCKS 

M 1 S I I) I' K II K C I K I !. I. I R HT T H » X S C (I I T K WKC P I \ \ <) P AH I, Il IfBKKHI. IX. 



CIIA\T. 



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- sé', la la la ; Ira la la dé-ii, ira la la dé-ri, Ira la la. la. 

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•»< 36 >o« 



EN REVENANT DES NOCES. 



En revenant des noces , 
J'étais bien fatigué' ; 
An bord d'une fontaine. 
Je m'y suis reposé'. 
La , la , la , 
Tra, la, la, 

Déri , 
Tra , la , la , 
La. 

Au bord d'une fontaine, 
Je m'y suis reposé' , 
Et l'eau était si claire 
Que je m'y suis baigné'. 
La , la , la , etc. 

Et l'eau était si claire, 
Que je m'y suis baigné'. 
A la feuille du dune 
Je m'y suis-t-essuyé' . 
La, la, la, etc. 

A la feuille du chêne , 
Je m'y suis-t-essuyé'. 
Caché dans le feuillage, 
In rossignol chaulait. 
La , la , la, etc. 

Caché dans le feuillage , 
Un rossignol chantait ; 
Chante , beau rossignol, 
Toi qui as I' cœur tant gai ; 
La , la , la , etc. 

Chante , beau rossignol , 
Toi qui as I' cœur tant gai ; 
Je ne suis pas de même , 
Je suis bien affligé' . 
La , la , la , etc. 

Je ne suis pas de même , 
le suis bien affligé' , 
Pour un bouton de rose 
Qne Irop lot j'ai donné. 
La, la, la, etc. 



Pour un bouton de rose 
Que trop tôt j'ai donné; 
Je voudrais que la rose 
Fût encore au rosier. 
La, la, la, etc. 

Je voudrais que la rose 
Fût encore au rosier, 
Et que mon ami Pierre 
Fût encore à m' aimer. 
La, la, la, etc. 

Et que mon ami Pierre 
Fût encore à m' aimer; 
Que le roi qui l'appelle 
Fût mort et enterré. 
La, la, la, etc. 

Que le roi qui l'appelle 
Fût mort et enterré; 
Car bientôt par la reine 
Il sera-t-appelé. 
La , la , la , etc. 

Car bientôt par la reine 
Il sera-t-appelé. 
Dons sa chambre de marbre 
On le f( ra monter. 
La, la, la, etc. 

Dans sa chambre de marbre 
On le fera monter. 
Et dans son beau lit d'ère , 
BIT me fra-t-oublier. 
La, la, la, etc. 

Et dans son beau lit d'ore, 
EU' me fra-t-oublier; 
Puis on le fera pendre 
Pour l'avoir trop aimé. 
La, la, la, 
Tra, la, la, 

Déri , 
Tra, la, la, 
La. 



>» 37 :•«•- 




LE IIOULIX. 

UUSIQt'R RK C CRI I. I. I R R T T R A V S C R I T R \\ Vf. P 1.4 V V \ H I . B . IV R K R R 1. 1 



Allegretto con moto 



Dt'cide. 



CHAYT, 



PI no. 




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- vanle à Ni - co - kl, Ces! la ser-vante à Ni - co - let , 

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- K-Nf ,—1-4 fr- fr 



Qu'est à ton - sir son ba - vo - Ici, Su-rc lânc et le bât, El le 




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3^1 



sa - que de blé, Sur le ri n tri n trin Delà janl' du moulin. 




3y • 



Ma is v'Ià que survient le valet (bis.) 
Qui lui pincit dans le mollet... 

Sure l'âne et le bât , 

lit le saque de blé, 
Sur le rin, trin, trin, 

De la jant' du moulin. 

fil le mailrc, qui les voyait, (bit.) 
Lui dit : i( Valet, que fais-tu là'?... 

Sure l'âne et le bât, 

lit le saque de blé , 
Sur le rin, trin , trin , 

De la jant' du moulin. 

— Je me promèn', car je suis las. (bis.) 

— Puisque t'es las, tu t'en iras... 
Sure l'âne et le bât, 

Kl le saque de blé , 

Sur le rin , trin , trin, 
De la jant' du moulin. 



— Mon maître, tu me le payeras. (bit.) 

— Valet, valet, combien qu'j' te dois?... 
Sure l'âne et le bât , 

Et le saque de blé, 
Sur le rin , irin , trin, 
De la jant' du moulin. 

— Vous me devez centsous par mois, (bit.) 
Une chemise et deux collets... 

Sur l'âne et le bât , 
lit le saque de blé , 

Sur le rin , trin , trin , 
De la jant' du moulin. 

Une douzaine de bonnets, (bis.) 
Et puis encore un gros fouet... 

Sure l'âne et le bât, 

Kt le saque de blé , 
Sur le rin, trin, trin 

De la jaut' du moulin. 



— Valet, valet, tu resteras, (bis.) 
El au grand lit tu coucheras... 

Sure l'âne et le bât , 

Et le saque de blé , 
Sur le rin , trin , trin 

De la jant' du 'moulin. » 




40 >«*> 

ROXDE DU PAYS DE G AUX. 



MUSIQl'E RECIE1LLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. U'EKERLIX. 



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(l re Strophe.) Ces beaux souliers que vous avez. Ah ! di-tes-m n 
(2' Strophe.) Ces bel - les fleurs — — • — — — — — ■ 
[3' Strophe.) Cet- le croix d'or — — — ■ — — — — 



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qui vous l'a don -né? — Mon - sieur, c'est mon a-manl , quand je le vois, j'ai le 



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cœur bien ai- se; Mon - sieur, c'est mon a-mant, Quand je le vois, j'ai le 



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cœur content. 



J'ai un pied qui r'mue, El l'au-lre qui ne va fçuè-rc, J'ai un 



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Pour finir. 



*■ pied qui r'mue, 1 1 1 au- lre qui ne va plus. 
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plus. 



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HOIIIUKKINE. 



.l'\\ \ l S UN' nos' NOUVELLE. — ÉHo! Kilo! BHo! 
VOICI VENU I. E Mois I) E S F I, E URS. 



Si certaines chansons de la Bresse sont poétiques, je n'en pourrais dire autant des Xoèls; 
rarement j'ai vu un pareil étalage de victuailles. Ce sont des chansons pieuses faites exprès 
pour Sancho; il sort de chaque vers un parfum de carhonnade comme des soupiraux des 
cuisines. Il est vrai que par là, le pays est bien fourni : Bourg nourrit de belles poulardes, 
Belley fabrique des saucissons aussi bons que ceux de Lyon , \antua ne se contente pas de 
ses écrevisses et de ses truites. Qui ne connaît pas les rissoles de Xantua ne saurait parler des 
rissoles; et pour dessert, Gex fournit un fromage fort renommé. L'Enfant Jésus, en passant 
par la Bresse, devait goûter à toutes ces bonnes choses. En effet, tous les bourgeois de Bourg 
s'empressent à l'envi de lui porter à manger, à boire; les aubergistes y courent, les paysans 
arrivent avec leur lait. Il y a de quoi donner une forte indigestion à toute la sainte Famille. 

Jadis , les habitants de chaque ville avaient un surnom caractéristique , qui se piquait de 
rendre l'esprit général du pays. Je crois bien que c'étaient les gens de Laon qu'on appelait 
les glorieux de Laon, sans doute à cause de l'importance qu'ils cherchaient à se donner; 
mais c'est aux Bressans qu'il faudrait appliquer ce vieux mot de glorieux, aujourd'hui 
détourné de son sens. Ils apportent d'immenses provisions à l'Enfant Jésus, mais ils veulent 
qu'on le sache : leur nom doit rester. Combien ont-ils dû tracasser l'auteur des Xoëls bressans 
pour obtenir une mention dans ses couplets! Quoique le X'oël suivant soit un peu long, à titre 
d'échantillon de poésie religioso-culinaire , j'ai cru qu'il fallait le citer presque en son entier. 

Xoé'l étant arrivé assez pauvre, s'en va commander un balandran , qui n'est autre qu'une 
sorte de manteau, chez Lataille, le fameux tailleur d'alors, pour aller offrir à l'Enfant Jésus 
du petit vin ou guinguet, des rissoles et du pain blanc, et il arrive à la crèche en même temps 
que quatre bergers et quatre jolies bergères, qui apportent des paniers pleins de fruits. De 
leur côté , les Maçonnais se présentent avec une vingtaine de bouteilles de vin blanc, et trois 
gros marchands de Lyon entrent avec des étoffes et des rubans pour orner l'Enfant. Tel est 
en abrégé le début du Noël; le reste ne peut qu'être cité littéralement : 

Dès que la ville de Bourg — en apprit la nouvelle, — on fit battre le tambour — pour inellre 
tout par écuellcs. — Les bécasses, les levrauts, — les cailles, les chapons gras — furent pris chez 
Gurnillon — pour faire la bourdilàillc, — furent pris chez. Cumillon — pour faire le réveillon. 

Gog porta trois dindonneaux, — et farcit une belle oie, — et d'une longe de veau — il fit un 
bnn ragoût. — Sa femme fit du boudin, — et prit chez monsieur de Choin — une grande bassine 
d'argent, — pour y, pour y, pour y mettre, — une grande bassine d'argent — pour y metlre 
sen présent. 

On alla v ite appeler — l'hôte de la Bonne-Ecole — qui porla des godiveaux — et prit une belle 
andouille. — Il mêla des fricandeaux — avec des oreilles de veau, — et porta Irois barillets — de 
mou, de mou, de moutarde, — et porla trois barillets, — de moutarde de Dijon. 

Quand l'hôte de Saint- François — entendit qu'on faisait bruire — les poêles et les lèchefrites, 

— dans le quartier de Tesnière, — il fil faire à son valet, une potringue de poulet — (si bonne) 
qu'on s'en léchait tout droit, — les ba, les ba , les babines, — qu'on s'en léchait tout droit , — les 
babines et les cinq doigts. 

Dès que l'hôte de YEctt — vil qu'on parlait au clair de lune, — il mil pour quatre écus — de 
sucre dans de la farine — pour lui faire des gâteaux (à l'Enfant) — qui semblèrent des châteaux ; 

— ils sont meilleurs (pie le pain — pour les, pour les, pour les dames, — ils sont meilleurs que 
le pain — pour les dames et les enfants. 

Ce n'était pas quasi jour — qu'on vil l'hôte de la l'omme — qui niellait dans son four — deux 
tartes à la grandi; forme. — Il mit tant de cumar — qui se trouva bien si clair — que les valets 
en chemin — le li, le li, le fichèrent, — fichèrent tant par chemin — que de laites il n'y en eut 
point. 

i\eieu mit dessus une planche — du boudin blanc comme neige, — cl douze langues de bœuf 

— qui étaient noires comme poix; — et puis de son bon vin vieux — (pie j'ai souvent bu, — et 
boirai, s'il plaît a Dieu, — jusqu'à, jusqu'à, jusqu'à Pâques, — et boirai, s'il plail à Dieu, — 
plus qu'il ne veut m'en donner. 

On dit que niaîlrc Vavri — avait mis sous la crèche — une chaudronnée de riz — ■ qu'on dressait 

i; 



42 

avec une poche; — il n'était pas refroidi — que quatre ou cinq dégourdis — se donnèrent par le 
muscuu — de la, de la, de la poclie, — se donnèrent par le museau — de la poche et du chaudron. 

L'hôtesse de Y Olivier, — quand elle fait des bugnetles (pâte frite), on peut dire sans faillir — 
qu'elles sont des bouillies (c'est-à-dire que la pâte en est délicate); — quand elle a suffisamment 
mêlé — de farine tamisée, — elle en met dans un embouchoir (espèce d'entonnoir), — et puis 
tourne, tourn.', tourne, — tourne dans le poêlon, — des bugnettes à l'embouchoir. 

Maître André, pour le premier — des bouchers qui fait la fêle, — se leva près de midi — pour 
chercher une jeune vache, — pour en avoir la tétine — qu'il donnait tout de bon; — mais le 
chien de maître Anis — la grip, la grip, la grippa, — mais le chien de maître Anis — la grippa 
et la mangea. 

C'est l'hôtesse du Char — (on dit que ce n'est pas de la plaisanterie), — elle a une pièce de 
lard, — encore du moins sade (agréable); — elle en a fait une omelette — qui sentait le brûlé, 

— et cinq ou six mate-faim (crêpes, pâte frite), — farcis, farcis de fromage, — et cinq ou six 
mate-faim — farcis de fromage blanc. 

Il y a un nommé Gagnon, — qui a Saint-Claude pour enseigne, — qui, quand il fait des po- 
gn'ins (gâteaux frits d'une poignée de pâte), — autour de son four trépigne. — Il fait des casse- 
museaux (pâtisserie très-délicate), — des pâtés qui sont si beaux — qu'on s'en bourre l'estomac 

— tous, tous les dimanches, — qu'on s'en bourre l'estomac, — les dimanches, de pâté. 

Celui qu'il ne faut pas oublier. — c'est l'hôte de la Xaretle — qui a porté son grand chapeau, 

— voulant être de la fêle. — 11 a bien voulu fournir — du irai fromage pourri, — qui était si bon 
que les chiens — le sui , le sui , le suivirent, — qui était si bon que les chiens — le suivirent par 
chemin. 

Je passe deux couplets sans importance que M. Philibert-le-Duc a donnes dans ses curieux 

Xoéls bressans. 

A nous deux, père Alexis, — il nous faut faire une offrande — et nous joindre cinq ou six — 
pour toucher une sarabande ; — avec notre gros bourdon , — nous chanterons tout de bon : — 
Noël, Xoël est venu, — nous ferons la bourdi/aille ; — Xoël, Yoël est venu, — nous ferons du 
brou et moulu (bouillon d'œufs, de lait et de sucre battus ensemble). 

Le père Bistat sait bien — aussi jouer de la flûte ; — Merle fredonnera bien ; — Serrot con- 
duira la fête ; — je porterai le Roi-boit - — pour donner à chacun son droit ; — nous chanterons 
joliment : — Le Roi lelte, le Roi telle ; — nous chanterons joliment : — Le Roi telle sur le foin. 

Dans un autre Noël, le comte de Montbel d'Aufremont, lieulenanl de roi, de Bourg, va 
offrir sa croix à l'Enfant Jésus. Son secrétaire, monseigneur Barbotte, fait apprêter de la 
venaison. Madame de Châtenay porte son beau collier et madame de Veillère son brocart. 
.Madame de Griffon, femme de M. Griffon, conseiller au présidial , mènera la Jeanne et la 
Louison. — a Vous n'avez jamais rien vu de joli comme ces trois petits morceaux, s'écrie le 
poète. - Les dames de Bourginagcr ont commandé une belle armoire de noyer pour serrer le 
beurre. Les dames de Crèvecnuir achètent du brocart à la veuve Cholard pour faire une 
robe à la Vierge. La Colin sera chargée des manchettes et des petits béguins. Josserand, le 
marguillier, sonnera la grosse cloche, et le père Alexis ira jouer du serpent pour amuser 
l'Enfant Jésus. 

Ces noëls me font penser à cet admirable enterrement d'Ornans, du peintre Courbet, où 
toute la ville était peinte en pied , depuis les fameux bedeaux jusqu'au fossoyeur, et chacun 

avec son nom. 

En Bresse, le mois de mai est fêté plus que le jour de l'an ailleurs. Xous publions une des 
chansons que chantent les jeunes filles et les jeunes garçons le premier dimanche du mois 
de mai, lorsqu'ils vont, se tenant sous le bras, dans les maisons des habitants de l'endroit, 
demander à boire, quelquefois des œufs ou de l'argent « pour faire le petit goûté » . Une des 
jeunes filles va devant les autres avec un jeune homme; elle est tout enrubanée : on 
l'appelle la reine ou bien la mariée; un jeune garçon marche à la tête de la troupe, 
portent un mai auquel sont attachés aussi des rubans avec des fleurs. 



CH.4wn.ni y. 



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J'AVAIS UN' KOS' NOUVELLE. 



Ml 8IQU K II K C I K I L L I K K T T II A \ S C RITE II KG Pli \ <> PAR J . H . H g K B H t 1 X< 



Allegretto moderato. 



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-vais un' ros' non - vel - le, Rin din di di di di d ion, Ha ha ha 

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J'avais un' ros' nouvelle, 
Rin , din , di , di , di , di, diou , 

Ha , ha , ha , ba , ha , 
Rio, din, di, di , di, di, diou , 

J'avais un' ros' nouvelle , 
Galant, lu m" l'as volé'; 
Galant , tu m' l'as vole'. 



Ne plein ez pas, la belle, 
Rin', din, di, di, di, di, diou , 

Ha, ba, ha, ha, ha, 
Rfctl, din, di, 61, di, di, diou. 

Ne pleurez pas, la belle. 

Car on vous y rendra ; 

Car on vous y rendra. 



C'esl pas des chos' qui s' rendent, 
Rin, din, di, di, di , di, diou, 

Ha , ha , ha , ha , ha , 
Rin, din, di, di, di , di , diou, 

C'est pas des chos qui s' rendent, 

Comme d' l'argent prunté ; 

Comme d' f argent prunté. 



■>■»< 45 >«• 



ÉHO! ÉHO! ÉHO! 




K H ! ÉHO! ÛHO ! 

Ml SIQUI II K C l K I I. I. I K K T TU â X S OU I T K A V K C PIAN O PAB J . H . U K K K R L I K. 



CHAÏÏ. 



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j Aiulantmocon molo. ^ ^ 



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Eho! Eho! Eho! 



I.esagneaux vontaux 



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Eho! Eho! Eho! 



Et les loups sout aux bos. 



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Tand' qu'aux bords des fon- tai - nés, 



Ou dans les Irais mis - seaux — 



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Ees moutons baign'lleur. 

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» lai-nes, 


Y dan -sont au pré ■ 


au. 



















\1 ) < f" 



Kho ! ého ! élio ! 

Les agneaux vont aux plaines , 

Kho ! ého ! élio ! 

Kl les loups sonl aux bos. 



Tand' qu'aux bords des fontaines, 

Ou dans les frais ruisseaux , 

Les moutons baign'nt leurs laines, 

Y dansont au préau. 
Ého ! ébo ! ébo ! 

Les agneaux vont aux plaines, 

Ébo ! ébo ! ého ! 

LU les loups sont aux bos. 

Mais qucuq'fois par vingtaines , 

Y s'éloign'nt des troupeaux , 
Pour aller sous les chênes 
Qu'ri des herbag's nouviaux. 
Kho ! ého ! ého ! 

Les agneaux vont aux plaines, 

Ého! ého! ého! 

Et les loups sont aux hos. 

VOICI VENU LE 



Et en ombres lointaines, 

Leurs y cach'nt leurs bourreaux, 

Malgré leurs plaintes vaines, 

Les loups rroqu'nt les agneaux. 

Kho ! ého ! ého ! * 

Les agneaux vont aux plaines, 

Kho ! ého ! ého ! 

Kt les loups sont aux bos. 

T'es mon agneau , ma reine : 

Les grand's vill's c'est les bos ; 

Par ainsi donc , Mad'leine , 

V t'en vas pas au hameau. 

Ého ! ého ! ého ! 

Les agneaux vont aux plaines, 

Eho ! ého ! ého ! 

Kt les loups sont aux bos. 

MOIS DES FLEURS. 



Voici venu le mois des fleurs , 
Des chansons et des senteurs, 
Le mois qui lout enchante, 
Le mois de douce attente ; 

Le buisson reprend ses couleurs. 
Au vert bois l'oiseau chanle. 



il est venu sans mes amours, 
Que j'attends , hélas ! toujours ; 
Tandis que l'oiseau chante, 
Kt que le mai l'on plante , 

Seule, en ces bois que je parcours , 
Seule je me lamente. 



«»< 48 



VOICI VENU LE MOIS DES FLEURS. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PAR J. R. W E K E R L I X. 



PIANO. 



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des sen - leurs, 



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chan - le, I.c mois de douce al - len - le, 



l.e b uisson re-prend 




ses cou - leurs, f 

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T) ( ORrn| lii- BCftH PLOS, rue GiirnrCiiTf , R. 



BEHHY. 



LA VOILA, LA JOLI 1 COUPS, — j'Ai DEMANDÉ - Z - A LA VIEILLE. 
PETIT SOLDAT DE GUEBBE. 



Le Berry, perdu il y a une douzaine d'années au milieu des antres provinces de France, 
a été révélé par une femme au style éloquent, qui, soucieuse d'appeler l'attention sur ses 
compatriotes, les a mis en lumière par ses livres et ses pièces de théâtre. Pour la première 
fois peut-être, le patois fut introduit sur la scène; François le Champ;/ et la Mare au Diable 
furent les premières hases d'une littérature de yillage dont le mouvement parallèle se faisait 
sentir en Allemagne. Si la passion des gens de ville se trouva greffée sur le sauvageon des 
gens de campagne, il n'en resta pas moins des études locales intéressantes. Le pays était 
riche et fécond en légendes, en traditions, en coutumes, en poésie et en musique. Ma- 
dame Sand creusa la mine et sut l'abandonner avant que la curiosité publique, qui se blase 
si facilement, manifestât quelque fatigue du genre berrichon. 

D'autres, après elle, se sont emparés du Berry, en laissant de côté l'élément romanesque 
et en précisant avec plus d'allure les mœurs des paysans. Il faut citer surtout II. Charles 
Bibault de Laugardière, substitut du procureur impérial à Clamecy, dont les études positives 
sont très-remarquables. Après le chasseur qui, levé de bon matin, va étudier des pistes dans 
les forets, on citera maintenant le chercheur de chansons populaires. C'est comme un 
métier de juge d'instruction, et je ne connais rien de plus intéressant que la seconde lettre 
à AI. le Rédacteur du Droit commun sur quelques prières populaires du Berry. Presque 
aussi paysagiste que madame Sand, un jeune substitut, poussé par un réel amour de la 
littérature populaire, a écrit un chapitre que je voudrais pouvoir donner tout entier, tant la 
franchise du récit s'y mêle au sentiment de la nature. 

u C'était par un de ces jours d'automne vers le milieu desquels, après s'être longtemps 
traîné sur la campagne, le brouillard commence enfin à s'élever. Le vent soufflait de bise, et 
de loin en loin un rayon lumineux jaillissait à travers les nuages de bèrouécs qui couraient 
amoncelés dans le ciel. Ces lueurs obliques qui traversent ainsi les nuages, on les appelle, 
dans le pays, les jambes du soleil. La clarté augmentait; et tout en marchant, je comparais 
la lumière qui se faisait dans la nature à celle que j'espérais voir se faire bientôt dans cer- 
taines idées qui m'occupaient. » 

AI. de Laugardière cherchait à compléter certaines strophes de prières populaires dont il ne 
possédait que quelques vers. — Pour avis, lui avait dit un paysan, si entrerai les huit ou 
dix femmes qui lavent à c'tte heure à la Piée-des-AIarais , y en aurait pas qui en sauraient 
de ces prières? Arrivé au lavoir. — Eh ben, monsieur, et ces vieilles prières, vous les 
chcrche/.-t-y toujours? dit une des lessiveuses. — Certainement, je les cherche. — Peut-être 
ben. — Et je ne les trouve pas partout. En savez-vous quelques-unes? — Té! que je sais le 
Pater, l'Are, le Credo, le Conjiteor et les Actes. — Aga donc, t'en sais ben long, fit la voi- 
sine de droite. — Tu les dis-t-y tous les jours? ajouta la voisine de gauche. — Soir et ma- 
tin, d'affilée, et ranchément (rapidement), encore. — On dit que ça compte double, dit une 
femme. — Bèdamel tant mieux. — Celles-là sont connues. Alais des anciennes, demandait 
AI. de Laugardière, n'en savez-vous pas? — Xcnni. Alais v'Ià ici la Cariotle qui doit ben en 
avoir appris, pas vrai? Si aile 'tait pas tant peuraude. . . — Aloi , dit la mère Daise en manière 
d'encouragement adressé à la laveuse mise en cause, j'y ai, ma dîne, ben raconté tout ce 
que je savais, à ce monsieur. — Tu sais ben à te débaillouner, toi. — J'y dirai aussi la 
mienne, fit enfin la Cariotte. (El elle répéta la prière de l'ange Gabriel.) — Acoutez donc, 
monsieur, v'Ià c'tte ch'tite niée Booette qui veut parler, s'écria une commère facétieuse. — 
T appaisseras-Ui , vieille loup-ga roi i ! Veux-tu te taisrr! — Laquelle que tu y as dite, niée 
Daise? — La Diction de Dieu, répondit l'interrogée. — Comment qu'a va? dit la Cloute. — - 
A va comme ça, dit une autre laveuse qui répéta la prière \' Election a" Dieu. 
7 



-*»■< 50 x=* 



Par ce dialogue précis comme la réalité, on peut s'imaginer les difficultés du chercheur de 
poésies populaires que les paysans ont conservées précieusement dans leur cerveau, niais qu'ils 
ne livrent qu'avec peine, croyant qu'on se moque d'eux. 

Il est impossible, dans une notice si courte, de donner une idée de la poésie populaire 
dans le Berry; les citations rempliraient un volume, et l'analyse ne vaut pas la citation. 
Aussi me tiendrai-je sur le chapitre des uoees, qui fournirait un livre curieux d'essais de 
morale comparée, si on mettait en regard la façon diverse dont le mariage est envisagé dans 
les provinces de France. Quand les garçons assiègent la porte de la mariée enfermée en com- 
pagnie des filles ses amies : 

Ovrez, ovitz la porte et laissez-nous entrer, 

s'écrient les garçons; à quoi la fiancée répond : 

Moi, je suis une fille d'un assez haut prix, 
Je n oire pas nui porte <i ces heures ici. 

Tout le Berrj et le Bourbonnais oui reproduit cette réponse avec des variantes; la fille a le sen- 
timent de sa chasteté. — J' suis une fille d'un trop grand prix, dit-elle dans quelques villages. 
Dans le Bourbonnais, c'est presque le même vers : «Une fille d'aussi grand prix.» Les portes 
ne s'ouvrent qu'au couplet suivant, où le galant fait connaître définitivement ses intentions : 

Ouïrez la porte, ouvrez, 

Marie, ma mignonne ; 
C'est un beau mari qui vient vous chercher, 
Allons, ma mie, laissons-le entrer. 

Madame Sand a dit de l'air de celte chanson : .. Solennel comme un chant d'église. « l'A 
cela se comprend. Peut-être le poëte qui l'a composé avait-il souffert du mariage. Dans 
toutes les chansons de noces faites par le peuple il y a un fonds de gravité : 

Héla! la poure fille 
Qu'a/le a donc de chagrin ! 

Tel est souvent le refrain obligé. Les nombreuses chansons de mariée du Poitou, de la 
Vendée, de la Bretagne, sont graves, sévères el inflexibles. Aussitôt les cérémonies de 
l'église terminées, le mari parle déjà en maître. I,a même chanson se retrouve dans le Berry 
avec un seul couplet demi-badin : 

Vous serez pas ce soir 
C'que vous étiez la veille ; 
Seulette en router lit 
Où ions cliez lermeille! 
Mail, un', faut ions gêner 
Pour un époux placer. 

Le père présente des Ileurs à la mariée, afin de lui apprendre , 

- Madam', que vos couleurs 
Pass'ront comme ces (leurs. - 

Après les fleurs, c'est un morceau de gâteau qui indique 

. Que pour le pain gagner, 
Madam', faut travailler. - 

Travail, peines, soucis, beauté qui passe, misère el labeur, sonl le refrain obligé de celle 
poésie morale comme un proverbe de Salomon. El cependant ■ maigre ces rudes enseigne- 
ments qui n' enveloppent pas de miel leur rude sincérité, le mariage semble plus sérieux au 
village qu'à la ville. La sincérité qui y a présidé ni' le consolide-t-elle pas? A la ville, la 
femme, en se mariant, aspire à la liberté, quand elle devrait se contenter de Y union, qu un 
poète populaire du Hcrry a chantée en un couplet dont le dernier vers est admirable de sen- 
timent et de simplicité : 

Ali! mon vrai Dieu! je ses au lit, 

Je ses au lit couchée 
luter les bras de mou mari 

Qui m'y dit sis ptmétt. 

(llUUI'KI.Kl 111 . 



>-3 ' ,*) ï -r- a 



LA VOILA, LA JOLI' COUPE. 



Mil STOCK RRCURILLIR ET TRANSCRITE A V K C PIANO PAR I. B. WEKERLIN. 



PIANO. 



Allegretto. 




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CHAN T. ^ P 

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Lavoi-là, la jo - li' cou - pe, cou - pi,2coupons, cou- 



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pons le vin,Lavoi - là, la jo-Iî coupla la, La voi - là, la jo-U' coupe au vin. 



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«»< 52 >«» 

LA VOILA, LA JOLI' COUPE. 



La voilà , la joli' coupe , 
Coupi, coupons, coupons le vin, 
La voilà, la joli' coup' la la, 
La voilà, la joli' coupe au vin. 

Et de coupe en pagne , pagne , 
Pagni , pagnons , pagnons le vin ; 
La voilà, la joli' pagn' la la, 
La voilà, la joli' pagne au vin. 

Et de pagne en hotte , en hotte , 
Hotli , hottons , hottons le vin ; 
La voilà , la joli' hott' la la , 
La voilà, la joli' hotte au vin. 

Et de hotte en cube , en cube , 
Ij lu cubons, cubons le vin; 
La voilà , la joli' cub' la la , 
La voilà, la joli' cube au vin. 

Et de cube en foule , en foule , 
Fouli , foulons , foulons le vin ; 
La voilà, la joli' foui' la la, 
La voilà, la joli' foule au vin. 



Et de foule en presse, en presse, 
Pressi , pressons , pressons le vin ; 
La v oilà , la joli' press' la la , 
La voilà, la joli' presse au vin. 

Et de presse en tonne , en tonne , 
Tonni , tonnons , tonnons le vin ; 
La voilà, la joli' tonn' la la, 
La voilà, la joli' tonne au vin. 

Et de tonne en tire, en tire, 
Tiri , tirons , tirons le vin ; 
La voilà, la joli' tir' la la, 
La voilà, la joli' tire au vin. 

Et de tire en verse, en verse . 
Versi, versons, versons le vin; 
La voilà , la joli' vers' la la , 
La voilà, la joli' verse au vin 

Et de verse en boisse , en boisse , 
Boissi , boissons , buvons le vin , 
La voilà, la joli' boiss' la la, 
La voilà, la joli' boisse au vin. 



-»< 53 >©• 



J'AI DEMANDÉ -Z-A LA VIEILLE 




J'ai demandé-z-à la vieille 
S'elle aimait bien le bon pain : 
u Par ma foi, mon fils, dit-elle, 
Pour du eli'ti ne m'en faut point, 
.Mais d'ia miche au grand beugnet, 

Hé ! hé ! hé ! aïe , mon âne , 
Mais d'Ia miche au grand beugnet, 
Me faut-z-un mari pour mai. » 



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o< 54 «- 



J'AI DEMANDÉ -Z- A LA VIEILLE. 

MUSIQUE RECUEILLIR K T TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J . H . \V R K R R 1. 1 X . 



Allegretto. 



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CHANT. '\0 4 



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J'ai de - mandé-zà la vieil -le S'elle ai- 

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mail bien le ton prnn : Far ma foi, mon fils, dit - cl - le, Pwf du 



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H ch ti ne m en faut point, Mais d'Ia miche au grand bengnet, Hé lié hé! aïe mon 




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(•) r.wtif. 



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J'ai demandé-z-à la vieille 
S' elle aimai! bien le bon vin : 
m Par nia foi , mon fils , dit-elle , 
Pour du ch'li ne m'en faut point. 
Mais du clair à plein «joblet, 
Hé ! hé ! lié ! aïe , mon âne , 
Mais du clair à plein goblet, 
Me faut-z-un mari pour niai. » 



J'ai demandé-z-à la vieille 
S' elle avait eucor des dents : 

i Par ma foi, mon fils, dit-elle, 
J'en encor' un' par devant, 
Avec deux dans les côtés, 

Hé! hé, hé, aïe, mon âne, 
Avec deux dans les côtés, 
Me faut-z-un mari pour mai. » 



J'ai demandé-z-à la vieille 
S'elle voulait s'y marier : 
u Par ma foi , mon fils , dit-elle 
Tout de suite si vous voulez; 
Voilà l'hiver qu'est bien frais, 
Hé ! lié ! hé ! aïe , mon âne , 
Voilà l'hiver qu'est bien frais, 
Me faut-Z-un mari pour mai. « 



5G >«* 



PETIT SOLDAT DK GlERRE. 

UUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRIT K AVE C PIANO l'.U J . B . IV E K E R L I N. 



CHAÏÏ. 



PIA\0. 



Allegretto non troppo. 



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la gnerr' lu Pt'en vus, Et Ion Ion la, 

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lagiierr'tu l't'en vas, Et Ion Ion la, A 



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la guerr' tu l't'en vas 



Je m'en vais à la gnerre 
An service du roi , 
El Ion Ion In . 

Au service du roi. 



(bi$.) 



Si tu lois ma maîtresse . 
Je t'en pri' , Bolu'-la , 

El Ion Ion la, 
Je t'en pri', salu'-la. 

Comment la saluerai-je , 

Si je n ia connais pas , 
Et Ion Ion la , 
Si je n'Ia connais pas? 



(Mi.) 



[bit.) 



Est facile à connaître; 
Sa pareille j csi pas , 

El Ion Ion la , 
Sa pareille y est pas. 

EU' porte la croix d'ore 
I.a fleur de lis nu bas , 

Et Ion Ion la, 
I.a Heur de lis au bas. 



(bit.) 



( bis. 



l'.irl». Typojftpfclf llt'nrl I'lok , tuv GtVUM*4lt, R 



GUYENNE ET GASCOGNE. 

NICHAI T V El li LAIT. — LA FILLE DU PRÉSIDENT. — DÈS LE MAT IV. 



H est difficile, on quelques payes, de donner une idée de la poésie populaire dans une 
province qui ne renferme pas moins de neuf départements, vingt-cinq villes importantes et 
d'immenses différences dans les mœurs, les usages et la langue. Chaque département devrait 
avoir son historien, rien que pour ce qui touche à la littérature populaire, et cependant il 
n'en est rien. Le midi de la France est en relard pour ces sortes d'études, en retard de vingt 
ans relativement au nord. La première édition des Barzas-Rreis , de M. de la Villemarqué, 
date déjà de près de vingt années; la Provence, le Languedoc, la Gascogne, n'ont encore 
rien fourni. Et cependant la matière ne manque pas. Tout le monde a chanté dans ces pro- 
vinces, jusqu'aux pâtres du Quercy, qui, pour se faire entendre à de grandes distances, 
entonnent un chant dit de la Vallière. Il est à remarquer que les campagnes conservent plus 
que les villes le souvenir des personnages historiques. Le nom de la Vallière, qui sert de 
ralliement aux pâtres, me fait penser aux villages du centre delà France, où les paysans 
appellent encore leurs bœufs Mazarin, comme nos cochers de fiacre traitaient leurs chevaux 
de Polignac. N'est-ce pas dans les chaumières que s'est conservé pur le souvenir de 
Napoléon? Le département du Gers a été un des plus féconds en pèlerinages, fêtes patro- 
nales, cérémonies champêtres de la Gerbe et du Roitelet, qui attendent leurs historiens. 
Aux environs de Bordeaux se célébrait une fête dont on ignore l'origine. C'est là que 
prit naissance la fameuse chanson de Jean de la Bcoule, qui se chante le jour de l'As- 
cension, après la grand' messe, dans une promenade sur l'eau que font le clergé et les 
autorités. Le bateau, orné de drapeaux et de guirlandes, fait neuf tours dans la Garonne, 
conduit par vingt rameurs en grand costume. Pendant cette promenade , le fifre et le tambour 
jouent l'air de Jean de la Bioule. 

Dans la Gascogne et l'A gênais, la veille du jour de l'an, se célébrait la Guillotinée, cor- 
ruption du fameux cri : Au Gui l'an neuf. Les enfants vont demander leurs étrennes en 
chantant aux portes des riches : 

Le bon Dieu ions baille tant de bœufs 
Comme les poules auront d'œufs! 

Gentil seigneur, 
Ah! donnez-leur la guillonnée ! 

Le bon Dieu vous baille tant de poulets 
Que les moissons ont de bouquets! 

Ccntil seigneur, 
Ah ! donnez-leur la guillonnée ! 

Le bon Dieu vous baille lant de garçons 
Qu'il est de plis aux cotillons ! 

Gentil seigneur, 
Ah! donnez-leur la guillonnée! 

C'est la même idée qui pousse les mendiants à chanter la Part à Dieu, qui se retrouve 
d'ailleurs dans d'autres provinces. 

Les noces de l'ancien Bazadais amènent ai ce elles nombre de chansons dont je détache 
un couplet que chante une jeune fille qui plaide pour la jeune mariée : 

Mois, notaire, sur le papier bleu, 
Qu'il ne la balte pas à coup sûr. 
.Mets, notaire, sur le papier, 
Qu'il ne la balle jamais. 

On ne noi:s accusera certainement pas, dai s et Ne publication, d'avoir été hostile au clergé, 
8 



=■■*< 58 



cl cependant les chansons ne manquent pas contre les prêtres. A la sortie de l'église, quand 
on signe sur le registre de la sacristie, les invités, qui attendent sous le porche, chantent ce 
couplet à tue-tête : 

Je vous remercie, monsieur le curé, 

Qui n'avez rien fait pour moi; 
Monsieur le curé , à la barbe rousse , 

A dit peu de messe aux époux. 
Monsieur le curé , à la barbe blanche , 

Si peu de messe nous a dit. 
Monsieur le curé n'est pas content, 

Il voudrait l'épouse et l'argent; 

Monsieur le curé n'est pas sot, 

Il voudrait l'épouse et l'écu. 



Dans ce couplet, on retrouve l'historique du fameux droit du seigneur, qui n'appartenait pas, 
suivant les historiens du Midi, exclusivement aux seigneurs; en même temps ne semblerait-il 
pas que les paysans regrettent le temps où ils payaient une dîme aux curés, pour échapper 
à tous les frais des cérémonies du culte? 

Avant le mariage j'aurais dû parler de l'amour. 

Dans le département du Lot avait lieu comme partout la plantation du mai par les galants des 
fdles. Ils sont peut-être moins aimables et plus satiriques qu'ailleurs. Quand un garçon avait 
à se plaindre d'une fille qui se montrait trop coquette, autour du mai étaient accrochés des 
ossements d'animaux, des têtes de chevaux et de bœufs tirés de la voirie; images grossières 
qui contrastaient avec les feuillages, les fleurs et les couronnes des mai voisins. 

Les quelques chansons qui vont suivre ont été écrites dans un village par M. d'Araquy, 
sons la dictée d'un petit berger. Elles étaient en patois, sauf une fort curieuse, que j'avais 
notée à Besancon il y a quelques années. La première est une chanson contre les servantes : 
elle n'a que le seul mérite d'avoir été retrouvée dans toute sa pureté : 

J'ai une servante : 
Elle est fort diligente ; 
Elle se lève le matin 
Quand elle est lasse de dormir. 
Elle trouve le dîner cuit' , 
Le mange et rentre au lit. 

Elle n'est pas friande; De la paille d'avoine, 

Elle mange de toute viande, Elle ne s'en soucie guère; 

Soit bouillie, soit rôtie : Mais celle de froment 

Elle prend tout ce qu'elle trouve. Y passe bravement. 



La gaillardise se mêle fréquemment à ces couplets, et c'est ce qui en rend difficile la 
publication ; cependant il en est quelques-uns qui laissent percer un petit rayon de sentiment, 
témoin la chanson de la Justine : 



J'ai fait une maîtresse 

Trois jours, n'y a pas longtemps; 

Mais quand je la lais voir 

Elle me fait boire , 

Le soir et le matin, 

Le meilleur de son vin. 

Justine , ma Justine , 
Allons-nous promener ; 
Là-bas dans ces campagnes 
Il n'y a point de montagnes. 
Noos entendrons chanter 
La voix de nos bergers. 



Justine , ma Justine , 
Préte-moî tes ciseaux 
Pour couper l'alliance 
Que nous avons ensemble , 
L'alliance de l'amour. 
Adieu, belle pour toujours. 

Justine , ma Justine , 
Prête-moi ton mouchoir 
Pour essuyer les larmes 
Qui coulent sur mon \isage, 
Les larmes de mes yeux, 
C'est pour te dire adieu. 



Ch IUPFLKURY. 



Huil btnrél «I" matin . nrrmirr rrpas 



51) 

MIC HAUT VEILLAIT. 

MU8IQUS R I C II I il. L I K K T T H A X S C R I T K A VI C PIANO PAR J . H. H K K K R L I N . 



PIANO. 



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Michaut veil - lait Le soir dans sa chaumiè-re: Près 




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du ha - meau II gar-dait son troupeau. 



Le ciel bril - lait D'u - 







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vois l'é - loi-îc du bcr-ger, Je vois, je vois l'é-toi-le du ber-ger. 



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MICHAUT VEILLAIT. 

(XOEL. ) 



Michaut veillait 
Le soir dans sa chaumière ; 

Près du hameau 
Il gardait son troupeau. 

Le ciel brillait 
D'une vive lumière, 
Il se mit à chanter : 
Je vois, je vois l'étoile du berger, 
Je vois, je vois l'étoile du berger. 

La Vierge était 
Assise auprès la crèche , 

L'âne mangeait 
Et le boeuf la chauffait; 

Joseph priait : 
Sans chandelle ni mèche , 
Dans son simple appareil , 
Jésus, Jésus brillait comme un soleil, 
Jésus, Jésus brillai! connue un soleil. 



Au bruit qu il fit , 
Le pasteur de Judée 

Tout en sursaut 
S'en va trouver Michaut : 

Ah ! qu'il lui dit , 
La Vierge est accouchée 
A l'heure de minuit. 
Voilà, voilà ce que l'Acge a prédit 
Voilà . voilà ce que l'Ange a prédit 



*•< (il 

LA FJLLE DU PRÉSIDENT. 




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LA FILLE DU PRESIDENT. 

MISIQIE II K C l E I L 1. 1 K ET TRANSCRITE AVEC l'IAXO PAR J. B. UEhERLIX. 



PIANO. 



Un poco allegretto. 



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J'ai ren-con-tré Syl-vi-e, Fil - le d'un pré - si-dent : Faut- il souf 



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Elle était endormie 
Au pied d'un rosier blanc : 
Le vent leva sa jupe , 
Je vis son genou blanc : 
Faut-il souffrir tant de peine. 
Pour aimer tendrement? 

Le vent leva sa jupe , 
Je vis son genou blanc , 
Ses bas couleur de rose , 
Ah! qu'ils étaient charmants! 
Faut-il souffrir tant de peine, 
Pour aimer tendrement? 



Ses bas couleur de rose , 

Ah! qu'ils étaient charmants! 
El encore autre chose , 
Ah! qui me plaisait tant ! 
Faut-il souffrir tant de peine, 
Pour aimer tendrement? 

Et encore autre chose, 
Ah ! qui me plaisoit tanl ! 
Oserai-je , Mesdames , 
Vous le dire en chantant? 
Faut-il souffrir tant de peine, 
Pour aimer tendrement? 



Oserai-je , Mesdames , 
Vous le dire en chantant? 
C'était sa jarretière , 
Faite d'un ruban blanc. 
Faut-il souffrir tant de peinp , 
Pour aimer tendrement? 



DES LE MATIN, 



Dès le matin je m'éveill', je me lève; i 
Vite a la chasse m en suis en aile: J 
C'est ià la chasse 
De la bécasse , 
Le long d'un bois... 
J'ai rencontré une bergère 
Qui dormait. 



« Réveillez-vous, mon aimable bergère. 



A vez-vous donc pas besoin d'un berger"? 
— Retirez-vous 
De la prairie , 
Grand badineur, 
Vous n'êtes qu'un trompeur de (illes, 
l H menteur. 



(bis.) 



— Moi un trompeur! mon aimable bergère 
Je ne le suis, ne l'ai jamais été. 
J'ai fait l'amour à d'autres filles 

Ivanl qu'à vous, 
Je n'ai point fait de tromperies 
\ V Amour. " 



(bis.) 



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DÈS LE MATIN. 

UUSfQDR R E C II E 1 1. 1, 1 K ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAU I. R. UEKERI. IN. 



CHANT. 



Allvgrctto moderato. 

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chas -se m'en suis en al - lé. C'est à la chass' Delà bé-cas - se Le long d'un 

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AUVERGNE. 



BOritRRK DU CHAPOBS-BEM FORT. — QUAND MARIOX s'f.\ VA-T-A l'oI'. 

ItOI RBBB d'aUBBR.T. 



De tous les provinciaux nui viennent demeurer à Paris pour y exercer un métier, le plus 
caractéristique c'est 1. Auvergnat. Il ne perd dans la capitale ni son allure de montagnard , ni 
son costume, ni le goût de ses plaisirs. Paris n'est pour lui qu'une station où il faut s'arrêter 
dix ans, vingt ans pour faire fortune. Aussi ne sacrifie-t-il rien à Paris, qu'il étonne toujours 
par son accent et son caractère particuliers. 

Pour étudier l'Auvergnat, il ne faut que passer les barrières. Sur les boulevards exté- 
rieurs, au bas de Montmartre, écoutez, en passant, le son d'une musette lointaine : il sort 
d'un petit cabaret borgne, au premier étage, on d'une salle du fond où sont réunis les 
Auvergnats des environs. C'est un dimanche; ils viennent se reposer de leurs travaux de la 
semaine, et ils se réunissent entre eux pour danser la bourrée des campagnes. Jamais un 
étranger ne se mêle à leurs danses , d'ailleurs assez difficiles à saisir. Au fond d'une petite 
chambre dont on a enlevé les meubles pour ce jour-là, hommes et femmes se réunissent 
surtout à la \ illcttc, ou à la barrière de Fontainebleau , pour danser ces bourrées qui leur 
tiennent au cœur, et qu'ils ne pourraient exécuter au son d'un violon. Il leur faut le son de 
la chabre (chèvre) , qui est le véritable nom de la musette. 

J'ai vu danser la bourrée en Auvergne et dans le Vclay : elle est peut-être moins signifi- 
cative qu'à Paris, hors barrière. C'est aux champs qu'on comprend les charmes de la ville, 
et c'est à la ville que le paysan regrette le plus ses montagnes. Dans ces bourrées, prolongées 
de six heures à onze heures du soir, au fond d'un taudis de marchand de vin, sans doute 
l'Auvergnat est pris d'illusions, d'une sorte de mirage qui font que le souvenir du pays se 
retrace plus nettement. Le garçon se souvient de sa promise qui l'attend jusqu'à ce qu'il ait 
amassé une dot; le marchand de charbon et sa femme, qui se sont décrassés à grand'peine, 
révent l'air vif de la montagne, au lieu de ces petits trous dans lesquels ils passent les plus 
belles années de leur vie ; mais ils se consolent avec la bourrée , dont on ne saurait comprendre 
la passion tant qu'on ne l'a pas vu danser dans les campagnes en plein hiver, sur la neige 
durcie, par un froid vif et piquant qui descend jusque dans les entrailles. 

Près de Riom , dans un hameau dont je ne me rappelle plus le nom , j'ai été témoin de 
cette danse de paysans en sabots , les hommes enveloppés dans leurs manteaux de serge , les 
femmes dans leurs capes. Une vieille mendiante, de sa voix cassée, leur servait d'orchestre. 
Ce n'étaient ni le fifre, ni le tambour, ni la chabre, c'était une vieille en guenilles qui chan- 
tait une montagnarde, variété de danse plus lourde que la bourrée. J'ai longtemps retenu la 
mélodie de cette montagnarde , mais elle s'est perdue depuis surtout que j'ai pu lire la grande 
quantité de variétés qu'en a données .M. Bouillet, dans Y Album auvergnat. 

Quoique toutes ces musiques de danse appartiennent à la même famille, et qu'il soit diffi- 
cile de prendre une bourrée de l'Auvergne pour une ronde d'une autre province, il en 
existe une grande variété. Chaque village en a de différentes, qui ne ressemblent pas à ( elles 
du village voisin. La mélodie des bourrées ou montagnardes et l'imagination dans les coif- 
fures de femmes, ioilà ce qui m'a le plus frappé en Auiergne après un assez long séjour; 
mais la coquetterie des femmes l'a emporté sur les auteurs anonymes de ces mélodies. Les 
chapeaux, les bonnets, les coiffures offrent des rariations profondes plus encore peut-être 
qu'en Normandie. 

Le sentiment poétique est grand chez ce peuple, sans cesse vis-à-iis de la nature, et qui, 
dans certaines parties de niontagnci élevées, reste enfermé pendant six mois, sans pouvoir 
9 



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sortir do sa hutte couverte de neige. J'eu citerai une des plus connues, remarquable par sa 
hardiesse d'images et la mélancolie profonde qui sert de dénoùment. 



Le ctriir de nia mie 
Lui fait tant de mal ; 
Quand je vais la loir, 
Je la soulage un peu. 



B lissez-vous , montagnes , 
Levez-vous , vallons , 
(Vous) M'empêchez de voir 
Ma mie Jcanneton. 



Jeannetou trompe le pauvre amoureux; elle se marie avec un autre : 

Si elle est mariée , 
Je sais bien ce que je ferai ; 
Je m'en irai à la guerre 
Et j'en mourrai. 

L'auteur de Y Histoire des ducs de Bourgogne, M. de Baranlr, a traduit en vers français 
la fameuse chanson du Vieillard d'amour . C'est nue des rares, d'un ton satirique et peut-être 
un peu égrillarde, mais qui ne va pas jusqu'il la licence. 

L'idée de la P'titc Rosette, fort populaire dans l'Angoumois, aura été jetée en Auvergne, 
recueillie et comprise tout à coup par un esprit subtil, qui l'a accommodée au patois de son 
pays. Dans cette chanson, qui a pour titre La première nuit des noces d'une jouvencelle, il 
s'agit d'un vieillard qui a épousé une jeune fille : 



Le premier soir de ma nocette, 
Quand vint me retrouver seidette, 
Toussa bien fort, et puis me dit : 

Jeannette , ■ 
Me voudrais-tu voir dans ton lit 
Petit.' 



Monsieur, dit Jeannette confuse, 
Couchez-vous si ça ions amuse; 
Car, m'ont bien dit mes deux mamans, 

Refuse, 
Et puis après petits moments 

Consens. 



Le vieillard commence une interminable généalogie de ses aïeux. Le coq chante , l'alouette 
se réveille, et toujours le vieillard parle. Tout s'est passé en conversation. 

Mais on ne se rendrait pas compte de la nature d'esprit des gens de l'Auvergne par le 
Vieillard d'amour. Ln fonds religieux et moral a produit d'autres sentiments dans cer- 
tains villages où un jeune homme qui aurait trompé une jeune fille serait forcé de quitter 
le pays, s'il ne consentait à épouser la jeune fille qui, elle-même, porterait le châtiment de 
sa faute, et dont les parents eux-mêmes ne seraient pas lavés facilement. 

Dans cet ordre d'idées, la Bergère de Courpièrc est une des plus jolies chansons auver- 
gnates. La bergère raconte que, quand elle était petite à garder les moutons, aucun galant 
lie venait la voir; maintenant les garçons lui prennent la main, lui demandent un baiser. A 
chaque couplet reparait le joli refrain : 

Pauvrette, pauvrette, 
Entendu la raison. 

La pauvre fille ne sait comment faire : faut-il dire oui ou non au galant? — Si je dis que 
je l'aime, s'écrie-t-elle naïvement, je l'aurai ici tous les jours. Si je le rebute, je -> perdrai 
mon serviteur-. Que me conseillez-vous? demaude-t-elle à ses amies. 

C'est le refrain qui répond : 

Pain relie , pauvrette , 
Entendez la raison. 



La conclusion est d'un sentiment vague, assez rare dans les chansons populaires. La chanson 
ne dit pas si la bergère accepte les hommages du galant; mais cependant le cœur me semble 
bien pris dans ce couplet final : 

Vous autres jcuucs filles , 
Que me conseillez-vous? 
Les bous enfants sont rares, 
Il ne s'en trouve pas partout. 
Pauvrette, pauvrette, 
Entendez la raison. 

ChAUI'FLNIKV. 



BOURRÉE DE CHAPDES-BEAl FORT 



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BOURRÉE DE GHÀPDES : BEAUFORT. 




Dans l'eau l'poisson frétille, 
Qui l'attrapera, 

Ladéra ; 
Dans l'eau l'poisson frétille. 
Qui l'attrapera? 
Vous , la jeune fille , 
On vous aimera , 
Ladéra, 
Vous , la jeune fille , 
On vous aimera. 



Passant vers la rivière , 
Nous donnant le bras, 

Ladéra , 
Passant vers la rivière , 
Xous donnant le bras, 
Trouvons la meunière , 
Avec nous dansa, 

Ladéra , 
Trouvons la meunière , 
Avec nous dansa. 



Ah ! meunière gentille , 
On t'embrassera, 
Ladéra. 
Ah ! meunière gentille , 
On t'embrassera ; 
Quant aux vieilles filles , 
On les laisse là , 

Ladéra , 
Quant aiiï vieilles filles, 
Ou les laissera. 




■•< 69 >«>. 

QUAND M A 11 ION S'EN VA - T - A L'OU. 




«»< 70 XB» 



QUAND MARIOX S'EN VA-T-A L'OL. 



HHSIQDB RECUEIL I. I K ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR 1. R. VIEKERI.IV. 



Allegretto. 



PIANO. 



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- jou:Dérirou, bali, bal), bah, dc-ri-reltc, Gai, gai, oli gai, gai,dé-ri-ret - te. 



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1 ,■=•• 



Quand Marion s'en va-t-à l'on , 
Quand Marion s'en va-t-à l'on , 
\"c inarche pas, mais rouit toujou' : 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
(■ai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

Ne marche pas , mais court toujou 1 : 
Ne marche pas, mais court toujou' : 
Dans son chemin trouve l'amoii', 
Dérirou, bah, bah, bah dérirette, 
Gai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

Dans son chemin trouve l'amou', 
Dans son chemin trouve l'amou', 
.. Amou-s-amou , embrassons-nous. >■ 
Dérirou, bah, bah, bah dérirette, 
(î ai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

Amou-s-amou , enibrassons-nous , 
Amou-s-amou , embrassons-nous, 
Faisons vite et dépêchons-nous : 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
(îai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

Faisons vite et dépéchons-nous : 
Faisons vite et dépéchons-nous : 
J'ai tant d'ouvrage à la maison' : 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
Gai , gai , oh gai , gai , 

Dérirette. 



J'ai tant d'ouvrage à la maison : 
J'ai tant d'ouvrage à la maison' : 
La pâte est prêt' , le l'eu au fou' ; 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
Gai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

La pâte est prêt', le feu au fou', 
La pâte est prêt', le feu au fou', 
Et mon mari qu'est un jalou'. 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
Gai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

Et mon mari qu'est un jalon' : 
Kl mon mari qu'est un jalou' : 
Que les jaloux fuss'nt des montons 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
Gai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

Que les jaloux fuss'nt des moutons 
Que les jaloux fuss'nt des moutons 

Et moi la bergère de tous : 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
Gai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 

Et moi la bergère de tous , 
Et moi la bergère de tous, 
Je les ferais manger au loup. 
Dérirou , bah , bah , bah dérirette , 
Gai , gai , oh gai , gai , 
Dérirette. 



•**< 72 >o~ 
BOURRÉE D'AMBERT. 

MUSIQUE RECUEIL LIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. V EKERLI.N. 



Allegretto. 



CHANT. 



PIANO. 



m 



mf 



Tu ne l'au ras pas, Ne l'au-ras 




P 



F 





Tu DO 1 "miras |>;is , 
Ne l'auras pas , 
Jeanne ma mie , 



Tu nr l'auras pas , 
Ne l'auras pas , 
l.'rst aux lilas. 



r.iri.. T»[»0|;r«|'li.c llrnii Plo* , ri'e Gftrlne érc , I. 



SAINTONGE, ANGOUMOIS, 

ET PAYS D'AUNIK. 



» 



i, A FEMME DU ROULIER. 
LA p'ïlTE ROSETTE. — LA MAÎTRESs' DU ROI CE AXS. 



La P'tite Rosette et la Femme du roulier feront les frais de cette livraison , deux chansons 
importantes qui ne demandent pas à être expliquées (elles sont assez claires dans leur allure), 
mais qui, éclairées par des commentaires, démontreront par quelles singulières greffes une 
chanson peut s'acclimater dans un pays. 

La P'tite Rosette, publiée en 1856 par M. Castaigne, nie valut d'entrer en correspondance 
avec le bibliothécaire de la ville d' Angoulême , de même que la chanson de la Femme du 
roulier nécessita quelques notes de madame Sand. 

La P'tite Rosette est l'histoire de ces jeunes filles qui se marient ou qu'on marie à des 
vieillards tout à fait décrépits, dont le médecin de l'Empereur disait, en un mot piquant : 
— Sire, à soixante ans, on n'a plus d'enfants, à quatre-vingts ans, on en a toujours. Le 
troisième et le quatrième couplet montrent un poète plein d'observation. Le soir, à la danse : 
- — ^ Ménage bien tes pas, ma p'tite Rosette , dit le vieillard, ne te fatigue pas. » A table, les 
même avis prudents recommencent : — « Mange doucement, ma p'tite Rosette, n'ébrèche 
pas tes dents. n 

Les jarrets du pauvre homme manquent de souplesse ; pour digérer, son médecin lui 
a conseillé de manger lentement et à petits morceaux, il croit qu'il a perdu ses dents pour 
avoir mangé trop vite dans sa jeunesse. Et voilà la p'tite Rosette condamnée à des prudences 
et des pratiques de vieillard. 

Entre le quatrième et le sixième couplet, l'éditeur de la chanson avait jeté une ligne de 
points significatifs pour indiquer qu'il jiassait un couplet de mauvais (jotit. — Encore une 
concession à l'hypocrisie moderne! m'écriais-je un peu trop vivement, dans une « Lettre 
a \l Ampère louchant la poésie populaire publiée par la Revue de Paris (pet. 1853). Et 
j'ajoutai : « Ce couplet, que M. le bibliothécaire d' Angoulême appelle de mauvais goût, est 
certainement d'une franchise et d'une gaieté rustiques, qui, si vous le supprimez, enlève 
tout le caractère de la chanson. - XI, Castaigne, en homme d'esprit, m'envoya aussitôt le 
couplet supprimé, qui n'est pas seulement gaulois et salé, mais d'une crudité grossière 
devant laquelle tous les imprimeurs rougiraient. Autant est délicatement racontée cette pre- 
mière nuit de noces, autant ci' couplet jeté tout à coup au milieu de la chanson était brutal, 
si brutal même (pie je ne saurais l'analjser. On pourrait même certifier qu'il avait été ajouté 
après coup par quelque plaisant de profession, jaloux de montrer son savoir. Aussi répon- 
disse à M. le bibliothécaire d' Angoulême que j'avais parlé trop vite de l'hypocrisie moderne, 

et qu'il avait complètement raison. 

Cette chanson de la P'tite Rosette, que le poète de Monsieur et Madame Denis, Désaugicrs, 
eût admirée, est très-répandue dans les Communes d'Echallat, Dou/.at , Eleurac et Mérignac, 
petits villages de l' Angouinois. Dans beaucoup de provinces le même sujet se présente : en 
10 



74 >«• 



Auvergne , et tout récemment encore un de mes amis m'envoyait, de la Moselle, la clianson 
de la Charmante Mayotte , dont deux couplets montreront la parenté avec la P'tite Rosette : 

Mon père m'y marie 
A l'âge de seize ans, 
M'y donna z' un homme 
De quatre-vingt-dix ans. 

J'ai cherché à m' expliquer comment ces chansons pouvaient se retrouver avec de si grands 
airs de famille dans des provinces si éloignées, car la Lorraine est juste à l'opposé de l'An- 
goumois , et on me l'a expliqué par le surnom des Lorrains , connus depuis longtemps en 
France sous le nom de vendeurs de chansons. — Voilà le vendeur de chansons qui passe ! disent 
les filles en quittant leur ouvrage pour courir après un colporteur, la halle sur le dos, qui con- 
tient des images d'Epinal. C'est un Lorrain qui porte les produits des imprimeries d'Kpinal et 
de Charmes. La P'tite Rosette est sans doute d'allure angoumoise; elle est plus jolie que la 
chanson lorraine. Il en est des chansons comme des médailles surmoulées : c'est la première 
médaille qui a le plus d'angles; les délicatesses des contours se perdent au moulage. Il est 
présumahle que le même Lorrain qui vend de l'imagerie et des chansons, recueille sur son 
chemin des nouveautés, et que la P'tite Rosette, qu'il a entendue dans l'Angoumois, se trans- 
forme dans son esprit en Charmante Mayotte, même qu'elle s'applique non pas à la généralité 
des mariages disproportionnés, mais à un fait particulier de la commune, et que la Maijotte 
existe réellement dans le pays messin. 

La Femme du roulier n'a pas couru tant de provinces. Au contraire, chaque pays semble 
repousser cette dure chanson, que M. Sainte-Beuve, en la communiquant au comité de la 
langue, avait donnée comme du Berry. a Je ne la crois pas herrichonne, m'écrit madame Sand , 
je ne la connaissais pas, i> et c'est une espèce de preuve. En effet, madame Sand connail 
tellement tout ce qui touche à la poésie populaire dans le Berry, qu'elle pouvait donner celte 
raison comme prohanfe. La chanson de la Femme du roulier a été si discutée dans sa 
moralité, qu'elle a prouvé par là sa force. Il est évident que les âmes tendres et les esprits 
dits poétiques en seront choqués; mais j'ai pour garant la commission de la langue du mi- 
nistère de l'instruction publique et des cultes, qui s'est exprimée nettement par la plume de 
M. Ampère: « On peut trouver une certaine moralité dans la chanson de la Femme du rou- 
tier, qui peint rudement l' abrutissement du vin et les suites des mauvais exemples. 

Il reste à expliquer comment cette chanson , rendue populaire à Paris par les artistes , 
appartient à la Saintonge. I n peintre l'avait entendu chanter dans un village des environs de 
Saint-Jean d'Angely; le premier il l'apporta à Paris, et elle fit assez de chemin pour arriver 
jusqu'au comité officiel, qui la trouva assez caractéristique pour entrer dans l'immense choix 
qui se faisait au ministère. Peut-on appeler Chanson populaire de la Saintonge une chanson 
qui y a peut-être été transportée par un étranger, qui ne rend ni les mœurs ni la langue 
d'une prov ince? Certainement non; mais pour populaire, la Femme du roulier l'est d'origine; 
la netteté du langage, la cruauté de ce petit drame saisissant, en font même une des chansons 
les plus curieuses qui existent en France, jointe surtout à l'air lamentable et complainte qui 
se prête au caractère si différant des couplets : mélancolique au début , débauché au milieu , 
lamentable vers le dénoùment, et poussant un cri de révolte an dernier couplet. 

C'est un drame amer dans ses conclusions fatales, où l'innocence est accablée, et c'est 
ce qui en fait le caractère. 

Cimiri i.Fim . 



Il me prit par la main , 
Me mena z'à la danse. 
— Sautez , Mayotte , 
Sautez le petit pas, ma charmante Mayotte , 
Pour moi , je n'en suis pas. 



-o-, 75 



LA FEMME DU ROI LIER. 



MISIQIK R E C D F. 1 L b I K KT TRANSCRITS AVEC PIANO l'.AK i. R. U' E K E R L I N 



CHANT. 



r Allegretto moderato. 



PIANO. 



i k — p 

La pau - vre fem - me C'est la 




*=*; 7(5 >*- 



LA FEMME DU ROULIEK. 



La pauvre femme 
C'est la femme du roulier, 
S'en ira dans tout le pays, 
Et d'auberge en auberge, 
Pour chercher son mari , 

Tireli , 
Avec une lanterne. 

Madam' l'hôtesse, 
Mon mari est-il ici? 
Oui, .Madame, il est là-haut, 
Là, dans la chambre haute. 
Et qui prend ses ébats , 

Tirela , 
Avecque la servante. 

Allons, ivrogne, 
Retourn' voir à ton logis, 
Retourn' voir à ton logis 
Tes enfants sur la paille. 
Tu manges tout ton bien , 

Tirelin , 
Avecque des canailles. 



Madam' l'hôtesse, 
Qu'on m'apporte du bon vin, 
Qu'on m'apporte du bon vin, 
Là , sur la table ronde , 
Pour hoir' jusqu'au matin, 

Tirelin , 
Puisque ma femme gronde. 

La pauvre femme 
S'en retourne à son logis. 
Elle dit à ses enfants : 
Vous n'avez plus de père. 
Je l'ai trouve couché , 

Tirelé , 
Avec une autre mère. 

Kh bien , ma mère , 
Mon père est un libertin , 
Mon père esl un libertin , 
Il se nomme sans gêne , 
Xons sommes ses enfants , 

Tirelan , 
Noos ferons tons de même. 



-*< 77 



LA P'ÏITE ROSETTE. 




\ oici le jour Vf nu 
Où Rosell' s'y marie : 
.\ prend in homme 

De mHtre-riogt-du ans ; 

Lê polit' Rosette 
\ a sortnrnl pas liinze nn.v 



(tu.) 



Via prend pre la main , 
l'Ia mène n l'église ; 

« VoeVto , Rosette , 
Tes amis, les patents? 
Ma petit' Rosette, 
As-tn le tueur contenl .' n 



(bis.) 



LA P'TITE ROSETTE. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. UEkERLIN. 



CHANT. 



PIANO. 



q ^ Âlleqretto. 








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Voi-ci le jour ve- 


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nu Où Rosett' 




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Fin 



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set - te n'a sonnent pas tiinze ans. 



- mit! 



nu. 



Os 



«s< 79 >«*> 



l ia prend pre la main , 
l'Ia mène à la danse : 
« Danse , Rosette , 

Ménage bien les pas , 

Ma petit' Rosette , 
\e te fatigue pas. » 

F la prend pre la main , 
Ma mène à la table : 
u Mange , Rosette , 
Mais mange doucement, 

Ma petit' Rosette , 
N'ébrèche pas tes dénis. 



I'Ia prend pre la main , | 
l'Ia mène en sa chambre : ) 

« Voé-tu , Moselle , 
La chambre et le biô lil , 
Ma petif Rosette , 
Où je pass'rons la nuit? n 

Quand vint sur la minuit, ) 
Le vieillard s'y réveille : ] 
(D'une voix tremblotante .) 
u Dors-tu , Rosette? 
Dormiras-tu frejous? 

Ma petit' Rosette , 
Pensons à nos amous. » 



Quand vint le matin-jour, 
Où Rosett' s'y réveille : 

u Mon Dieu , dit-elle , 
Tii Tarait jamais dit 
Qu'à mon mariage 
J'aris si bein dormit ! » 



«X 80 x» 



LA MAITRES? DL ROI CEANS. 

UDSIQUB RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAMO PAR J. B. U E K E R L I X. 



PIANO. 



Allegretto non troppo. 



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La maitress' du roi cé - ans Qu'a la clef de la chai-net - te, N'cou-pez 



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pas de p'tils morceaux. N'cou-pez que des gros -ses piè-ces: Pour 



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Ai/. 



si 



. -fit-»»- 

Dieu, don -nez -nous du feu, Pour Dieu, don- nez-nous la part , a Dieu! 



Rit. 



Si vous n'vonlez rien donner, 

Ne nous faites pas attendre , 
Car il fait un si grand froid , 
Quv mon camarade eu tremble; 
Pour Dieu , donnez-nous du l'en , 
Pour Dieu, dcmicz-nous la pari à Dieu 1 



Si vous n' louiez rien donner, 
Trois fourchettes , trois fourchetlrs, 
Si vous n'ioulez rien donner, 

Trois fourclielt's dans vol' gosier. 
Pour Dieu, donnez-nous du feu. 

Pour Dieu, donnez-nous la pari ù Dieu! 



l'a r i>, T y fX)f rtpfcll 11 t- il r i Pli»», rur QMTMCltfV , 8. 



FRANCHE-COMTÉ. 



AU BOIS, n S S I G X I. E T . L K S TROIS PRINCESSES. 

PAYSAN, DONn'-MOI TA FILLE. 



La Franche-Comté est une des provinces de France qui ont conservé l'amour des Nocls. 
L'imprimeur Gauthier, qui a compose vers 1730 des Nocls en patois de Besançon, est au 
moins aussi populaire dans cette ville que La Monnoyc à Dijon. Les Nocls de Besançon se 
vendent encore aujourd'hui et se chantent dans les campagnes de la Franche-Comté, parce 
que le paysan, railleur de sa nature, sceptique en tout, excepté en ce qui touche le blé et la 
vigne, retrouve dans ces couplets d'il y a un siècle l'esprit de ses pères. 

Il est impossible de traiter de la poésie populaire franc-comtoise sans parler de ces Nocls, 
dans lesquels il ne faut pas chercher un sentiment religieux très-prononcé. Si les paysans 
vont visiter l'enfant Jésus à la crèche, c'est dans l'intention fortement arrêtée de lui faire 
une petite politesse et de l'engager à compatir à leurs malheurs de laboureurs ou de vignerons. 

Les bousbots ( ainsi appellc-t-on les vignerons dans le patois franc-comtois) craignent tant 
pour leurs vignes et la récolte future qu'ils vont vers l'enfant Jésus. Je n'ose pas dire qu'ils 
n'iraient pas s'ils n'avaient pas de vignes; mais je crois qu'ils courraient grand risque de 
s'attarder au cabaret. Je ne les juge ni ne les condamne : je dis combien j'ai été frappé, à 
la lecture de ces Noëls, par un sentiment tout antre que le sentiment religieux. 

AI. Michelet a jadis écrit une page très-éloquente sur l'adoration que le paysan porte à sa 
terre, comme il va la visiter le dimanche et avec quels yeux attendris il la couve. Quand on 
a la religion de la (erre si profondément, il est difficile d'en pratiquer une autre. 

I) y a des pays où la religion de la terre est moins ancrée ; mais il est à remarquer que 
ce ne sont pas des pays de vignobles. C'est un fait que l'abondance et la chaleur du vin 
produisent des esprits plus rebelles aux lois établies, civiles et religieuses, que dans les pays 
pauvres et incultes. En ceci, le Breton peut servir d'antithèse naturelle au Bourguignon et 
au Franc-Comtois. 

I n de mes amis m'envoie un Noël en patois de Salins qui peut donner une idée du scepti- 
cisme des niOHlagnons des revers du Jura. Le chanteur raconte qu'il est allé frapper h la 
porte de tous les couvents, alors au nombre de dix-sept, pour inviter les religieux à venir 
adorer le joli petit poupon. 

Les cannes sont empêchés par une indigestion qui leur a donné la couraillc. Les corde- 
liers avant de partir veulent encore boire un petit coup, et ils boivent tant de ces petits coups 
qu'il leur est impossible de sortir. Les jésuites refusent de mener leurs écoliers, sous pré- 
texte qu'il y a assez d'un âne à la crèche de Bethlchem. Les capucins envoient deux des 
leurs; mais diverses aventures qui leur arrivent en chemin k cause de leur barbe les 
empêchent d'arriver à temps. 

Cependant le chanteur poursuit sa ronde en ramenant toujours, entre chaque couplet, 
le refrain : 

— Et bon ! bon ! bon ! 
l.r joli petit poupon , 
N'y n-t-il personne pour le voir? 

La conclusion satirique est facile à en tirer : l'enfant Jésus reste seul dans sa crèche! 
Les moines, alors qu'il» étaient les maîtres, se laissaient volontiers chansonner. Le fameux 
11 



•o< 82 >«* 



précepte de Mazarin (qu'ils chantent, ils payeront) les rendait philosophes du côté delà 
raillerie. 

Au bois, rossignolet et les Trois princesses, que nous publions dans cette livraison, 
n'appartiennent point à cet ordre d'idées. Ce sont deux chansons amoureuses qui pourraient 
provenir l'une de la campagne, l'autre de la ville. J'estime que Au bois, rossignolet se 
chantait plutôt chez les paysans , et les Trois princesses, chez les bourgeois plus distingués. 

Mon ami Max Buchon, élevé à l'école d'Auerbach, le romancier allemand, introduisit à 
son exemple des chansons populaires dans ses romans. Au bois, rossignolet parut (sans mu- 
sique) dans une de ses scènes de la Franche-Comté. Une dame de Xeufchâtel, en lisant 
cette chanson, se rappela l'avoir entendue dans sa jeunesse. Et Xeufchâtel est au revers du 
Jura. La chanson avait grimpé et descendu la chaîne de montagnes. En même temps 
une vieille octogénaire de Besançon , en achetant le roman chez un libraire , fut tellement 
impressionnée de retrouver une chanson du pays dont elle ne pouvait soupçonner la valeur, 
que dans la boutique elle se mit à chanter l'air d'une vieille voix chevrotante, « en faisant 
voler ses cotillons » . 

Ces détails, qui seraient puérils en d'autres circonstances, sont très importants lorsqu'il 
s'agit de chansons populaires dont il est important de fixer la localité. M. de La Villemarqné 
ne manque jamais de donner le nom et la profession des gens du peuple à qui il s'est 
adressé pour recueillir des poésies et des airs provinciaux. 

Les sœurs de Courbet, le peintre, chantaient dans le village d'Ornans, illustré à jamais 
par le fameux enterrement qui a provoqué dans l'art une émeute comparable au convoi du 
général Laniarque, les Trois princesses, avec un sentiment de localité si vif que l'origine 
de cette chanson en était garantie franc-comtoise. Je connais deux versions de la musique ; 
j'ai préféré celle qu'en a donnée M. Wekerlin le premier. Le joli vers : 

Vole, mon cœur, vole, 

qui est ici heureusement harmonieux , se retrouve dans quelques pieuses complaintes : 
Une chanson normande commence ainsi : 

• L'autre jour en m'y promenant, 
Mon doux Jésus j'ai rcnconlré; 
Mon cœur, vole, vole, vole, 
Mon co-iir, vole vers les vieux. » 

Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'auteur de la chanson des Trois princesses ail été 
influence' par un Xorl religieux. J'ai remarqué chez beaucoup de Francs-Comtois, à tra- 
vers une apparence d'affirmations brulales et irréligieuses, un mélange de mysticisme dont 
M. P.-J. Prondhon lui-même n est pas exempt. 

Ces deux chansons (Au bois, rossignolet et les Trois princesses ) ne rendent pas encore 
absolument le tempérament franc-comtois. Il faudrait y joindre un Xocl sceptique des villes 
et une chanson de paysans. Dans les villages francs-comtois , on ne chante pas pour ainsi 
dire; on beugle, soit par les rues, soit aux champs, soit à l'auberge. 

Les chanteurs crient tous à l'unisson. Ils ne se doutent pas de l'harmonie et n'ont pas 
le plus léger sentiment de la tierce ni de la basse; mais où le paysan déploie de l'art, c'est 
dans de certains points d'orgue qui ressemblent à la toilette des farauds du village. Les 
femmes nasillent d'une voix traînaille, avec des ehei rolements qui servent de fioritures. 

On ne chante plus guère dans les fromageries, qui sont l'endroit où se tient la xeillée 
l'hiver. Quelques vieilles fileuses ont peul-élre conservé de précieuses chansons populaires 
dans leur mémoire, niais la jeunesse des campagnes se complaît à redire les romances 
de la ville. 

Ciintm.KiRv. 



~»< 83 >«» 



AU BOIS, ROSSIGNOLET. 

MUSIQUE RECUEILLIE F. T TRANSCRIT! AVEC PIANO PAR J. B, U'EKERLIV. 



CHANT. 



PIANO. 













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allant prome- ner (lerer) Le long du grand che - min (lerin), Le long du grand che- 



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Rit. Ten. 



min; Là je m'y endor - mis (le ris) A l'om-(lerom)-bre, Sous (le rou) Un 



X lempo. 




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n ^"-fc^N REFRAIN. 



pin (le rin) : Au bois ros-si-gno - lot (le ret), Au bois ros-si-gno - let. 



/(K. 



9 



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RU. 



AU BOIS, ROSSIGNOLET. 



M'y allant promener (le rcr), 

Le long du grand chemin (le rin), 

Le long du grand chemin; 
Là je m'y endormis (le ris), 
A l'om- (le rom)- 
bre, sous (le rou) 
Un pin (le rin) : 
Au bois , rossignolet 

(le rel), 
Au bois, rossignolet. 



Là je m'y endormis (le ris), 
A l'ombre sous un pin (le rin), 

A l'ombre sous un pin ; 
Quand je me réveillis (le ris), 
Le pin (le rin), 
Liait (le rait). 
Fleuri (le ri) : 
Au bois , rossignolet 

(le ret), 
Au bois , rossignolet. 



Quand je me réveillis (le ris), 
Le pin était fleuri (le ri), 

Le pin élait fleuri ; 
Vit' je pris mon couliau (le riau), 
Un' bran- (le ran)- 
che j'en (le ren) 
Coupis (le ris) : 
Au bois , rossignolet 

(le ret), 
Au bois, rossignolet. 

Vif je pris mon couliau (le riau), 
Un' branche j'en coupis (le ris), 

I n' branche j'en coupis , 
Kl j'en lis un fluliau (le riau), 
Un fia- (le ra)- 
geolet (le rel) 
Aussi (le ri) : 
Au bois , rossignolet 

(le rel), 
Au bois , rossignolet. 

Kl j'en lis un flûtiau (le riau), 
Un flageole! aussi (le ri), 

Un flageolet uussi ; 
Kt m'en allai chantant (le ran). 
Le long (le ron) 



Du grand (le ran) 
Chemin (le rin). 

Au bois , rossignolet 
(le ret), 

Au bois , rossignolet. 



Kt m'en allai chantant (le ran), 
Le long du grand chemin (le rin), 

Le long du grand chemin; 
Or, savez-vous, Messieurs (le riens) 
Ce que (le reu) 
Ma flù- (le rù)- 
te a dit (le rit)? 
Au bois , rossignolet 

(le ret), 
Au bois , rossignolet. 

Or, savez-vous, Messieurs (le rieus) 
Ce que ma flûte a dit (le rit), 

Ce que nia flûte a dit? 
" Ah! qu'il est doux d'aimer (le rcr 
Le fils (le ris) 
De son (le ron) 
Voisin (le rin), 
Au bois , rossignolet 

(le ret), 
Au bois , rossignolet ! n 



Ah! qu'il est doux d'aimer (le rer) 
Le fils de son voisin (le rin), 

Le fils de son voisin ! 
Quand on l'a vu le soir (le roir), 
On le (le re) 
Voit le (le re) 
Malin (le rin) : 
Au bois , rossignolet 

(le rel). 
Au bois , rossignolet. 

Quand on l'a vu le soir (le roir), 
On le voit le matin (le rin), 

Ou le v oit le malin ; 
Ah I qu'il est doux d'aimer (le rer) 
Le fils (le ris) 
De son (le ron) 
Voisin (le rin) ! 
Au bois, rossignolet 

(le ret), 
Au bois, rossignolet. 



•<*■' 85 >&• 




«a* 86 >«» 



LES TROIS PRINCESSES. 

MISIQIE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. R. UEKERLIX. 



CHANT. 



PIANO. 



Allegretto moderato. mf 



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Der-rièr' chez mon pè - re, 



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Vo-le, vo-le, mon cœur vo - le, Y'a un pom mier doux! Tout 

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doux, et iou! Y'a un pom-mier doux. 



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X tempo. 



2 me STROPHE 



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Trois bel - les prin - ces- ses, 



Vo - le , vo - le , mon cœur vo - le , Sont couché's des - sous ! Tout 

A tempo. 



nu /Ts 



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doux, et iou! Sont cou - cM's des - sous. 



87 >e» 



1 1 1 

Çà , dit la première , 
Voir , vole , mon cœur , vole , 
Je crois qu'il l'ail jou' ! 

Tout doux , et iou ! 
Je crois qu'il fait jou' ! 

IV 

(là , dit la seconde , 
Vole, vole, mon ca'iir, vole, 
J'entends le tambou' ! 

Tout doux , et iou ! 
J'entends le tambou'. 

v 

Çà , dit la troisième , 
Vole , vole , mon cœur , vole , 
C'est mon ami doux ! 

Tout doux , et iou ! 
C'est mon ami doux. 



VI 

Il va-(-à la ,'juerre , 
Vole, vole, mon cœur, vole, 
Combattre pour nous ! 

Tout doux , et iou ! 
Combattre pour nous. 

vu 

S'il gagne bataille, 
Vole, lolc, mon cœur, vole, 
Aura mes amou's ! 

Tout doux , et iou ! 
Aura mes amou's. 

VIII 

Qu'il perde ou qu'il gagne , 
Vole, lole, mon cœur, vole, 
Les aura toujou's ! 

Tout doux , et iou ! 
Les aura toujou's. 



■o< 88 X*> 

PAYSAN , DOW -MOI TA FILLE. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITS AVEC Pl.UO PAR I. B. WEKERLIX. 



Allegretto non troppo. Décidé. 



CHANT. 



PIANO. 




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tout! 



Pay-san, donn'-moi ta fil - le, Et voilà tout! Don-ne - la 



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ant Tu m'y ren- 


dras le cœur con- 


lent; Don- 


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- moi , en l'y pri - ant Tu m'y ren-dras le cœur con-tent : El voilà tout! 



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Ma lille rsl trop jeunette, ) ... 

El voilà tout! I ' *' 

Klle est trop jeune eocor d'un an 
Faites l'amour en attendant ; 

Et voilà tout. 



(bis.) 



(bis.) 



L'amour je n'veux plus faire, 
I l voilà tout. 
Garçon qui fait l'amour longtemps j ^ 
Risque fort à perdre son temps, j 
Et voilà tout. 



l'un. Tyi'itdrniihic ll.nii 9%M , ru© Gornnvl.-ir , 11. 



BOURBONNAIS. 



MON l'ÈRE A FAIT BATIR CHATEAU. LA JOLIE FILLE DE LA CARDE. 

derrièr' chez sors. 



Par la danse peut-être plus encore que par la musique, on peut connaître un peuple. Étant 
àCusset, en été, à l'époque du marché aux servantes, je fus particulièrement frappé par les 
danses qui suivirent les engagements du marché ; mais je ne me hasarderais pas à les décrire 
après l'excellent tahleau qu'en a donné Achille Allier, dans son Histoire de l'ancien -Bour- 
bonnais. Le voyageur qui passe ressent, à la vue de certains tableaux, une vive sensation 
qu'il s'efforcera de rendre plus tard, à moins qu'un homme intelligent, qui a pu comparer 
les danses de sa province avec celles de la province voisine, n'en vienne signaler les déli- 
catesses et les variantes, qui ne peuvent être remarquées à première vue. 

u La bourrée va commencer : les garçons et les filles se rangent sur deux longues files 
parallèles, face à face et les bras pendants, comme une recrue à son premier exercice. 
Les filles se laissent prendre les mains et embrasser avec un flegme qui ressemble à de la 
résignation. Après cette indispensable cérémonie, la partie s'engage, la colonne s'ébranle: 
elle est en mouvement. La ligne des garçons s'avance en mesure et la ligne des filles se 
retire de même ; puis la première recule et la seconde vient en suivant ; puis on va à droite , 
puis on va à gauche; voici qu'on est dos à dos, mais l'on se retrouve bien vite face à face 
pour recommencer l'allée et la venue; et dans la mêlée, que de pieds lourdement foulés, 
que de torses qui perdent leur équilibre, ébranlés par le choc, que de coiffures enfin dont 
l'édifice chancelle! Mais rien n'arrête, ni la douleur, ni la fatigue : il faut aller, bon gré, 
mal gré, tant que le cornemusier a du souffle pour enfler son bourdon ; il y aurait déshonneur 
à làchei pied dans cette action où la victoire est aux deux partis. La bourrée bourbonnaise 
a quelque chose de froid et de monotone; elle est plutôt empreinte d'une douce mélancolie 
que d'une vive gaieté. Ses cadences, lentes et simples, sont d'ailleurs parfaitement en har- 
monie avec le tempérament des habitants de nos campagnes. Cette danse , qui manque 
d'énergie, est loin de ressembler à celle qu'on voit dans les montagnes d'Auvergne. Chez 
nos voisins, la bourrée a du mouvement et de la joie : chez eux, tout suit la mesure, les 
bras comme les jambes ; on se regarde de côté, on frappe des pieds, on bat des mains. 
Leur bourrée rappelle quelquefois par sa grâce les danses à caractère du dix-huitième siècle. 
Dans nos bourrées, c'est à peine si la bouche ose sourire; les yeux sont baissés vers la terre, 
et les bras tombent langiiissaminent. On ne se parle pas, on ne se regarde pas , car souvent 
le garçon n'est guère plus hardi que son vis-à-vis : c'est à peine s'il laisse voir sa figure 
hàlée et cachée sous un chapeau à larges bords. Je dois dire pourtant qu'il y a dans la 
bourrée bourbonnaise une décence et une espèce de gravité que je n'ai retrouvées dans les 
danses d'aucun autre pays. » 

Ainsi, de l'ensemble de ces observations sur la bourrée bourbonnaise, il résulte une cer- 
taine délicatesse de gestes peu fréquente dans les branles de campagne. La bourrée peut 
paraître monotone; Achille Allier le dit lui-même, elle ne l'est pas, car une danse simple en 
apparence est compliquée, comme tous les arts simples. Qu'un paysagiste, comme Corot, voie 
la nature d'un œil porté au gris, soyez certain que l'harmonie qu'il obtient dans celte gamine 
sera plus compliquée que celle d'un Delacroix , dont le pinceau se joue avec les tons vert 
et rouge. La bourrée bourbonnaise appartient donc à cette famille de productions délicates, 
légèrement voilées , mélancoliques plutôt que protestantes , qui rappellent les brouillards du 
matin. 

La poésie populaire du pays devait se rattacher à ce même ordre de délicatesses; cepen- 
12 



90 ye* 



dant toutes les chansons du Bourbonnais ne sont point poétiques; il en est une entre autres 
qui peint nettement la demande en mariage des filles : 

— Bonjou don , mère Catherine : 

— Y allons don, père Niconlas. 

— Voulez-vous marier Cath'rinelte , 
A noule garçon que vela? 

Celte chanson n'a que le mérite d'une certaine franchise; je lui préfère le dialogue de 
deux servantes, deux amies du même village, qui l'ont quitté ensemble, se sont retrouvées 
dans le même pays, et craignent d'être séparées pour longtemps, à l'époque de la foire aux 
servantes : 

Oh ! voici la Saint-Jean , ma mic , ma camarade, 
Oh ! voici la Saint-Jean, qu'il faudra nous quitter. 

Qu'il faudra nous en aller. 
Xe t'en saura-t-il pas mal, ma mie, ma camarade, 
Ne t'en saura-t-il pas mal de nous loir quitter, 

De nous voir nous en aller? 

La plus résolue cherche à consoler son amie en lui parlant de gain . 

— Combien veux-tu gagner de plus que l'année passée? 

est un vers significatif. Les beaux habits, les cadeaux , les bouquets, ne suffisent pas à consoler 
la servante, qui, dans le dernier couplet de la chanson, s' écrie mélancoliquement : 

Oh ! nous nous verrons encore par derrière ces grands bois. 
Ces grands bois sont bien hauts, pour faire nos adieux. 
Il faudra donc les raccourcir. 



Mais la chanson qui peint le mieux le Bourbonnais est certainement celle qui a pour titre : 
J'ai fait unr mailrrssc. Beaucoup plus longue que les chansons populaires en général , on 
n'en saurait rien retrancher, et il faut la citer dans tout son développement : 



J'ai fait une maîtresse, 
\ n'y a pas longtemps. 
J'irai la voir dimanche 

Sans plus tarder; 
J'irai la voir, la belle , 

Par amitié. 

Oh! si tu viens dimanche 
Sans plus tarder, 

Je m'y mettrai rose 
Sur un rosier; 

Kt lu n'auras de moi 
\uir amitié. 

Si In te mets rose 

Sur un rosier, 
Je m'y mettrai cueilleu 

Pour le cueiller ; 
El je cueill'rai la rose 

Par amitié. 

Si tu le mets cueilleu 
Pour me cueiller, 

Je m'y mettrai caille 
Courant les champs ; 

Kl lu n'auras de moi 
Nul agrément. 

Si lu le unis caille 
Courant les champs, 

Je m'y mettrai chasseu 
Pour le chasser ; 

Je chasserai la belle 
Par amitié. 



Si tu te mets chasseu , 
Pour me chasser, 

Je m'y mettrai carpe 
Dans un vivier; 

Kt tu n'auras de moi 
\uir amitié. 

Si lu te mets carpe 

Dans un vivier, 
Je m'y mettrai peencu 

Pour te pêcher ; 
Je pécherai la belle 

Par amitié. 

Si lu te mets pécheu 
Pour me pêcher, 

Je m'y mettrai nonne 
Dans un couvent; 

Kt tu n'auras de moi 
Nul agrément. 

Si lu le mets nonne 
Dans un couvent , 

Je m'y mettrai prêcheu 
Pour te prêcher: 

Je prêcherai la belle 
Par amitié. 

Si lu le mets prêcheu 
Pour me prêcher, 

Je m y rendrai malade 
Dedans mon lil ; 

Kl lu n'auras de moi 
Aucun plaisi, 



Si lu le rends malade 

Dedans ton lit , 
Je m'y mettrai xeilleu 

Pour te veiller; 
Je veillerai la belle 

Par amitié. 

Si tu te mets veilleu 

Pour me veiller, 
Je me ferai morte 

Pour un moment; 
Kt tu n'auras de moi 

Nul agrément. 

Si lu te fais morte 
Pour un moment , 

Je m'y mettrai saint Pierre 
Du Paradis ; 

Je n'ouvrirai la porte 
Qu'à mon amie. 

Si lu le mets saint Pierre 

Du Paradis , 
Je m'y mettrai étoile 

Du firmament. 

Kl tu n'auras de moi 
Nul agrément. 

Si lu le mets étoile 

Du lirmament , 
Je m'y rendrai nuage , 

\uage blanc; 
Je couvrirai l'étoile 

Du lirmament. 

Champflii rv. 



««< 91 x>° 

MON PÈRE A FAIT BATIR CHATEAU. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J . H . VV E K E R L I N . 



Antlanlino con ivoto. 



chant. 



PIANO. 



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6 : • 




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MON PÈRE A FAIT BATIR CHATEAU. 



i 

Mon père a fait bâtir château , 
Mon père a fait bâtir château ; 
Sur l'herbette nouvelle , 

Ah! ah! je m'en vais... 
Sur l'herbette nouvelle, 
Sur l'herbette nouvelle. 

il 

L'a fait bâtir sur trois carreaux, 
L'a fait bâtir sur trois carreaux ; 
Sur l'herbette nouvelle, 

Ah ! ah ! je m'en vais. . . 
Sur l'herbette nouvelle. 
Sur l'herbette nouvelle. 

m 

Il est petit , mais il est beau , 
Il est petit, mais il est beau; 
Sur l'herbette nouvelle, 

Ah ! ah ! je m'en vais. . . 
Sur l'herbette nouvelle , 
Sur l'herbette nouvelle. 



IV 

De par-dessus coulant ruisseau , 
De par-dessus coulant ruisseau ; 
Sur l'herbette nouvelle, 

Ah! ah ! je m'en vais... 
Sur l'herbette nouvelle , 
Sur l'herbette nouvelle. 

v 

D'or et d'argent sont les créneaux 
D'or et d'argent sont les créneaux 
Sur l'herbette nouvelle, 

Ah ! ah ! je m'en vais. . . 
Sur l'herbette nouvelle , 
Sur l'herbette nouvelle. 

VI 

Le roi n'en a pas de si beau , 
Le roi n'en a pas de si beau; 
Sur l'herbette nouvelle , 
Ah! ah! je m'en vais... 
Sur l'herbette non ville, 
Sur l'herbette nouvelle. 



*s*< 9-4 >e» 



LA JOLIE FILLE DE LA GARDE. 

M V S I Q l E RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J . B . W E K E R L I X . 



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Andantino con moto. _ „ 










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LA JOLIE FILLE DE LA GARDE. 



An château de la Garde 
Il I a trois belles filles ; 

Au château «le la (îarde 
Il y a trois belles filles; 
Il y eu a un' plus belle que le jour 

Hâte-toi , capitaine , 

Le duc m l'épouser. 



En dedans son jardin , 
Suivi de tout' sa troupe , 
En dedans son jardin , 
Suivi de tout' sa troupe. 
Entre et la prend sur son bon cheval gris , 
Et la conduit en croupe 
Tout droit en son logis. 

Aussitôt arrive*, 
L'hôtesse la regarde : 
Aussitôt arrive', , 
L'hôtesse la regarde : 

- Et's-vons ici par force on par plaisir ? 

— Au château de la Garde 
Trois cavaliers m'ont pris. - 

Dessur ce propos-là , 
Le souper se prépare , 
Dessur ce propos-là, 
I*e souper se préparc : 

- Soupez, la belf, soupez en appétit: 

Hâte-toi , capitaine , 
Voici venir la nuit, i 

Quand l' souper fut fini . 
I .a belle tombe morte , 
Quand l'souper fut fini , 
belle tombe morte, 
KII" tombe morte pour plus ne r' venir : 
Au jardin de son père 
11 nous faut revenir. 

■ Sus , mes bons cavaliers , 
Sonnez de vos trompettes , 
Sus , mes bons cavaliers , 
Sonnez de vos trompettes; 
Ma mie est mort' , sonnez piteusement : 
.Vous allons dans la terre 
l i porter tristement. 



— De nos fols ennemis 

X' est-ce pas l'avant-garde? 
De nos fols ennemis 
\' est-ce pas l'avant-garde"? 
Baissez la hers', et nous nous défendrons: 
Cette tour. Dieu la garde ! 
Point ils ne la prendront. 

— Beau Sire de la Gard' , 
Oiivrcz-i:ous votre porte , 
Beau Sire de la Gard' , 
Ouvrez-nous votre porte : 

Vcf fille est mort' là-bas dans le vallon ; 
l'n serpent l'a mordue 
Dessous son blanc talon. 

• Il nous faut l'enterrer 
Au jardin de son père, 
Il nous faut l'enterrer 
Au jardin de son père, 
Sous des rosiers tout blancs et tout fleuris, 
Pour mieux conduir' son âme 
Tout droit en paradis. - 

Quand ils fur' ut dans l'jardin . 
La belle ressuscite : 

Quand ils fui 'ut dans l'jardin , % 
La belle ressuscite : 
Bonjour, mon père, bonjour ions soit donné 
Bonjour, j'ai fait la morte. 
Pour mon honneur garder. - 

Et quand les rosiers blancs 
Eurent fleuri s nom elles . 
Et quand les rosiers blancs 
Eurent fleures iioui elles : 
i Allons, ma fille, il faut rOOJ marier, r 
Ah ! pam re capitaine , 
l.c due va l'épouser ! 



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PIWO. 



Un poco allegretto. 

" r. % t 



DERRIÈR' CHEZ NOUS. 



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CHANT. 



§P|PlP 



-, -4P* 7 

Derrièr' chez nous il y'a-l-un vert bo- ca - ge, Le ros-si- 




nol il y cliant'toiis les jours; Derrièr' chez nous il y'a-l un % erl bo-ca - ge, Le ros-si- 




k v ^ w r» retenant K ST\ a tempo. 

%. gnol il y chant' tous les jours; Là il y dit en son charmant lan sr^- ge : L< s a-mou • 



mm- 










9 ' ' ' 

m roux sont mal-li 

ne. -j — 


eu-reux ion-. 


H ')—¥— ; 

lours, Les a - mou- 


•eux sont mal-heu-reux ton- 


jours. 












H 



Su l'honl du Cher, il y 'a-t-imc fontaine 
Où sur un Frén' nos deux noms sont taillés; j 
L' temps a détroit nos deux noms sur le Irène... 
Mais dans nos cœurs il les a conserves (bis). 



Le mal d'amour est une rude peine : ) ^ 
Lorsqu'il nous lient, il nonsfaul en mourir; j 
L'herbe des prés, quoique si souveraine... 
L'herbe des prés ne saurait en guérir (bit). 



Par [g, tl|mpi|Wl "tnri l'LOS, rnr OmimMWi *• 



BEAKN. 



BELLE, QUELLE SOUFFRANCE ! PAUVRE BREBIS. 

CANTIQUE CHANTÉ PAR JEANNE D'ALBRET. 



Dans quelques provinces la chanson est un arbre du donc duquel s'élancent deux bran- 
dies principales qui donnent naissance à des branches moins importantes pour se terminer 
par des brindilles sans conséquence. On a la chanson de terroir, la chanson relative aux 
événements guerriers , aux événements religieux , puis la chanson locale ayant trait à un 
village particulier, la chanson de famille, etc. Ce sont des divisions presque aussi bien établies 
qu'en histoire naturelle; mais dans le Béarn la chanson, plus uniforme, a dédaigne toutes 
ces variétés; elle est rarement religieuse, si on en excepte quelques Xoéls sans importance. 
On ne saurait dénier le patriotisme aux Béarnais; mais en étudiant leurs chants, il est 
permis d'affirmer que l'amour tient une grande place dans leur vie. J'ai beaucoup cherché, 
et je n'ai guère trouvé que chansons amoureuses; la mélancolie des cœurs blessés y domine, 
et la mélodie s'en ressent. 

Qui a composé ces belles mélodies dont tout instrumentiste peut s'emparer pour les jeter 
comme un admirable thème en téte d'une fantaisie de violoncelle? Personne n'en a rien 
dit jusqu'ici. Sont-elles parentes du poète Despourrins, qui en a encadré de touchantes 
poésies? J'oserais presque l'affirmer. L'homme qui a composé, il y a plus d'un siècle, des 
poésies encore populaires aujourd'hui, comptait dans sa famille un frère curé, bon musicien, 
et qui devait avoir reçu en naissant une partie du sentiment poétique de l'auteur des chan- 
sons. Il est rare que toute l'intelligence aille se loger dans le corps d'un homme et lui con- 
stitue une sorte de droit d'aînesse intellectuel au détriment de ses frères. Les touchantes 
mélodies que nous publions sous le texte du poète doivent être du curé Despourrins. 

J'éprouve une certaine difficulté à rendre compte de la poésie patoise de Despourrins, 
dont le plus grand charme réside dans la langue. Pétrarque traduit n'est plus Pétrarque. 
Jasmin n'est guère Jasmin que dans sa langue, et je me souviendrai d'avoir entendu 
raconter à feu Castil-Blaze des anecdotes d'une énorme bouffonnerie qui s'envolait dès 
qu'on voulait la traduire en langue française. C'est ce qui fait la force du Xord , moins 
joyeux, moins spontané et moins bruyant, mais plus ferme, plus profond dans ses satires, 
parce qu'il est plus réfléchi. 

lu Napolitain est étourdissant de verve, de comique, de brio. C'est un feu d'artifice; 
ses plaisanteries éclatent aux oreilles comme un pétard : l'homme parti, vous cherchez à 
vous rendre compte de ce que vous avez entendu. 11 ne reste rien. Vous avez été étonné, 
amusé un instant. Au contraire, un mot d'un Anglais reste : il a été dit froidement, avec 
conviction. 

Il n'en est peut-être pas tout à fait ainsi de la poésie de Despourrins ; mais la traduction 
doit lui rendre un très-mauvais service. — lue traduction, me disait une femme d'esprit, 
c est une belle tapisserie vue à l'envers. 

Heureusement il reste, pour colorer les poésies de Despourrins, la mélodie qui en ravi- 
vera les couleurs un peu effacées. Qni a jamais songé à s'inquiéter de la pauvreté de cer- 
taines paroles jetées sous les admirables mélodies de Schubert? M. Crevcl de Charlemagne 
lui-même ne saurait en détruire la poésie : le compositeur esi le réel alchimiste qui commande 
nu plomb de se changer en or. J'ai déjà émis cette opinion, et je ne crains pas de la répéter : 
un vers plat peut faire pleurer quand la phrase musicale le couvre d'un sentiment mélan- 
colique. 

Le poêle Despourrins n'est pas dans ce cas: quoiqu'il ne soit pas compris dans la glorieuse 
pléiade des poêles français, il tiendra toujours son rang en téte de ceux qui auront conservé' 
13 



98 



à ln poésie patoise une position de second ordre. Ses chansons sont restées dans le Béarn : 
tons les paysans les savent par cœur, et comme il a exprimé des sentiments intimes, des 
peines de cœur, des plaintes d'amant abandonné, des reproches d'ingratitude à de belles 
infidèles, toujours ses vers trouveront de l'écho dans le cœur des paysans. 

Le vin a été peu chanté dans le Béarn, et dans un volumineux recueil très-curieux de 
M. Bivarès, je n'ai guère trouve de chansons bachiques que la suivante : 



Ayons du vin , 

D'où qu'il vienne, 
Avons du vin 
Jusqu'au matin. 

Voisin, on dit que tu te maries, 
De cela je suis ravi. 
Si de moi tu ne te méfies, 
Je veux te donner un conseil d'ami 

Ayons du vin , etc. 



Surtout, prends garde à la culotte, 
Que ta femme ne te l'attrape pas; 
Car si une seule fois elle te l'enlève, 
Jamais tu n'y remets le pied. 
Ayons du vin, etc. 

Le conseil d'un méchant mailre 
Quelquefois peut être bon : 
Prends-le pour ce qu'il peut être, 
S'il ne fait pas de bien, il ne fait pas de mal. 
Ayons du vin , etc. 



On le voit . cette chanson est maigrement bachique ; on n'y sont pas ces joyeux buveurs 
nivernais dont maître Adam est le type. J'en veux signaler une autre qui trahit tout à l'ail 
Bacchus en ayant l'air de lui rendre hommage : 

Auparavant que ma vie était douce, 

Je n'avais ni peine ni douleur; 

Je calmais tons les chagrins possibles 
Ai ce un peu de vin de Jurançon. 

J'en buvais mainte bouteille: Maintenant qui Ile différence! 



Il était si bon! Souvent pourtant, 
Comme il me donnait trop sur l'oreille, 
Je prêterais celui de Gan. 



\ in de (îau ni de Jurançon 
Xe peuvent calmer ma souffrance; 
Je ne pense plus qu'à mon amour. 



Tout le caractère du Béarnais est dans cette chanson : plus amoureux de la femme que de 
la bouteille; cependant, un poète du pays a dit justement dans un couplet lestement tourné : 



Faire mention de la vigne 
Beud bonne une chanson, 
Et le nom de la bouteille 
Y va bien; il rend un beau sou. 



D'aise on palpite 

Au souvenir du bouchon; 

Ht si nous disons Jurançon. 

Cela vaut seul une chansonnette. 



En général, l'esprit (la malice, le sel gaulois) ne parait pas ressortir vivement du carac- 
tère béarnais; une certaine langueur amoureuse plutôt semble en être l'essence. Je ne me 
donne pas pour infaillible : n'ayant jamais voyagé dans cette partie de la France, je crains 
de me tromper, quoique dans un ensemble de poésies on doive trouver la connaissance du 
peuple qui les chante. Il y a cependant un autre poëte, Xavasrol , plus gai (pie Dcspouirins : 
il chante l'amourette et ne craint pas de friser la gaillardise, (le n'est ni un mélancolique m 
nu soupirant, ses chansons sont pleines d'allures entreprenantes qui rappellent le rr/7 galand. 

Mon Dieu! quelle galère — D'être monsieur pour faire l'amour! — Auprès de la plus étourdie 
Il perd son temps et ses discours. — Et d'abord avec les demoiselles, — Leurs Heurs et leurs 
fils d'archal, — El leurs cartons et leurs dentelles, — Il n'y en a pas pour le creux d'une dent. 

Celte chanson, libre d'allures, l'ait penser aux amourettes de villes plutôt que de cam- 
pagne. Le galant ressemble à ce type parisien que h' vaudeville a consacre sous le titre d'Un 
monsieur qui suit 1rs femmet. El la femme n'est qu'une sorte de griselle qui ne S émeut 
guère et qui se sert de la réplique comme une soubrette de comédie. — Ma chère, donnez- 
moi deux baisers? — Deux baisers, monsieur, vous avez les vôlrcs. Gardez-les comme moi 
les miens. — Ne vous fâchez pas, dit le galant, ou je vous embrasse lotit un mois. — Un 
mois fait quatre semaines, répond la jeune fille sans s'émouvoir. N'est- CC pas là de I esprit 
de ville? 

ClAMPFLIDHY. 



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BELLE, QUELLE SOUFFRANCE. 

Il r S I (i I R 11 B CC R 11.1,1 R R T T II VN8GR1 X E \ V R G I" I A N P A R I . Il . IV R K R U I, I \ , 



CHWT. 



[/» poco allegretto. P 



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Bel - le, quel-le souf-fran-ce M'a loin* - meii- 



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té? Qu'avec in - dif - fé - ren - ce Tu m'as quit - té! Se peut-il 




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qu'on sou - pi - re Si ten - dre - ment, Et sans ai- mer le di - re Si 



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Si 



iran _ i: r> T.. r.. : ..• . r 



gen - li - ment? Tu ne fai-sais que ri - re De mon tour - ment 



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■«< l()f) se» 



BELLE, QUELLE SOUFFRANCE. 



Belle, quelle souffrance 

.M'a tourmenté! 
Qu'avec indifférence 

Tu m'as quitté ! 
Se peut-il qu'on soupire 

Si tendrement, 
El sans aimer le dire 

Si gentiment ? 
Tu ne faisais que rire 

De mon tourment. 

De ceux qui t'ont charmée, 

Pas un jamais 
Qui t'ait autant aimée 

Que je faisais ! 
Et pour reconnaissance 



Tu m'as trahi ! 
Mais mon mal par l'absence 

Ksi bien guéri. 
Ainsi donc juge et pense 

Ce qu'on m'a dit. 

L'amour le plus sincère 

Ne te l'ait rien ; 
Mais être aussi légère 

Est-ce donc bien? 
Se peut-il qu'on soupire 

Si tendrement , 
El sans aimer le dire 

Si gentiment? 
Tu ne faisais que rire 

De mou tourment. 



PAUVRE BREBIS. 

JIVSIQ l K n K C 1' K I L L I K B I" t BVXSf. RITK l VE C P t A \ i) PS B J . Il . IV B K K B 1. 1 St. 



Anclanlino un poco allegretto. 



niwr. 



pi v\o. 



M* 



Pauvre bre-bis, l'ai- je per-du - e? Hélas! qui me 



console- 



m 



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ra ? 

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Voici dé-jà la nuit ve- nu - e...Ma voix peut-êlre clleenten- 

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- dra 



Î5 



Rc-viens, 



9-]r 



ma bien-ai- nié 



e, Ah! viens calmer ma 



^1 




dccresc. 




petïïV Toi que j'ai sur-nom-mc-c La ché-ri-e de mon cœur. 





-J-ij 



iecresc. 



T 



sLûà 



Quand nous étions dans la prairie, 
Elle venait nie caresser ; 
Gomme elle (Mail la plus chérie, 
J'étais toujours à l'embrasser : 

C'était la plus aimable ; 

Aussi soir et matin , 

Elle avait à l'étable 
Le sel blanc à pleines mains. 



Ml le troupeau béle el chemine 
Elle en était, hélas! l'honneur; 
Quand on voyait sa laine fine, 
On s'écriait : L'heureux pasteur 

Pêcheurs de la rivière , 

Si , la vojant là bas , 

Ramenez à sa mère , 
La pauvrette sur ses pas. 



Echo lointain qui seul répètes 
Le cri plaintif de ma douleur, 
Echo , dis-moi sur quelles crêles 
S'est égaré mou seul bonheur. 
Il n'est coteau ni plaine, 
Montagne ni rocher, 
Qui , sachant telle peine. 
Ne se laisserait toucher. 



104 



CANTIQUE ANTOUNAT PAR JEANNE D'ALBRET 

EN ACCOUCHANT D'HENRI IV. 



Antlanlino. 








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Marcato. 


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CHANT. gravement.) 



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Noms te Da - me deh cnn oVii poun. Ad - jn-dat-mè à d'a-quesl' 

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lio-rc; Pré-gaUaiï Diii deù ceii au'ém boulhe bié de-liiï ra lcù; D'ùmay- 



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- nalqu'emhassie lou dottn : Tout din qu'au haiit deibmountsl'in - plo-rc; Noustc 

















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Da-medetieapdcii poun, ad- jn-dat-mè à d'aqnesl' ho-rc! 




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'jrii. Ti|n(|M|>M>> Henri PlU, MM drandère , H 



POITOU. 



xoi s somi's VKM S VOIS vont. — \.\ v'\i' DÛ MOIS DR MAI. 
c'kst aujourd'hui la foirr. 



Les mariages sont encore de notre ressort; toujours il s'y cliante quelques chansons. Aussi 
faut-il citer quelques usages singuliers du Poitou. 

Avant d'aller à l'église, la mariée attache un ruban à l'épaule de tous les invités, pour 
les marquer. AOn que les sorciers ne lui jettent pas de sort pendant la cérémonie , comme 
ils ont coutume de le faire en ce moment-là, elle met une pièce de monnaie dans son sou- 
lier ; mais , pour rester la maîtresse en ménage , elle tiendra son anneau nuptial au-dessus 
de la seconde phalange. 

Il existe encore en France, même dans les villes de province, des usages aussi singu- 
liers. "Lorsque les deux témoins tiennent le poêle suspendu au-dessus de la tète des époux , 
il en résulte des conséquences graves, suivant que le poêle est baissé du côté du mari ou 
du côté de la femme. S'il est élevé au-dessus de la femme, elle doit devenir maîtresse 
absolue en la maison, et l'homme sera condamné à attacher ses culottes arec des épingles y 
façon de dire populaire qui indique sa ressemblance avec la femme. Au contraire, si le 
poêle touche la tète de la femme et s'élève à un pied au-dessus de celle du mari, elle n'a 
plus qu'à pleurer sa soumission à venir, son attitude dans le ménage, ses regards timides et sa 
déchéance. Généralement, le poêle est tenu par un témoin de la femme, et l'autre bout 
par un témoin de l'homme. On a vu des parentes de la mariée intriguer auprès du témoin 
du mari pour faire que le poêle touche par hasard sa tête; cette coutume existe encore dans 
des villes importantes. 

En Poitou, chacun donne à la mariée un meuble, un ustensile pour son ménage, après 
la messe. On appelle cela F 'offerte. A la fin du dîner, dès que le dessert est servi, deux 
jeunes Clles s'avancent vers elle avec un ménétrier, et lui chantent alternativement un couplet 
d'une longue complainte sur les peines et les soucis du mariage. Dès le début de la chanson, 
la nouvelle mariée pleure; souvent elle se lève et va s'asseoir à l'écart; mais les jeunes filles 
et le ménétrier, après la complainte, vont la chercher pour ouvrir le bal, où elle danse, 
portant un soulier et un sabot. 

Le lendemain, cérémonie du ferrement : un jeune homme se présente, un bonnet de co- 
ton sur la tête et un tablier de maréchal devant lui. Il ferre d'abord les nouveaux époux en 
leur frappant légèrement d'un marteau sous le pied, agit de même avec les autres invités, 
et est ferré à son tour par un autre jeune homme, qui prend sa place. Il faut que chaque- 
jeune homme ferre et soit ferré. 

Lorsque c'est le dernier enfant d'une famille qu'on marie, on brise la vaisselle, et l'on 
jette des noix dùns la salle où a lieu le repas de noces . Le lendemain , promenade du 
traîne -balai. .Après le déjeuner, le cortège se forme; on parcourt le village, et le plus âgé de 
la bande vient derrière, portant un balai au bout d'une perche. 

Lorsque quelqu'un meurt, on allume près de lui trois bougies bénies le jour de la Chan- 
deleur, et on lui en met deux en croix sur la poitrine, en l'ensevelissant. Les bougies de la 
Chandeleur sont conservées religieusement dans les familles . Si le défunt a été parrain , ses 
bras sont levés croisés; s'il ne l'a pas été, ils restent dans leur position naturelle. S'il savait 
lire, on met dans son cercueil son ParoisMin, en même temps que son chapelet. 

Laissons l'enterrement pour la danse qui a été si renommée dans le Poitou , que partout on 
la dansait. Avec le bal de Saintonije , la gavotte , I.- menuet . on ne manquait pas de terminer 



•o< ]()() Xs- 



par le brunie du Poitou; Louis XI s'en faisait donner volontiers le spectaele par les paysans 
pour oublier ses terreurs. 

Les paysans du Poitou chantent au labourage pour exciter leurs bœufs au travail ; ils 
avaient jadis diverses chansons, suivant le mode de labour. Pour le grand labourage, les 
nom» des dix bœufs y figuraient tous : 

Levreft, Voblct, Kouct, 
Hérondet, Tonrnag , Cadel . 
Pigeà , Alarlecheà , 
Tartaret , Dnrct , 

Eh! eh! eh! man megnon ! 

Oh ! oh ! oh ! man valet ! 



Tous noms tirés de la couleur des animaux : ainsi, Tartaret veut dire noir, la couleur du 
noirTartare; Rouet, roux; Dorrt, blond, etc. De tout temps les laboureurs excitaient ainsi 
leurs bestiaux. On en a la preuve dans le Traité de vénerie de Jacques du Fouilloux. (// ado- 
lescence de Jacques du Fouilloux, escuyer, seigneur dudit lieu, en Gastines, pays de Poitou). 
C'était un gai compagnon, grand ami de la chasse, toujours par vaux et par monts, et qui, 
aimant la nature, l'a dépeinte en beaux vers , ce qui ne l'empêchait pas d'aimer la créature. 

Jacques du Fouilloux a poussé l'amour de la réalité jusqu'à donner la notation en plain- 
chant des bergers et des bergères se répondant. Au-dessus de ces notations sont de naïves 
gravures sur bois, dont nous donnons le fac-similé, représentant une bergère conduisant ses 
brebis au champ tout en filant. 

Comme les bergères erodent leurs brebis, comme la bergère respond à sa rompaignr , 
Jacques du Fouilloux a curieusement noté ces cris modulés, qui ne sont pas des chansons : 



Et o lou va-Iet, o lou va-let, Iou va-let, de re lo. 



V oici maintenant la Hesponce de la bergère compaigne. 



Apres qu'elle eut son doux chant achcué, 
D'elle me suys de bien près approché; 
L'entretenant de parollc ioyensc, 
Lny promettant un iour la l'aire heureuse. 



Elle fut prompte a me prcsler l'oreille , 
Son petit Cœur souspiranl a inerncille ; 
Lors la prié dans les genetz nous seoir, 
Entre nous deux se rengea bon vouloir. 



En lisant ces vers, je me suis senti pris d'une v ive admiration pour Jacques du Fouilloux, 
qui, outre son excellente poésie, est le premier qui ait songé à donner la notation d'un chant 
populaire; mais l'aventure entamée avec la bergère veut nue conclusion, et le poète la 
décrite si délicatement, qu'on doit la citer dans son entier. 



Ja le soleil longuement esleuc, 

Le sien chemin auoyt presqu'acheue, 

Lors Cupido nous donna 1 auantage 

Dans le vert boys tout rernply de fiicillagc. 

En un beau lieu feutré d'herbe et de mousse, 

V a despoiiiller des espaules sa trousse : 

Et fism ' v u lict sans plume ne cniiuerlc , 

De douces fleurs, et de fougère verte, 

Puis son bel arc bien tendu destendit, 

En ce beau lieu son gentil corps tendit 



De tout son long, sans point estre contrainte 
Feit son cheuel de la verdure peinte. 
Lors me sentant si très près de la belle, 
Faueur d'Amour me va pousser sur elle : 
Eu ce beau lieu fut faietc louuerïure 
Pour accomplir les osuures de Nature , 
D'vne lanl douée et tant lojale amour, 
Qui ha dure mainte année et maint iour, 
Vioant au boys comme vn très bon hennile, 
Au monde n'ha vi;' plus benedicte. 



Chauppliuri 



«* 107 * 



MOI S SOMM'S VENUS 101 S VOIR. 

Il l g I i.i l K RE C l K [ h L I K K T TRANSCRITE A V I C P I * W PAU J . ». KkKRUV. 



CHANT. 



PIANO. 



i4n'P° wn paro allegretto. 



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Nous somm's venus vous 



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voir, Ma très - chèr' ca-ma - ra - de, Nous somm's ve -nus vous 







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NOUS SOMM'S VENUS TOUS VOIR. 



.Vous soimn's venus vous voir. 
Ma très-chèr' camarade , 
\ons somm's venus vous voir 
Dans vot' nouveau ménage ; 
Où est-il , bell' , voire époux ? 
Est-il si beau que cous? 



Il n'est pas aussi beau, 

Mais il est aussi sage ; 

Il n'est pas aussi beau , 

Mais il est aussi sage; 

Il a des agréments 

Qui rend'nt mon cœur content. 

Vous voilà-t-un bouquet, 
I n bouquet de fruitage; 
lous voilà-t-un bouquet, 
In bouquet de fruitage; 
Xons vous le présentons , 
Payez-nous la rançon. 

Qnell' rançon vous faut-il , 

Mes belles jeunes filles? 
Qnell' rançon vous faut-il , 
Plus qu'à les autres filles? 
— Un gâteau de six blancs , 
Six aunes de rubans. — 

l n gâteau de six blancs , 
Cela n'est pas grand' chose ; 
l n gâteau de six blancs , 
Cela n'est pas grand' chose , 
Un gâteau de six sous , 
La livre est tout autour. 

I.e lendemain malin , 
Quand vous serez le\ éc . 
Mettez sur votre sein , 

Un bouquet de pensées, 

Aux quatre coins du lit 
l n bouquet de soucis. 



V ous ne l'aviez point dit , 
Ma belle jeune dame , 
Vous ne l'aviez point dit, 
Ma belle jeune dame . 
Que vous seriez sitôt 
Dedans le conjungo. 

A la fin de l'été , 
L'amour m'a bien trompée 
A la fin de l'été, 
L'amour m'a bien trompée 
Si vous aviez d's'amants, 
Belle, en feriez autant. 

Vous n'irez plus au bal. 
Ma très-chèr' camarade ; 
Vous n'irez plus au bal, 
Au bal , ni aux ballades ; 
Vous gard iez la maison, 
Tandis que nous irons. 

Itnssignolel des bois , 
Qui chante au vert bocage. 
Quand il a des petits , 
Il change de langage ; 
Ai anf qu'il soit un an , 
Mclle , en ferez autant . 

.Vous irons bien vous \oir. 
Ma belle jeune dame ; 
Vous irons bien vous voir, 
Dans lot' nouveau ménage 
Vous y f'rons collation , 
Adieu ! pain' Jeannelon ! 



LE CHANT ET HUCHEMENT DES BERGÈRES. 




o< lio 



LA V'NU' 1)1 MOIS DE MAI. 

II 1 S 1 o I I B R C U K I L h I K I T T R A If S G IL] 1 1 A V K C PIANO PAR J . U . U EKBBLIN. 



Un poco allegretto 



PIANO. 




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Chant. 



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La mai-tress' 



de cé-ans, 



Vous qui a 



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Decres . 



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des iil - - les , Fai - tes - les 



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ver, Promplement qu*ell's 



s'ha - bil - lent. Vers ell's nous venons 




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à ce ma - Un frais Chan - ter la v'nu' du mois de mai. 



-III 



LA V'NU' 1)1 MOIS DE M A I. 



La maîtress' de céans . 
Vous (|ui avez des filles , 
Faites-les se lever, 
Promptemenl qu'eU's s'habillenl : 
Vers cil s nous venons à ce matin frais, 
Chanter la v'nu' du mois «le mai. 



Entre vous , braves gens, 
Qu'avez des bœufs, des vailles, 
Levez-vous d'bon malin, 
Allez aux pâturages, 
Ell's vous donn'ront du beurre, aussi du lait, 
A l'arrivé' du mois de mai. 

Entre vous, jeunes (ili's, 
Qu'avez de la volaille , 
Mettez la main au nid , 
N'apportez pas la paille, 
Apportez-nous-en dix-huit ou bien vingt , 
Mais n'apportez pas les couvains. 

Si voulez nous donner, 
Ne nous lait' s pas attendre , 
Nous avons encor loin ; 
Le point du jour avance , 
Donnez-nous vit' des œufs ou de l'argent , 
Et rein oyez-nous promptement. 



Si tl'voulez rien donner, 
Donnez-nous la servante ; 
Le porteur de panier 
Est tout prêt à la prendre; 
Il n'en a point, il en voudrait pourtant 
A l'arrivé' du doux printemps, 

Si vous donnez des œufs , 
Nous prierons pour la poule ; 
Si vous donnez dT argent, ~ 
Nous prierons pour la bourse; 
Nous prierons Dieu , aussi saint Nicolas , 
Que la poul' mange le renard. 



En vous remerciant , 
Le présent est honnête; 
Retournez vous coucher, 
Haïrez port' s et fenêtres; 
Pour nous, j'allons toute la nuit chantant, 
A l'arrivé' du doux printemps. 



1 I 2 



C'EST AUJOURD'HUI LA FOIRE. 

U U SI Q (J K R K C T E I M. 1 F. K T TRANSCRITE A V K C P I A X O PAR J. R . W K KK RI. IH. 



CHANT. 



PIANO. 



Allegretto 




I 



-ii-S- 



à 



à 



=1 b — — * — ✓ V ' I 

foi - re, C'est au - jourd'hui la foi 



rc, La foire à Mail - le - 



*_Y . j-.—* - #■ — my 


rs-a-H-] 






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/> r /!»iir. 




C'est aujourd'hui la foire, (bis.) 
La foire à .Maille/ais. (/;/«.) 



Viens-y, belle mignonne, 


(bis.) 


Tout en mangeant la fouace. 


(bis.) 


Que j'aille l'y chercher. 


(bis.) 


La belle en a eu soif. 


(bis.) 


La bell' s'esl bien (rou\ éc 


(bis.) 


Où boire, se dit-elle? 


(bis.) 


Dans le rang des fouaeiers. 


(bis.) 


N'avons rien apporté. 


(bis.) 


Que fais-lu là, mignonne, 


(bis.) 


Vavons pour cela faire,' 


(bis.) 


Dans le rang des fouaeiers? 


(bis.) 


\i lass' ni |)ol à lail. 


(bis.) 


Mais j'achète une fouace, 


(bis.) 


Itois dans ma main, mignonne. 


(bis.) 


Jean viendra la manger. 


(bis.) 


Ma main qui t'appartient . 


(bis.) 



Plrii TfpOfMtyMl llVmi l'un, ruv t^mmc < ; n* , **. 



TOUR AINE, MAINE ET PERCHE. 



LA VERDI, LA VBRDON. — LA VIOLETTE. SU l' POXT DO NORD. 



On a coutume dans le bas Maine de battre les blés sitôt la moisson faite. Aussi l'armée 
des chouans se trouva-t-elle fort amoindrie quand arriva l'époque de la moisson. Beaucoup 
de fermiers avaient envoyé leurs fils et leurs serviteurs combattre contre les bleus; mais à 
l'approche de la moisson, se rappelant la fameuse féte de la Gerbe, ils auraient déserté, si 
on ne leur avait pas accordé la permission de retourner au village. 

La fête de la Gerbe est commune à divers pays; madame Sand l'a mise à la scène dans 
un de ses drames, et la république de 1789 nous a laissé des gravures fort curieuses sur les 
têtes de l'agriculture, qu'on peut voir dans l'œuvre de Duplessis-Bertaux. 

Dans le bas Maine , une gerbe ornée de fleurs et de rubans est attachée par des liens invi- 
sibles à un piquet enfoncé en terre. On court chercher le fermier et la fermière, afin de les 
prier d'aider à soulever cette gerbe si lourde. A force d'efforts les liens sont arrachés. 
\'est-ce pas un symbole des difficultés de l'agriculture? La gerbe est portée en triomphe, 
accompagnée de chanteurs, pendant que deux hommes, armés de balais, répandent des 
nuages de poussière sur les chemins. Les enfants suivent en portant des épis de blé. Une 
place était réservée aux étrangers de passage, qui avaient droit à un bouquet de fleurs des 
champs offert par les jeunes filles sur un plat d'étain. Le vanneur marchait à la suite en faisant 
voler le blé en l'air ; les batteurs frappaient en cadence la terre avec leurs fléaux ; après avoir 
fait le tour de l'aire, la gerbe était déliée et étendue, les coups de fusil éclataient. Sur une 
chaise parée de linge blanc se trouvaient une miche de fine fleur de froment, une pelote de 
beurre, du vin, afin que chacun pût boire à sa suffisance. Le soir, c'étaient d'excellents fro- 
mages de lait caillé que les voisines apportaient en cadeaux aux batteurs. Le laitage servi, 
cinq jeunes garçons et jeunes filles apportaient un bouquet à tous les convives, mais en ne 
manquant pas de les brosser et épousseter vigoureusement des pieds à la tête. Chaque 
homme, sous le prétexte d'avaler une cuillerée de lait caillé offert par une jeune fille, en avait 
le visage et les habits barbouillés. C'est alors que commençait la chanson des moissonneurs. 

Voilà la Saint-Jean passée , 
Le mois d'août en approchant, 
Où tons garçons des villages 
S'en vont la gerbe battant. 
Ho! batteux , battons la gerbe, 
Compagnons, joyeusement! 

Par un malin je me lève 
Avec le soleil levant; 
Là, j'entre dedans une aire, 
Tons les batteux sont dedans. 
Ho ! batteux , etc. 

Je sain' la compagnie, 
Les maîtres et les suivants; 
IL étaient bien vingt ou trente, 
N'cst-c' pas un beau régiment? 
Ho! batteux, etc. 

Je sain' la jolie dame 
Et tous 1rs petits enfants; 
Et dans ce jardin-là j'entre 
Par une porte d'argent. 
Ho! batteux, etc. 

Vlà des bouquets qu'on apporte 
Chacun va se fleurissant ; 
A mon chapeau je n'attache 
Que la simple tlcur des champs 
Ho ! batteux , etc. 

15 



Mais je vois la giroflée 
Qui fleurit, et rouge et blanc; 
J'en veux choisir une branche : 
Pour ma mic c'est un présent. 
Ho ! batteux , etc. 

Dans la peine, dans l'ouvrage, 
Dans les divertissements, 
Je n' oubli' jamais ma mic; 
C'est ma pensée en tout temps. 
Ho ! batteux , etc. 

Ma mi' reçoit de mes lettres 
Par l'alouette des champs, 
Clle m'envoie les siennes 
Par le rossignol chantant. 
Ho ! batteux , etc. 

Sans savoir lir' ni écrire, 
Nous lisons c'qui est dedans. 
Il y a dedans ces lettres : 
Aime-moi, je t'aime tant! 
Ho ! batteux , etc. 

Viendra le jour de la noce, 
Travaillons en attendant; 
Devers la Toussaint prochaine 
J'aurai tout contentement. 
Ho! batteux, ballons la gerbe, 
Couipauuons , joyeusement. 



114 >«< 

Je n'ai pas besoin d'insister sur le charme des derniers couplets; malheureusement je 
n'ai pu m'en procurer la musique. Les paysans du bas Maine ont toujours beaucoup chanté; 
on connaît dans le pays des chansons pour les différentes époques de la vie et les travaux 
importants. Les jeunes filles, en revenant des champs, chantaient en chœur aux approches de 
la ferme : 

Maîtresse , apprêtez à souper : 
Seules les bois nous faut passer, 
Il est bien temps de s'en aller. 
Comment les passcrai-je, les bois? 
Seulctte je m'en vas, etc. 

La fameuse chanson de la mariée se chante également dans le Maine ; elle offre tant de 
variantes, paroles, musique, quoique l'idée soit la même, que je ne citerai que les deux 
derniers vers du premier couplet, que chacun répétait en chœur à la fin. Il s'agit du mari. 

il doit être, qu'il soit! 
Qu'il soit tout comme il doit! 

La règle inflexible du mariage est nettement indiquée dans ces deux vers significatifs. 

Au Mans et dans les environs, l'arrivée de Noël était chantée plusieurs jours auparavant 
par le refrain : Xo! Xo! Les antiquaires y voient des souvenirs celtiques; je ne m'aventu- 
rerai pas à les suivre sur ce terrain. Dans les environs du Mans, les moissonneurs chantaient 
des couplets en l'honneur des blés : 

Au bois , joli bois. 
Oh! je m'en vas! 

Ces chansons, où la chaleur du jour est accusée avec de grands détails, avaient pour but 
de pousser le fermier à donner la clef de sa cave pour rafraîchir le gosier des laboureurs. 

La Touraine, dont nous publions trois chansons, n'est pas si riche en coutumes populaires. 
Je n'ai rien trouvé de particulier aux Tourangeaux (par Tourangeaux, j'entends les gens de 
Loches, de Chàteau-Chinon , d'Amboise, de Tours, etc.) Je ne parlerai pas de la Violette ni 
de la chanson La verdi, la rerdon; elles ont été envoyées du pays même par des personnes 
qui s'intéressent à ces mélodies; mais on s'étonnera peut-être qu'une chanson intitulée : Su 

l' pont du Xord , provienne de la Touraine. M. Wekcrlin l'a notée lui-même chez M. T 

à Rosières, pendant que deux petites filles la chantaient. 

Le l'ont du Xord est, dans L'esprit des chanteurs populaires, presque aussi célèbre que 
le fameux Pont d' Avignon, sur lequel tout le inonde n'a pas passé, mais que tout le monde 
a chanté. Où se trouve ce fameux pont du Xord? On n'en sait rien; il appartient à la 
géographie des chanteurs qui ne savent pas un mot de géographie. C'est une ronde enfantine 
comme le Pont d'Avignon, et il faut croire que les ponts ont une singulière influence sur 
l'imagination des enfants, puisqu en Suisse même on chante le Pont d'Avignon, et que les 
enfants des enfants de nos enfants iront voir jouer aux ombres chinoises le Pont cassé. 



CiuurPLiuRi . 



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LA VERDI, LA VERDON. 

M r s ! y 1 K R K C l R IL L 1 R E T T It 1 N S <: Il I T E A V E C P 1 S N I' * R J. R< U R K K II LIN. 



CHANT. 



PIANO. 



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Ah! si j'a-vais un sou tout rond, Ah! 





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si j'a-vais un sou tout rond, J'a-chè-te - rais un blanc mou- 




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ton, La ver-di, la ver-don, Et iou - pe, sau-tez donc, la ver-don. 
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J'a - chè-te- rais un blanc mou -ton, J'a 



- chè - te - rais un blanc mou -ton, Je le ton-drais à la sai 









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son; La ver-di, la ver-don, Et iou - pe, sau-tez donc, la ver-don. 



LA YERDI, LA YERDOX. 



Ali! si j'avais un sou tout rond, 
Ah! si j'avais un sou tout rond, 
J'achèterais un blanc mouton, 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe , sautez donc, la verdon. 

J'achèterais un blanc mouton, 
J'achèterais un blanc mouton , 
Je le tondrais à la saison , 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

Je le tondrais à la saison , 
Je le tondrais à la saison , 
J' l' égaillerais 1 sur un buisson, 
La verdi , la verdon , 
El ioupe, sautez donc, la verdon. 

JT égaillerais sur un buisson, 
JTégaillerais sur un buisson. 
Par ici pass'nt trois grands fripons , 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

Par ici pass'nt trois grands fripons, 
Par ici pass'nt trois grands fripons, 
Z'j m'ont emporté ma toison, 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

Z'y m'ont emporté ma toison , 
Z'y m'ont emporté ma toison. 
J'courus après jusqu'à Lyon , 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 



J'courus après jusqu'à Lyon, 
J'courus après jusqu'à Lyon. 
— Messieurs, rendez-m'y ma toison, 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

Messieurs, rendez-m'y ma toison, 
Messieurs, rendez-m'y ma toison, 
C'est pour m'y faire un cotillon , 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

C'est pour m'y faire un cotillon, 
C'est pour m'y faire un cotillon, 
Z'à mon mari un eaneçon , 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

Z'à mon mari un eaneçon, 
Z'à mon mari un eaneçon , 
Z'à mes filles des bonnets ronds, 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

Z'à mes filles des bonnets ronds, 
Z'à mes filles des bonnets ronds; 
J'en r'venderai les retaillons, 
La verdi , la verdon , 
Et ioupe, sautez donc, la verdon. 

J'en r'venderai les retaillons, 
J'en r'venderai les retaillons, 
Ça's'ra pour payer la façon , 
La verdi , la v erdon . 
El ioupe, sautez donc, la verdon. 



1 Egailler, lécher. 



LA VIOLETTE. 




Ce sera Rossignolette 
Qui pour moi fera cela. 
La violette double, double. 
La riolelte doublera. 
La violeite double, double, 
La violette doublera. 



«s* 11S >*» 



LA VIOLETTE. 

HCSIQUE RI CUEILLIE K T T R A X S C U I T K AVEU PIANO PAR J. B. WKKERL1.X. 



CHANT. 



PIANO. 



a Allegretto moderato. 



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J'ai un grand voy - âge à fai-re, Je ne 
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La vio - let-te dou-ble double, La vio - let-le dou-bl 



moi fe - ra ce - la. La vio - let-te 



vio - let-le dou-ble- 

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ra; La vio -let-te dou-ble dou-ble, La vio -lot- te dou-ble - ra. 



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Rossignol prend su v olée , 
Au palais d'amour s'en v a ; 
Rossignol prend sa » olée , 
Au palais d'amour s'en va ; 
Trouva la porte fermée , 
Par la Fenêtre il entra. 
La violette double, double, 
La violette doublera. 
La violette double, double, 
La violette doublera. 



Bonjour l'une, bonjour l'autre 
Bonjour, belle que voilà ; 
Bonjour l'une, bonjour l'autr< 
Bonjour, belle que voilà ; 
C'est votre amant qui demand 
Que vous ne l'oubliez pas. 
La violette double, double, 
La violette doublera. 
La violette double , double , 
La violette doublera. 



Quoi! mou amant me demande 

Que je ne l'oublie pas? 

Quoi ! mon amant me demande 

Que je ne l'oublie pas? 

J'en ai oublié tant d'autres, 

J'oublierai bien celui-là. 

La violette double , double , 

La violette doublera. 

La violette double, double, 

La violette doublera. 



«s* 120 



SU L' PONT DU XORD'. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. U'EKERLIX. 



CHANT. 



PIANO. 



Allegretto moderato. 




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Su l'pont du Nord 



bal y est don -né, Su l'pont du 




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Nord 



bal y est don - né. 



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pr.oci.nÉ A. CUIUISR. 



Su 1' pont du Xord un bal y est donné, (bis.) 

Adèï demande à sa mer' d'y aller. (&**•) 

KoB, non, ma fill', tu n'iras pas danser, (bit.) 

EU' monte en haut, e( se mit à pleurer. (bis.) 

•Son frère arriv' dans un joli bateau. (bis.) 
Ma scpur, ma Bœnr,qa' as-tu donc à pleurer? {bis.) 

Maman n'veut pas que j'aille voir danser, (bis.) 



Mets la rob' blanche el la eeinlur' dorée, (bis. 

Les s'Ià parfis dans un joli bateau. (bis. 

KM' fil deux pas , el la voilà noyée. (bis. 

Il fil quai' pas, et le voilà noyé. (bis. 

La mèr' demand' pourquoi la cloche tinte, (bis. 

C'est pour Adèle et voire fils aîné. (bis. 

Voilà le sort des enfants oslinés. (bis. 



1 Colle chanson M chanU à Paris dans 1rs pensionnats de petites filles. 



l'iris. Typographie IU-nri I'lof, rue GMMflMlf. , S. 



NIVERNAIS. 



lorsque j'étais petite. — quand j'étais vbrs chez mon" pèp.e. 
/étions trois capitaines. 



M. Dupin, qui on matière de poésie ne saurait être accusé d'enthousiasme, a cependant 
compris le charme de la poésie populaire, lorsqu'il dit dans son livre du Morvan, en parlant 
des paysans: « Ces voix, répétées dans les montagnes, ne sont pas sans harmonie. Les 
hommes, en revenant du travail, surtout le soir quand ils sont attardés, font entendre des 
chansons d'amour assez plaisantes pour qui peut en saisir les paroles et en démêler le sens. » 

De quelles chansons M. Dupiu entendait-il parler? Est-ce du refrain suivant? 

Tes ruhans barivolanls, 

Belle Rose, 
Tes rubans baril olants, 
Belle Rose, au rosier blanc. 

ou de celui-ci : 

Quand ell's sont gentes , 
Réveillons-les donc ceux filles; 
Quand ell's sont petites 1 , 
Laissons-les dormir. 

ou de cet autre qui termine une bourrée nivernaise : 

Aile a les yeux ben terluisnnt 
Tout comme deux pierres à gui amant - , 
Si ben que l'écarlate , 
Qu'est un rouge ben fin , 
N'est que d'Ia couleur lartc 
Auprès de son biau teint . 

Rien de plus nivernichon que ces fragments de chansons, curieux comme des morceaux 
de bas-reliefs de Phidias, non pas au même titre certainement. On sourira peut-être de ma 
comparaison, l'art grec dans toute sa splendeur mis en regard de trois couplets incomplets 
de Mortandiaux ; mais il n'y a rien d'inutile dans les manifestations humaines, qu'elles 
parlent de la civilisation antique ou de la sauvagerie de paysans obscurs. L'art a des degrés : 
la première marche d'un escalier est aussi utile que la dernière, et sans les assises souter- 
raines des fondations, l'escalier n'existerait pas. Combien de poètes ont profité de ces 
manifestations poétiques des gens du peuple? Dans le premier fragment, qui se termine : 
u tes rubans barholants , belle Rose, au rosier blanc, « je vois une influence des villes , 
quand bien même le rosier blanc ne s'y retrouverait pas. Ce rosier blanc existe partout, il a 
poussé dans tontes les terres, il a répandu sa douce odeur sur le sein de plus d'une belle. 
On pourrait affirmer que ce couplet est de la plaine, tandis que le dernier fragment est de 
la montayne, quoiqu'il ait l'accent sauvage d'un homme dont les yeux sont habituellement 
frappés par les choses de la nature. Cette fille qui a les yeux- bien terluisanl, brillants comme 
des pierres à diamant, si élincelants que Yccarlate u qu'est un rouge bien fin, a n'est que 
de la couleur terte, à coté de son beau teint! Tout homme qui a le sentiment de la couleur 
brillante et intense, sera frappé de la richesse des images qu'a employées le poète populaire 
pour peindre le teint de sa belle, et je ne doute pas que l'écrivain d'aujourd'hui qui a su le 
mieux rendre par des mots les tons de la palette, Théophile Gautier, D'admiré uieimnt ce 
couplet sauvage. 

1 Peule , laide. 

■ Guiamant , diamant. 

16 



Ayant cherché à expliquer mon audace de comparaison , je reviens plus volontiers aux 
mœurs. Les femmes du Morvan portent habituellement le eorset, la jupe et le tablier, un 
fichu autour du cou, et sur la tète une (loi lotte garnie de blonde noire commune. Une limousine 
on une capuche à collet rabattu les protègent contre le froid ; mais les jours de fêtes, ainsi que 
presque toutes les paysannes des montagnes, elles se lancent dans des toilettes que rien n'ar- 
rête : plus d'esprit d'économie, plus d'esprit intéressé. Tout s'en va en rubans, en coiffage, etc. 
Le chansonnier a trouvé sa pâture dans ce « luxe effréné ■ , comme on dit dans les villes : 

C'est les filles de Château-Chinon , 
Les petites Morvandelles, 
Oui ont vendu leur cotte et cotillon 
Pour avoir des dentelles. 

Il en est ainsi dans beaucoup de pays : les dentelles des femmes mangent une partie du 
travail de l'année; en Bresse, en Auvergne, j'ai été frappé de l'élégante profusion de den- 
telles enroulées ou pendues aux chapeaux des femmes. 11 en est de même eu Normandie; 
mais la dentelle chez les Normandes semble toute naturelle. Les femmes sont grandes et 
belles, le pays est riche, les prés plantureux: tout est fête el verdure. On comprend que 
les femmes se fassent belles; mais la dentelle dans des pays de montagnes, au milieu des 
tourmentes volcaniques, me paraissait toujours une singulière antithèse. 

Ce même Château-Chinon a donné naissance à un dicton populaire qui dépasse l'orgueil 
des Marseillais eux-mêmes. 

Prix pour prix , 
Château-Chinon vaut bien Paris. 
Maison pour maison , 
Paris vaut moins (pie Château-Chinon. 

C'est sur le Nivernais qu'il faudrait tenter un travail dont il n'existe encore aucune racine - 
de la poésie relative à la faïence. Le patouillot de Xevers 1 a toujours été enthousiaste de 
la poésie; il en met partout, dans les assiettes à soupe, sur les gourdes en faïence, où le 
vers s'enroule en caprices bizarres autour des flancs arrondis, se mêlant aux personnages, 
se moquant d'être brisé, employant le trait d'union, commençant sur une face pour se 
terminer sur l'autre. Le patouillot de Xevers emploie tous les arts, la forme sculptée, le 
dessin, le coloris et la poésie pour mieux traduire sa pensée. Je ne répondrais pas qu'au- 
jourd'hui le patouillot ait la verve de maître Adam, mais il lui reste encore un arrière-goût 
de poésie un peu trop proche parent des poètes de la rue des Lombards. J'ai rapporté de 
Xevers une assiette à soupe peinte (1858) où se Kt ce distique : 

Le sévère Calon 
Buvait fort bien, dit-on. 

Les paysans ont conservé un sentiment plus vif de la chanson. J'ètions trois capitaines. 
Quand j'étais vers chez mon père, et Lorsque j'étais petite, donneront Dite idée suffisante des 
chansons du Nivernais, plus particulièrement du Morvan. Les mille variétés d'amour sont 
dépeintes dans ces chansons, et je ne peu m' empêcher de penser à Marivaux, à ses déli- 
catesses infinies, à ses tendres variations sur la chanterelle du cœur, en relisant J'ètions 
trois capitaines, dont le début est celui de toutes les chansons, mais dont le dénoùinent 
est plein de scepticisme amoureux. Ce beau capitaine qui s'en va à la guerre et qui promet 
à sa belle de lui être toujours fidèle, à peine arrivé en pays étranger, il en aime une autre. 
Nos romances nous ont habitués à des attendrissements de la part de l'abandonnée. — J'ai 
'bien d'autres amants qui me donnent plus d'agréments , s'écrie la délaissée; et voilà un 
vrai mot naturel, un de ces aveux francs que seule la chanson populaire peut oser. A 
trompeur trompé. C'est dans les proverbes et les chansons qu'on voit l'homme dans toute 
la nudité de ses sentiments. 

ClMXII'FLELRY. 

1 PalonOlot, faïencier, homme qui paiouilk île la terre glaise. 



123 



LORSQUE J'ETAIS PETITE. 



MlSItflK KICUCILLIB KT THIXSCRITK AVEC 1 1 A X PAR J. B. WKKBRLI 



CHANT. 



PIANO. 



Allegretto moderato. 



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son, Ver-du-ron, ver-du - ri - net - te , Pour cueillir du cres - son. 
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LORSQUE J'ÉTAIS PETITE. 



Lorsque j'étais petite, seulette à la maison, 

On m'envoyait souvent pour cueillir du cresson, 

Verdaron, vcrtlurinetlc, pour cueillir du cresson. 

On m'envoyait souvent pour cueillir du cresson : 
La fontaine était creuse , je suis tombée au fond , 
Verduron, verdurinette , je suis tombée au fond. 

La fontaine était creuse, je suis tombée au fond: 
Sur le chemin passent trois cavaliers barons , 
Verduron, verdurinette, trois cavaliers barons. 

Sur le chemin y passent trois cavaliers barons : 

Que donn'rez-vous, la bell', pour vous tirer du fond? 

Verdaron, verdurinette, pour vous tirer du fond? 

Que donn'rez-vous, la belle, pour vous tirer du fond? 

— Ah! tirez-moi, dit-elle, et puis nous marchand' ions ; 
Verduron, verdurinette, et puis nous marchand' rons. 

Ah! tirez-moi, dit-elle, et puis nous marchand' rons. — 
Quand la bell' fut tiré', s'en fut à la maison, 
\erduron, verdurinette , s'en fut à la maison. 

Quand la bell' fut tirée, s'en fut à la maison; 
Met la tète en fenêtre et chante une chanson , 
Verduron, verdurinette, et chante une chanson. 

Met la tête en fenêtre et chante une chanson. 

— Ce n'est pas ça, la bell' , que nous vous demandons, 
Verduron , verdurinette , que nous vous demandons. 

Ce n'est pas ça, la belle, que nous vous demandons; 
C'est vos amours, la bell', si nous les méritons, 
Verduron , verdurinette , si nous les méritons. 

C'est vos amours, la bell', si nous les méritons. 

— De mes amours, dit-cil', nous vous en fricass'rons , 
Verduron, verdurinette, nous vous. en fricass'rons. 

De mes amours, dit-elle, nous vous en fricass'rons, 
Dans un' poêle à chàtaign's qui n'aura point de fond, 
Verduron, verdurinette, qui n'aura point de fond. 

Dans un' poêle à chàtaign's qui n'aura point de fond. 
En revenant de foir' , songez à nia chanson : 
Verduron, verdurinette, songez ù ma chanson. 



«=* 125 >©. 




» 1 26 - 



QUAND J'ÉTAIS VERS CHEZ MON PÈRE. 

HOSIQUI RECUEILLIR ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. II. UEKERL1X. 



CHANT. 



PIANO. { 



^ Allegretto moderato. 



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Quand j'é - tais vers chez mon 



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pè - re, Les co - chons j'ai - lais gar - der, Les co - chons j'allais gar- 



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der, Tou-re lou - re lan lour, Les co- chons j'ai- lais gar 



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der, Tou-re lour lan lou - ré , Tou - re lour lan lou - ré. 



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J'étais encor si jeunette, 
Qu j'oubliai iiKiii déjeuner, 
Qu'j'oubliai mon déjeuner, 

Toure I ■ lan lotir, 

Qu'j'oubliai mon déjeuner, 

Toure loùr lan louré , 

Toure loin* lan louré. 

Le valet de chei mon père 
I' in'l'a bien vite apporté , 
I' mTa bien vite apporté , 

Toure loure lan Jour, 
F ni Ta bien vile apporté, 

Toure Iour lan louré , 

Toure Iour lan louré. 

Que voulez-vous que j'en fasse? 
Mes cochons sont égarés , 
Mes cochons sont égarés , 

Toure loure lan Iour. 
Mes cochons sont égarés, 

Toure Iour lan louré, 

Toure Iour lan louré. 

Il a pris sa cornemuse , 
Se boute en corneniusier, 
Se boute en corneniusier, 

Toure loure lan lotir, 
Se boute en corneniusier, 

Toure lotir lan louré , 

Toure lotir lan louré. 

S'est mis à cornemtiser, 

Mes cochons s' sont rassemblés. 

Mes cochons s' sont rassemblés . 

Toure loure lan Iour, 
Mes cochons s' sont rassemblés , 

Toure Iour lan louré, 

Toure Iour lan louré. 



Mes cochons s' sont rassemblés, 
Et se sont mis à danser, 
Et se sont mis à danser, 

Tonte loure lan Iour, 
Et se sont mis à danser. 

Tome lotir lan louré , 

Toure lotir lan louré. 

I' n'y avait qu ia grand'trtii'-caude . 
Qui ne voulait pas dau>er. 
Qui ne voulait pas danser, 

Toute loure lan loure. 
Qui ne voulait pas danser, 

Toure Iour lan louré, 

Toure lotir lan louré. 

Le v'rat la prit par 1 oreille : 
Commère, il nous faut danser. 
Commère , il nous faut danser, 

Toure loure lan Jour, 
Commère, il nous faut danser, 

Toure lotir lan louré, 

Toure Iour lan louré. 

Quand ils ftir'nt dedans la danse, 
Et qu'ils ftir'nt bien enrayés, 
Et qu'ils ftir'nt bien enrayés, 

Toure loure lan lotir, 
Et qu'ils fur'nt bien enrayés. 

Toure lotir lan louré , 

Toute lotir lan louré. 

Ont dansé sur la mesure , 
Ont sauté jusqu'au plancher. 
Ont sauté jusqu'au plancher, 

Toure loure lan Iour, 
Ont santé jusqu'au plancher, 

Toure Iour lan louré , 

Toute lotir lan louré. 



128 >«» 



J'ETIOXS TROIS CAPITAINES. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. WEKERLIX. 



CHANT. 



PIANO. 



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Allegretto moder ato. p 



J'é-tions trois ca-pi - tai - nés, Dans la 





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guer-re nous en vont; 



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. J'é - tions 



trois ca-pi - tai - nés, Dans la 
3: 




guer-re nous en vont,. 



En guerre nous en vont, Dedans la 




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vil - le de Tou - Ion 



Grand Dieu ! la jo - lie vil 



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(bis.) 



La licll' qu'est aux fenèlres, 
Qui les regarde passer : 
Kli ! où allez-vous donc , 
Vous autres, si jolis garçons? 
IVous allons à la guerre. 

Mon amant, tu me quittes, | ... . 
Mon amant, tu t'y en vas, j ^ '' 
Mon amant tu t'en las. 
Tu me laisses dans l'embarras, 
Tu me laisses sculelle. 



I.a bel!', si je te quitte , 
I.a belle , je l'écrirai ; 
Ce s'ra par un conscrit. 
Ou ce s'ra par un officier : 
Je t'écrirai , ma belle. 

Au bout de six semaines, 
La lettre n'a pas manqué , 
I.a lettre a pas manqué ; 
Mail elle y était adressé' 
Au père de la fille. 



(bis. 



(bis 



Il est dit dans la lettre : ) 
La douce bell', mari -loi ; I 
La belle , mari -loi , 
Car j'en ai bein d'autres que toi , 
Kl des cent fois plus belles. 

Si t'as d'aulres maîtresses, I 
J y ai bien d'aulres amants, I 
J'ai bien d'aulres amants. 
Qui me donnent plus d'agréments 
Qui me causent moins d'pcinc. 



(*'■'.) 



(bis.) 



P « . r | ■ i .] i . n ii Plos , rue Garanciére, 8. 



LIMOUSIN ET MARCHE. 



POURQUOI ME FAIRE AINSI l.A H1NE? LUS SCIEURS DE LONG. 

QUOIQU'UN AUVERGNE. 



Les Limousins revendiquent l'honneur d'avoir donné naissance à la fameuse chanson: 

Baïsso te, mounfagno, levo le, valloun, 
IVr me laissa vere lo mio Jcaiinctoun. 

Et c'est là le côté épineux d'une histoire de la poésie populaire. L'Auvergne a également 
sa chanson de « llaisse-toi , montagne, lève-toi, vallon, pour me laisser voir ma mie Jean- 
neton. » Il n'y a de différence qu'entre le patois auvergnat, qui commence ainsi : Baïchatc, 
montagne, et le baïsso te, mountagno, des Limousins. 

A laquelle des deux provinces attribuer cette poésie , dont la hardiesse des images du 
refrain a de la parenté avec les riches figures bibliques? Ce sont des questions presque 
aussi difficiles à résoudre que de se prononcer sur les camps romains ou mérovingiens , sur 
Bibrax ou Alesia des Commentaires de César. 

Le Chant de la Vattière, dont j'ai parlé déjà, et qui sert de refrain et de rappel aux mon- 
tagnards du Quercy, fut rapporté du Mississipi par un méridional fort étonné du chemin 
qu'avait fait la chanson, et les Trois jolies princesses de la Franche-Comté se chantent 
dans le Canada et y sont devenues populaires. Qu'on se trompe momentanément, qu'un 
voyageur musicien rapporte du Mississipi ou du Canada des mélodies des provinces fran- 
çaises, l'erreur sera facile à découvrir et à expliquer. Un matelot, un aventurier quelconque 
qui aura été chercher la fortune au. delà des mers, se sera établi à l'étranger, y aura chanté 
les chants de sa province , et musique et poésie y auront pris racine ; mais entre deux 
provinces qui se touchent , dont les mœurs ont une grande analogie , qui démontrera com- 
ment le sentiment amoureux a pu enflammer un esprit poétique et lui inspirer le Baisse-loi, 
montagne? Quelques provinces du Midi réclament également la création de cette belle chan- 
son, mais j'incline pour le Limousin ou l'Auvergne. 

Un poète, fort absolu en ce qui touche à la poésie civilisée , se gendarmait fortement 
contre ces tentatives modernes qui remettent en lumière la poésie populaire. Suivant lui 
(et tous les poètes raisonnent ainsi), la difficulté de faire entrer des mots dans une cer- 
taine mesure rhythmée fait la supériorité de la poésie sur la prose. Chaque mot entrant par 
une sorte de choix, d'effort, de pression, est consolidé à jamais et prend la dureté du 
marbre. Je reconnais qu'il y a un choix, mais il existe également dans toutes les manifes- 
tations de la pensée. Le mérite de la prose la plus simple ne consiste que dans un choix 
très-savant ou indépendant de l'écrivain. Les Mémoires si intéressants, dont quelques-uns 
restent comme des chefs-d'œuvre, ceux de Saint-Simon, par exemple, prouvent par leur 
originale incorrection, que la nature avait doué le duc d'une tournure d'esprit singulière que 
le langage officiel des cours et la fréquentation des courtisans ne put étouffer. Aujourd'hui 
que la prose s'est débarrassée de ce fameux nombre dont les grammairiens faisaient jadis 
une qualité, y a-l-ellc perdu ou gagné? Elle y a gagné en liberté, et déjà les hardis écrivains 
du dix-huitième siècle, à la tète desquels je mets Diderot, ne se soucient guère du nombre 
de la prose. La poésie populaire , quand elle est saisissante , me semble une poésie sans 
nombre. Elle a des libertés, des franchises qui ajoutent à son allure et lui prêtent des grâces 
particulières : le plus souvent débarrassée de la rime, une vague assonance très-irrégulière 
lui enlève ce ronronnement fatigant que l'école moderne , malgré sa poétique plus hardie , 
ne peut éviter encore. 

— Pour donner de la valeur artistique à vos chansons populaires, me disait le poëte, il 
faudrait les soumettre à une Fonte dans le creuset de la poésie. Or, trompé par les mêmes 
17 



«M 130 



idées, le poète Jasmin, séduit par la chanson: Baisse-toi, montagne, l'a enrichie de sa 
poésie patoise. Voyons ce qu'il en a l'ait : 

Ces montagnes qui sont si hautes 
M'empêchent de voir où sont mes amours, 
Si je savais où les voir, où les rencontrer, 
Je franchirais le lorreut sans crainte de me noyer. 
De la patience, les montagnes s'abaisseront, 
Et mes amours paraîtront. 

Ces vers libres sont la traduction de l'interprétation de M. Jasmin. Eh bien, le jour où 
il a eu cette belle imagination, j'aurais pnTéré qu'il fît dix barbes de plus. Sans doute le 
perruquier-poëte n'y eût pas gagné en réputation, quoiqu'une barbe bien faite mérite un 
compliment; mais en interprétant de la sorte une chanson populaire, sa réputation d'esprit 
poétique devait en souffrir. Où est l'exclamation accentuée : 

Baïsso te, moiintagno, levo te, valloun? 

A la place vient le vers pesant : 

De la patience, les montagnes s'abaisseront. 

Qu'a fait le perruquier de la jolie mû Jeanneton, dont la rusticité naïve ne fait que mieux 
ressortir la hardiesse de l'invocation aux vallons et aux montagnes? 

Et mes amours paraîtront, 

dit-il. Ce fâcheux essai de M. Jasmin n'a pas été le seul. Beaucoup de poêles ont essayé 
du même système, et n'y ont pas réussi. Mettre la poésie populaire au régime de la poésie 
civilisée, c'est jeter en plein salon du faubourg Saint-Germain une paysanne qu'on a habillée 
de satin et coiffée à la mode du jour. La paysanne et la poésie, ridicules, ne peuvent qu'y 
perdre tous leurs attraits. 

Si le bruit de cette belle invention du poète Jasmin s'était répandu dans le Limousin , 
nul doute qu'il n'eût été chansonné par le ménétrier du pays. C'est un gaillard habile à 
saisir les ridicules de chacun; il roule dans les campagnes, plutôt regardé comme un men- 
diant que comme un musicien, ce qui ne l'empêche pas d'être fêté, d'avoir sa place à table; 
mais le soir il payera son écot en légendes, en chansons. Le couplet suivant est traditionnel 
parmi ces ménétriers : 

Si je puis êlrc ménétrier, — Je m'en irai par les villages, — Car sache/, que c'est un métier 
— Où Ion a toujours de bons gages. — C'est un gaillard bien panse, — Qui n'a rien qu'à 
boujftr '; — El quand il vient à perdre haleine, — On lui fait boire quelques coups. 

A Brives la Gaillarde, La vie est facile, les habitants sont gais, l'abondance y règne. La 
population travaille peu, s'amuse beaucoup. Son surnom est pleinement justifié. Aussi lui 
a-t-on donné pour devise ce couplet, qu'il est bon de citer dans son texte exact, pour donner 
une idée de ce langage alerte : 

Duroro co , pitsounelo, 
Duroro co toudzour'.' 
Tant que l'ordien duroro , 

Lo pitsounelo , 
Tan que l'ordzen duroro, 
Lo pilsounello dansoro. 

uCela durera-t-il, fillette? Cela durera-t-il toujours? Tant que l'argent durera, la fiUettl 

dansera. » 

Entre tous ces refrains de bourrées, j'en choisis un significatif qui montre un vif amour 
de la danse ; la musique se prèle à la poésie cl entraîne les danseurs jusqu'à ce qu'ils 
tombent épuisés : » Toujours le tour, le tour de la cliambrette , toujours le tour, encore il 
n'est pas jour. » 

Toudxour Ion tour. 
Loti tour de la taombrctfl , 

Toudzour Ion tour. 
En qaèrt, n'es pas d'jour. 

CumrKi.Ki av. 

1 Souffler dm la mueUe. 



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POURQUOI ME FAIRE AINSI LA MINE? 

ÎUSIQIF tICBIILI.ll ET II1I1CIITI AVEC PI%SO P\H J. B. VIlllllli 



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POURQUOI ME FAIRE AINSI LA MINE ? 



Pourquoi nie faire ainsi la mine , 
El me traiter en homm' «le rien? 
J'ai, Dieu merci, la taille fine; 
Tous ces sauteurs je les vaux bien ! 
Quand les garçons vous donn'nt leur foi , 
Que chacun d'eux s'en vient vous dire : 

Je vous aime ; 
Quand les garçons vous donn'nt leur foi. 
Aucun ne vous aim' comrn' moi. 



Qui donc , le dimanche à la fête , 
Est susnommé le damoiseau? 
A tous vos fringants je tiens tète, 
Le plus fier me tir' son chapiau ; 
J'ai un habit de drap fort beau , 

En fil écru , 
J'ai aussi trois belles chemises; 
J'ai un habit de drap fort beau, 
Avec un' culott' de peau. 



Quand je viens au bal du village , 
Tout's les fill's me font les doux yeux; 
Avec grâce je les engage, 
En est-il un qui fasse mieux? 
Quand je m'élance, mes talons, 
Qui se trémoussent et piétinent 

En cadence, 
Quand je m'élance, mes talons 
Gigottent de muT façons. 




N'y a rien d'aussi-z-aîmable 
Lan faï lan cru , 
Lan faï larira ! 
N'y a rirn d' aussi-z-aimable 



Qu'an beau scieur de long, (bis.) 
Lan faï lan cru , 
Lan l'ai larira ! 
Qu'un beau scieur <lr long. 



LES SCIEURS DE LONG. 

MUSIQUE R E C r K 1 1. I. I F. ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J . B . W E K E R I. I X . 



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long , Lan faï lan cru lan faï la-ri-ra, Qu'un beau sci - eur de long. 

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Le maître les vient voire , 
Lan lui lan cru , 
Lan faï larira ! 
Le maître les vient voire : 
Courage , compagnons , 
Lan faï lan cm , 
Lan l'aï larira ! 
Courage , compagnons. 

Nous aurons de l'ouvrage, 
Lan faï lan cru , 
Lan faï larira! 
\'ous aurons de l'ouvrage 
Pour loule la saison , 
Lan faï lan cru , 
Lan faï larira! 
Pour loule la saison. 



.Ma mie esl infidèle , 
Lan faï lan cru , 
Lan l'aï larira ! 
Ma mie est infidèle , 
bis.' Tant que j'ia pousse à l'eau, (bis.) 

Lan faï lan cru , 
Lan faï larira ! 
Tant que j'ia pousse à l'eau. 

Chante, sirène, chante, 

Lan faï lan cru , 
Lan faï larira ! 
Chaule, sirène, chante, 
T'as hien raison d' chanter, (bis.) 
Lan faï lan cru , 
Lan faï larira ! 
T'as hien raison d' chanter. 

Tu as la mer à boire , 

Lan faï lan cru , 
Lan faï larira ! 
Tu as la mer à boire , 
Et ma mie à manger, (bis.) 
Lan faï lan cru , 

Lan faï larira ! 
Et ma mie à mander. 



(bis.) 



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QUOIQU'EN AUVERGNE. 

Ml'SIQL'E RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC V I A X O PAR J. B. U'EKERLIN*. 



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ANJOU. 



Mil S SOMMHS TROIS SOUVERAINS PRINCES. I.A CHANSON DU RÉMOUI/KUR. 

n'y a ri un d'aussi charmant. 



Le Noël esl rare dans noire publication, car il a besoin d'un livre à lui seul pour se 
monder dans son développement et ses variations. J'en ai donné quelques indications dans 
certaines notices, et par là on aura pu s'en faire une idée : c'est certainement une des 
Formes de la poésie populaire qui caractérise le mieux la pensée intime du paysan, si 
curieux à étudier. 

Je me rappelle un mot d'un eabaretier auvergnat qui se tenait sur le pas de sa porte, regar- 
dant avec curiosité les voyageurs descendre d'une diligence, pendant un assez long relais. 
Il y avait dans la rotonde un prêtre qui ne pouvait décemment entrer dans le cabaret comme 
ses compagnons de voyage, et qui tournait autour de la porte, pendant que les voyageurs 
étaient attablés en face d'un vin noir d'Issoire. 

— ■ Entrez, monsieur le curé, asseyez-vous, dit le eabaretier, ici nous ne faisons pas payer 
les chaises. 

Il ne faut pas voir dans ce mot un sentiment de révolte contre l'Eglise, mais une simple 
gausser ie de paysan , de celles qui ne fâchent pas , étant dites par un bomme joyeux et 
rubicond qui ne veut pas perdre l'habitude du mot pour rire. Il en est de même des Noëls, 
dont chaque nature d'esprit peut tirer les inductions les plus complaisantes pour ou contre 
la religion. Nous vivons dans une époque où l'on veut voir des symboles dans tout : avec 
un simple fait, on échafaude de pompeuses généralités qui donnent des apparences de pro- 
fondeur à des esprits médiocres; d'une phrase très-innocente d'un auteur on tire des con- 
clusions dont chaque parti se sert également. Dans un intérieur de cuisine d'un peintre 
flamand on a voulu tirer des inondes : c< Rembrandt est un penseur qui a gémi sur les souf- 
frances du pauvre, » et autres billevesées dont les cerveaux creux ont un arsenal complet. 

Il en est de même des i\oëls, qu'il faudrait étudier avec soin, dans chaque province, 
longuement, car ils sont très-nombreux, et de celte Bible des Noëls éditée par un esprit net 
et consciencieux, il sera peut-être permis, en y mettant beaucoup de prudence, d'en tirer 
une idée générale des sentiments du paysan. 

Xous sommes Irais souverains princes, esl le Noël purement religieux, dans lequel rien ne 
peut être tiré' de particulier, sinon l'étalage d'une certaine pompe biblique, que je suppose 
sortie de la plume d'un poêle parisien. 

Enseignez - nous , en vérité, 

QiuA est le Loutre 
Oui cache la nativité 

Que le ciel nous découvre. 

Ce Loutre, qui arrive comme objet de comparaison, me fait dresser l'oreille. Un paysan 
de l'Anjou n'ira jamais chercher ses images dans la capitale, dont il se soucie médiocrement. 
On peut affirmer que la ville voisine étant pour lui la réunion de toutes les merveilles, frappera 
certainement plus son imagination que Paris qu'il n'a pas vu. Au dix-huitième siècle il fallait 
18 



138 



un grand événement pour qu'un paysan allât à Paris, et le Noël Xous sommes trois souverains 
jniiices, est du dix-huitième siècle. Il a pu être transporté dans l'Anjou par un prêtre qui 
l'aura fait chanter aux fdles du village, mais il n'a pas le caractère angevin de la campagne. 
Le vers , sans être sublime , manque de cette rusticité naïve que personne ne peut imiter. 

Il faut dire aussi que les imprimeurs de Rouen , de Falaise et surtout de Troyes, répan- 
daient à des nombres immenses les cahiers imprimés de Xoëls. Le Noël faisait partie de la 
fameuse Bibliothèque bleue, à côté du Grand poupon des bergers, des Aventures de Mandrin, 
de la Grenouille bienfaisante , et de cinquante autres livres aussi variés qui formaient la plus 
singulière encyclopédie populaire qui se put voir; mais enfin, dans cette collection compre- 
nant des récits de chevalerie, des facéties contre les fdles et les femmes, des contes de fées, 
des pronostics de toute sorte, la religion avait toujours son coin réservé: la vie des martyrs, 
les cantiques pieux et les Xoëls proprement dits. 

A la fin de l'hiver, le colporteur allait remplir sa balle chez les fameux Oudot, à Troyes, 
et courait le monde, ramassant quelques maigres bénéfices à vendre des cahiers à deux 
sous. Par là seulement on peut expliquer comment des Xoëls de fabrication parisienne ont 
pu pénétrer dans l'Anjou et séduire par leur beau langage les paysans, qui, dans leur ingra- 
tude, laissaient de côté leurs Xoëls en patois. 

Il en est des ebansons profanes comme des chansons religieuses. Plus la chanson était 
gaie et badine, plus elle circulait. Il n'y en a peut-être pas deux comme la Chanson du 
rémoideur pour avoir fait son tour de France ; mais comme elle est amusante et spirituelle 
dans son refrain, qui s'arrête brusquement et laisse courir dans l'esprit mille petites folàtreries 
gaillardes! Réellement il faut avoir l'esprit chagrin pour écouter le front plissé ces chansons 
réjouissantes comme un verre de vin vieux. Celte Chanson du rémouleur me fait penser à 
Sterne, à ce gai ministre protestant, à l'histoire de l'abbesse des Andouilletles et aux sin- 
guliers traits , points de suspension et autres moyens typographiques 

que l'auteur de Trislram Shandy a employés gaillardement, sans se soucier de la délica- 
tesse moderne. 

Xotre recueil n'eût pas été complet si une chanson de rémouleur n'eût pas trouvé place 
à côté d'une chanson de meunier, car ce sont les deux professions qui ont le plus servi à 
développer la veine joyeuse des poêles populaires. Le lie-tac et le ssssss en sont la cause. 
Il n'y a rien de plus français que ces sortes de chansons. 

J'entends d'ici les pédants, les beaux esprits, les poètes prétentieux , qui se gendaVment en 
pinçant les lèvres, mais le rire est une si bonne chose, que Molière lui-même n'a pas dédaigné 
de se servir de ces moyens de suspension qui produisent toujours tant d'effet sur le public. 

Aujourd'hui un écrivain a besoin d'un grand courage pour oser faire rire ses lecteurs. 
Qu'un administrateur arrive de sa province avec une longue et terrible tragédie; en y niel- 
lant de l'acharnement et de la volonté, il deviendra le favori des souverains, comblé d'hon- 
neurs, et il ira certainement s'asseoir à r Académie; mais qu'un auteur amuse tonte une 
génération, lui fasse oublier un moment ses chagrins, cet- homme peut être certain de 
n'arriver à rien. Pour moi, je le dis sincèrement, Paul de Kock dépasse de cent coudées 
M. Ponsard ; et puisque l'auteur de Lucrèce porte l'habit à palmes vertes, je ne verrais aucun 
incoin énient ace qu'une slalue en bronze soit élevée sur la place de Romain ville à l'auteur 
de Mon voisin Haijmonil. Je ne parle pas de la forme de ces deux écrivains ; elle manque 
de pureté chez tous les deux, et ne saurait servir de modèle à quiconque; mais j'ai une 
grande reconnaissance pour le romancier plaisant, que je n'ai jamais manqué de lire en 
sortant de graves maladies, tandis que le poêle tragique m'eût inévitablement reconduit au 
tombeau. 

Ce n'est donc pas aux gens cravatés de gravité que la Chanson du rémouleur s adresse , 
mais bien à ceux sans prétention, mélancoliques même, qui se laissent aller en souriant et 
sont reconnaissants du moindre rayon de gaieté. 

CUMIPFLIOIT. 



139 K 



NOUS SOMMES TROIS SOUVERAINS PRINCES. 

MUSIQUE RECUEILLIS ET TRANSCRITE AVEC PIAMO l'Ait .1. It. UEKERL1N. 



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NOUS SOMMES TROIS SOUVERAINS PRINCES. 



Xons sommes trois souverains princes 

De l'Orient, 
Qui voyageons de nos provinces 

En Occident, 
Pour honorer le Roi des rois 

Dès sa naissance, 
Et recevoir les douces lois 
Que donne son enfance. 

Apprenez-nous, troupe fidèle, 

De ce bas lieu , 
Si vous savez quelque nouvelle 

Du Fils de Dieu : 
Enseignez -nous en vérité 

Quel est le Louvre 
Qui cache la nati\ ité 

Que le ciel nous découvre. 

Xous voulons rendre nos hommages 

A sa bonté, 
Et saluer en pieux mages 

Sa majesté; 
\ous portons à ce Dieu de paix 

Xos diadèmes , 
Et de nos paisibles sujets 

Les cœurs et les biens mêmes. 

Le firmament fait , sous le voile 

De cette nuit, 
Briller une pompeuse étoile 

Qui nous conduit ; 
Xous nous guidons par les beaux feux 

Qu'elle fait naître ; 
Xous allons accomplir nos vœux , 

Adorer notre maître. 

Suivons-la donc, sages monarques, 

Sans balancer, 
Puisque ce sont de sûres marques 

Pour avancer ; 
Dirigeons nos pas sur les traits 

Qu'elle fait luire , 
Ils ont paru sur nos palais 
Afin de nous instruire. 



Quelle est cette nombreuse foule 

Que j'aperçois ? 
On croirait que la terre roule 

Sous un tel poids; 
.Mais ce ne sont que des bergers 

Qui, pèle-mcle, 
Semblent courir à pas légers , 
Pour lui marquer leur zèle. 

Pour annoncer l'auguste fête 

De l'Éternel, 
Je vois que l'étoile s'arrête 
Sur son autel. 
Serait-ce , hélas ! ce petit lieu 
Sans couverture 
Où logerait le Fils de Dieu 
Prenant noire nature ? 

Ah ! faites-nous un peu de place, 

Xos chers amis, 
Présentez-nous au Roi de grâce , 

S'il est permis. 
Xous arrivons d'un cœur content 

De l'Arabie , 
Pour voir le Fils du Tout-Puissant 
Et l'auteur de la vie. 

Dieu naissant, de qui notre empire 

Attend les lois, 
Xous sommes , nous l'oserions dire , 

De riches rois , 
Qui venons rendre nos devoirs 

A voire enfance, 
Et lui consacrer nos pouvoirs 
Et notre obéissance. 

Xous avons dans ces cassolettes 

Quelques présents , 
D'aromates les plus parfaites , 

D'or et d'encens. 
Agréez, Seigneur, ce trésor 

Et nos hommages : 
En recevant la myrrhe et l'or, 
Bénissez ces trois mages. 



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LA CHANSON DU RÉMOULEUR. 



Je suis-t-iiii fort bon rémouleur , 
Je suis-t-un fort bon rémouleur, 
Mais pour ma fille j'ai grand'peur, 
Mais pour nia fille j'ai grand'peur, 
lit dans les îles j'ai grand'peur 
Qu'on ne me la 

Car elle est bien gentille. 



Si je la mène sur mon train , 
Si je la mène sur mon train , 

Cela lui gâtera le teint , 
Cela lui gâtera le teint , 
lit dans les rues j'ai grand' peur 

Qu'on ne me la 

Car elle est bien gentille. 



LA CHANSON DU RÉMOULEUR. 

H S I Q t' K R K C l E I I. L I E K T TRANSCRIT! AVEC PIANO PAR J . U . U" E K E R L I X . 



Allegretto. 



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Car elle est bien gen - !il - le. 

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Xota. l.c rli.mlcor posera le jjenmi sur une rliaisc a» oc laquelle il marquera 1rs <lou\ temps de la mesure sur 
le parqtiel. 



1 43 X» 



Si je la donne au capuchi , 

Si je la donne au capucin , 

II me la fia mourir de faim , 

Il nie la fia mourir de faim; 

Par d'sous leur mandrill' , j'ai grand'peur 

Qu'on no nie la 

Car elle est bien gentille, 

Si je la donne au cordonnier, 
Si je la donne au cordonnier, 
Il nie la I ra marcher nu-pieds , 
Il me la Pra marcher nu-pieds; 
Dans sa boutique j'ai grand' peur 

Qu'on ne me la 

Car elle est bien gentille. 



Si je la donne au jardinier, 
Si je la donne au jardinier. 
Il m' la mettra en espalier, 
Il m'Ia mettra on espalier; 
Dans l'orangeri' j'ai grand' penr 

Qu'on ne me la 

Car elle es( bien gentille. 

Si je l'embarque sur la mer, 
Si je l'embarque sur la mer, 
Ce sera pour jamais la r'voir, 
Ce sera pour jamais la r'voir; 
Et dans les îles j'ai grand'peur 

Qu'on ne me la 

Car elle est bien gentille. 



N'Y A RIEN D'AUSSI CHARMANT. 

UDS I QUE RECUEILLIR ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR I. B. UEKERLIX. 



And^ con moto. 

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PIANO. { 




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N'y a rien d'aussi charmant Que la bergère aux champs, N'y a 



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j. Plus vile. . 

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lai-re,lon laire, Ion laire, la la la la la, Ion laire.lon lairo, Ion lai - re la 
u Ton. r7\ 




l'ariR. T; pagnpÉIl Ih-m i IHux , PM fi.trjnicii l re. P. 



DAUPHIN H. 



J ' E N T E \ I) S G H A M T K R MA MIE. L A P E R \ E T T E . 

LA FILLE DU GENERAL DE FRANCIS. 



C'est dans le Midi qu'il faut aller pour retrouver ces anciennes fêtes qui n'ont pas encore 
disparu tout à fait, et dont la plus poétique est certainement la fête de Mai. 

Le joli mois de mai! Il n'y a peut-être pas un poète qui n'ait chanté l'arrivée du prin- 
temps en commençant par ce vers. Dans le Nord comme dans le Midi, tous saluent par des 
chansons les premières violettes , et il serait facile de montrer dans la Flandre , ainsi que 
dans la Provence , combien les fêtes se ressemblent. 

Autrefois, il n'y a pas plus de vingt ans, dans les environs de Valence, sur les chemins 
conduisant à la pille et au coin des rues, la veille de mai, se tenait, sur un siège enguir- 
landé de feuillages, une jeune fdle couronnée de roses, entourée de ses amies assises autour 
d'elle : on l'appelait la maie ou belle de mai. La reine restait sur son estrade, niais les 
demoiselles d'honneur arrêlaient tous les passants et leur demandaient une offrande pour 
contribuer à la solennité du festin de la soirée. Chaque passant avait droit à un baiser de la 
belle de mai. Il arriva plusieurs années de suite que la belle était un monstre de laideur, 
ce qui faisait fuir les curieux; niais la bande des filles ne l'entendant pas ainsi, courait après 
le fuyard et le forçait d'embrasser la reine. Pour arranger l'affaire, quelques-uns s'en tirè- 
rent en payant une petite contribution afin de ne pas embrasser la laide belle de mai , et 
depuis cet usage tint bon, jusqu'à ce que le baiser fût tout à fait supprimé. 

Veci lou fljoli me de mai existe dans tous les dialectes du Midi, dialectes aussi nombreux 
qu'il y a de villages. C'est toujours la plainte de l'amant abandonné par sa maîtresse. Il 
revient de Marseille après une certaine absence. — Comment se porte Catherine? demandc- 
t-il à une voisine. C'est sa première question. Hélas ! Catherine est mariée à un « moussieu 
de la eampayno » , qui porte un lehapet borda et Yèpeio à son cola » . Voilà ce qui a séduit 
Catherine ! le monsieur au chapeau bordé d'argent et l'épée au côté ; elle a voulu faire la 
damo. — 11 la nourrira sans rien faire, ajoute la voisine, mieux que toi, mauvais sujet! 

Telle était la chanson que les amoureux d'autrefois, les fritujuires , chaulaient sous les 
fenêtres dé leurs belles en plantant un mât orné de rubans , la nuit qui précédait le mois 
de mai. Les filles écoutaient dans leur lit les chansons malicieuses de leurs galants, qui ne 
portaient ni chapeau brodé ni épée au côté, mais qui «avaient l'amour au cœur et qui le 
prouvaient par ces jolies guirlandes de buis, de feuillage, [dus significatives que tous les 
trésors des moussieu de la campagne. 

Du côté de Marseille, on a la danse des Olivettes; mais dans le Dauphiné, le ver à soie, 
la richesse du pays, a contribué à entretenir l'amour de la chanson. M. Charles Mossant, 
du bourg du Péage, a bien voulu m'envoyer des renseignements très-curieux à ce sujet: 
u C'est dans les quartiers pauvres des petites villes, el surtout dans les fermes du départe- 
ment de la Drôme, que l'on chante aux fêles, aux réjouissances, aux repas d'hiver, lorsqu'on 
a tué le cochon, aux baptêmes, aux fiançailles, aux noces. Les jeunes gens, après le marché, 
sortant la nuit des caharels des faubourgs, regagnent la ferme en chantant à plein gosier; 
mais la cueillette des feuilles de mûrier est l'époque où l'on chante le plus. lin avril, mai et 
juin, des hommes et des femmes descendent des montagnes pauvres de l'Ardèche, de l'Isère, 
pour venir se louer pour la dorée de la récolle. 

u Perchés au faile d'un gros mûrier, ils entonnent fol lement ces fortes chansons. C'est un 
des spectacles des plus curieux que celui qu'offre noire campagne en ce temps. Chaque 
arbre est habité, chaque arbre retentit pinson moins de propos grivois, de chansons 
paysannes. Pendant un mois la ville est déserte , (ont le monde est aux champs, tout le 
monde nourrit des vers. C'est d'aillei rs la grande prodection et la grande richesse du pajs 
t!) 



3 1 4() 



que l'industrie do la soie. — Lorsque le ver s'est renfermé dans son eoeon , et que le temps 
d'ôter le cocon des bruyères est venu, on rassemble voisins et voisines, parents et amis, 
pour cela faire. Ensuite, comme le cocon est entouré d'une certaine bourre grossière qui a 
servi à l'insecte à suspendre sa coque, on enlève cette bourre. Pour celte opération on 
s'assied en cercle, hommes, femmes, enfants, maîtres, servantes, valets, autour de grands 
draps de lit où sont entassés les cocons; chacun a sur les genoux, dans un tablier, une 
petite quantité de cocons qu'il dèbourretle en tournant rapidement un doigt, l'index, autour 
du cocon. Ce mouvement endort facilement, aussi, pour se tenir en éveil, on chante chacun 
à son tour. — Le maître de la magnanerie fait circuler la piquette. Comme tous ces gens 
ne sortent ni du pensionnat ni du Conservatoire, ils chantent ce que chantaient leurs grands- 
pères. Toutes les fois que j'ai assisté au débourretage , j'ai presque toujours entendu la 
Pernctte et le Bossignolet. » 

La chanson du Jiossignolet des bois peut aller de pair avec le Joli mois de mai ; elle existe 
dans tous les pays. La Pernctte appartient aussi au Lyonnais et à l'Auvergne. La mère la 
voyant désolée, lui demande si elle a mal à la tète; mais c'est le mal d'amour qui la tient. 
— « Xe pleure pas, » lui dit la mère, qui, comme toutes les mères des chansons populaires, 
offre à sa fdle un prince ou le fils d'un baron. — « Je veux mon ami Pierre, qui est dans 
la prison, » répond la Pernettc. — a Tu n'auras pas ton Pierre, nous le peiidoularons. — 
Si vous pendoulc: Pierre, pendoulez-moi aussi. >» La Pernctte demande à être enterrée au 
chemin de Saint-Jacques, son ami Pierre couvert de roses, et elle de mille-fleurs. Les 
pèlerins qui passeront par là « prieront Dieu pour nous deux n . 

Pendant les longues recherches que nous a demandées cet ouvrage, nous avons pu nous 
procurer la musique de cette jolie chanson ; mais il en est d'autres qui font connaître mieux 
l'esprit du pays : 



Il y a une femme à Saiat-Dizi, 
L'on dit qu'elle est malade; 
Elle est malade dans son lit, 
Sans savoir la raison pourquoi. 



L'on fut trouver le médecin, 
Moussicu Bouill&da, 



Le médecin, au premier coup d'ceil, juge de la maladie de la jeune fdle, mais l'exprime 
peut-être un peu trop crûment pour continuer de citer sa consultation. Il parle tout de 
suite de l'amoureux, à quoi l'innocente répond : 

Celait la vogue à Sainl-Dizi 
Le jour de notre fête , 
Il m'a beaucoup promené 
Tout le long de notre grand pré. 

— Et puis? demande le terrible moussicu Bouillôda. Pressée de questions, la belle a\oue 
sa grossesse dans un langage encore plus cru que celui du médecin. 

Je préfère la fameuse chanson de Pingo les noix, qu'on chajite également dans le Lyonnais, 
et qui donne une idée très-nette du rôle de l'onomatopée grotesque dans le refrain des 
chansons populaires 1 . Il y aurait tout un travail très-curieux à faire sur l'onomatopée, peut- 
être même un vocabulaire savant sur l'historique des La ri Jla, leur raison d'être, leur 
provenance, leur origine, leur sens caché; j'en ai donné quelques échantillons dans la 
Préface, mais il faudrait un savant versé dans les patois de toute la France. Rien de plus 
étrange qu'un refrain comme celui-ci : 

ilihelin, bibelo, 
Popn , la gnénago , 

l'ingui , pingo , 
l'ingn la gnénago , 

Pingo les noix. 

C'est une langue à part, singulière et bouffonne, qui, employée par un gosier agde , 
dériderait les esprits les plus tristes. 



Cil tUPFLKURY, 



Voir la 22" livraison, Lyonnais, 



■©< 1 47 



J'ENTENDS CHAXTER MA MIE. 



MISIQl'K REOBII. I. Il KT TRANSCRITE ATS G IMAXO PAR J. I) UEKKRLIV. 



Ânûantino. P K - . k 

-h l P -p > 



e, J'en lemis chanter ma 



PIANO. 





1-4 4 ». 



J'ENTENDS CHANTER MA MIE. 



Là-haut , sur la montagne , 
Ma mi' tomba maladr , 
Là-haut, sur la montagne, 
Ma mi' tomba malade , 
Malade dans son lit, 
En danger de moori' . 



Je m'suis approché d'elle , 
Comme en amant doit faire, 
Je m'suis approché d'elle, 
Comme un amant doit faire ; 
Je m'suis d'elle approché , 
La bell' m'a refusé. 

Retirez-vous errière , 
Je vois venir mon père, 
Relirez-i ans errière , 
Je vois venir mon père ; 
Mon pèr' , ma mère aussi , 
X'y prennent pas plaisi'. 

X'y a- ni père ni mère, 
Cousins germains , ni frère , 
N'y a ni père ni mère , 
Cousins germains, ni frère, 
Qui puiss'nt nous empêcher, 
La bell', de nous aimer. 

Ma mie, allons à l'ombre, 
Car la chaleur retombe, 
Ma mie, allons à l'ombre, 
Car la chaleur retombe, 
La chaleur du printemps 
Ne dure pas longtemps. 



Là-bas , dans la prairie , 
J'entends chanter ma mie. 
Là-bas , dans la prairie , 
J'entends chanter ma mie. 
Là-bas , dans ces vallons , 
J'entends chanter Nanon. 



Ma mi', reprends courage. 
Jusqu'au premier village , 
Ma mi', reprends courage, 
Jusqu'au premier village, 
A la premier' maison , 
Ma bell', nous logerons. 



L'oiseau qu'est sur la branche, 
Qui va, qui vole et chante, 
L'oiseau qu'est sur la branche. 
Qui va , qui \ oie et chante , 
N'a pas tant d'agrément, 
Ma bell", qu'en vous aimant. 



Bonjour, madam' l'hôtesse, 
.Apportez-nous bouteille , 
Bonjour, madam' l'hôtesse. 
Apportez-nous bouteille , 
Bouteille de bon vin 
Bannira le chagrin. 



"0< 150 



LA PER NETTE. 

UUSIQ0B BBCl'BII. LIB K T TRANSCRITE A V K C PIAXO PAR J. n. U KKKRI. IX. 



Allegretto moderato. 



CHANT. 



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La Per - ncl-te se 



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Décret. 



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d'à - vaut jour , 



Doux heu - res d'à - vant jour. 



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Y prend sa quenouillette , 
Tra la la la la la , Ira la la la , 

Londerira ! 

Y prend sa quenouillette , 

Son joli petit tour. ('<?''•) 



A chaq' tour qu'elle file , 
Tra la la la la la , ira la la la, 
Londerira ! 
A ebaqu' four qu'elle file , 
Sa mèr' vient, lui demand' 
Pernette , qu'avez-vous? 

A v' -vous mal à la téte? 
Tra la la la la la , tra la la la , 
Londerira ! 
Av'-vous mal à la téte, 
Ou bien le mal d'amour? 

Je n'ai pas mal de tète , 
Tra la la la la la , tra la la la , 
Londerira ! 
Je n'ai pas mal de tête, 
Alais bien le mal d'amour. 

Ne pleure pas , Pernette , 
Tra la la la la la, tra la la la, 
Londerira ! 
Ne pleure pas, Pernette, 
Nous te manderons. 

Te donnerons un prince , 
Tra la la la la la, tra la la la, 
Londerira , 
Te donnerons un prince , 
Ou le fils d'un baron. 

Je ne veux pas de prince , 
Tra la la la la la , ira la la la , 
Londerira ! 
Je ne veux pas de prince, 
Ni de fils d'un banni. 



(bis.) 



(ter.) 



(ter.) 



(ter.) 



(1er.) 



(ter.) 



Je veux mon ami Pierre , 
Tra la la la la la , tra la la la , 
Londerira ! 
Je veux mon ami Pierre 
Qui l'est dans la prison. (ter.) 

Tu n'auras pas ton Pierre , 
Tra la la la la la , tra la la la , 
Londerira ! 
Tu n'auras pas ton Pierre, 
Nous le pendolerons. 



Si vous pendolez Pierre , 
Tra la la la la la , tra la la la , 
Londerira ! 
Si vous pendolez Pierre , 
Pendolez-moi-z-aussi. 

Au chemin de Saint-Jacques, 
Tra la la la la la , tra la la la , 
Londerira ! 
Au chemin de Saint-Jacques 
Enterrez-nous tous deux. 



(ter, 



(ter.) 



Couvrez Pierre de roses, 
Tra la la la la la , Ira la la la , 
Londerira , 
Couvrez Pierre de roses , 
Et moi de mille-fleurs. 



(fer.) 



Les pèlerins qui passent , 
Tra la la la la la , tra la la la , 
Londerira , 
Les pèlerins qui passent 
Plieront Dieu poumons deux, (ter.) 




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LA FILLE DL GÉNÉRAL DE FRANCE. 

U U S I Q V E RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J . B . U* E K E R L I X . 



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Aiteyreilo moaera'o. 



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Dis donc , ma mie , 
Qui t'a mise ici , 
Dedans celle Inur ? 

— C'est mon cruel pire 
Qllî m'a renfermée 

Par rapport a vous. 

Jeune capitaine , 
Demande à mon père 
Quand je sortirai, 

— Beau gén'ral de Fraoce, 
Ta fille en demande 
Quand elT sortira. 



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Jeune capilnine, 

Prends point tant de peine , 

Tu ne l'auras pas. 

— Si ne l'ai par plaire , 

Je l'aurai par <|iierrc 

Ou par trahison. 

Son père de rajje , 
La prit à l'ombrage , 
La jeta dans l'eau ; 
Son amant si sajje, 
La voyant qui nage , 
Lui tient-z-un bateau. 



A la premier' ville, 
Son amant l'habille 
Tout en salin blanc ; 
A la s' coude ville , 
Son amant l'habille 

Tout d'or et d'argent. 

A la s'eonde ville 
A chausse sa mie 
De souliers d'argent ; 
A la 1 roi si cm' ville 
N'en dit i» sa mie : 
Tant nous marier. 



Pnrii. Tyl'OQripbic Henri PlOV, rue Cirant 



BRETAGNE. 



l'Ai FAIT UNE MAITRESSE. ROSSIGNOLET DES BOIS. 

RONDE DES F I I, I. E S DE QU IMPERLÉ. 



Tout homme Iraitanl de la poésie populaire qui ne mettrait pas M. de la Villemarqué 
r n première ligne , serait un ingrat , car le savant Breton a donné en France la méthode la 
plus satisfaisante pour recueillir ces sortes de chansons. 

Abordant la Bretagne, une province féconde en poésie, je devais naturellement parler de 
l'homme qui a joué en France un rôle analogue à celui des frères Grimm en Allemagne, 
parcourant toute la Bretagne , amassant des matériaux , interrogeant les paysans , écoutant 
les enfants dans leurs jeux, notant une ballade qui va mourir dans le gosier d'une vieille 
femme contrôlant les différentes versions, air et musique, et donnant enfin deux volumes 
auxquels la popularité n'a pas manqué. 

La tâche est plus facile aujourd'hui; la mode est aux chansons populaires, et chacun 
apporte sa pierre. M. de la Villemarqué élevait à lui seul un monument. 

Le premier en France il a compris quels trésors de poésie étaient cachés sous l'écorcc un 
peu rude d'un patois grossier. Il est vrai qu'il était d'un pays où la chanson populaire, 
attachée an sol par de profondes racines, n'avait jamais quitté l'esprit d'un peuple fidèle à 
ses traditions, à son costume et à ses mœurs. 

Il était temps d'ailleurs. 

Je n'aurai pas une grande frayeur de voir sur les rails, à peu de distance de la machine 
à vapeur, un énorme bloc de pierre. La machine arrive avec sa brutale impétuosité, coupe 
l'énorme pierre en deux et continue son chemin sans le moindre dérangement; mais les 
usages, les coutumes, les mœurs, les costumes, voilà ce que le chemin de fer détruit 
aussi complètement que la pierre posée par des fous sur les rails. 

La légende des Quatre Jils Aymon est remplacée par les Mousquetaires de AI. Dumas, 
et la Bibliothèque bleue supprimée au profit du Journal pour tous, qui certainement ne la vaut 
pas. Ceux qui veulent voir la Bretagne n'ont qu'à se hâter : demain il serait trop tard. Ft 
les paysans perdront peut-être plus vite la mémoire de leurs traditions que les gens des 
grandes villes. 

A Paris il se trouvera assez d'esprits intelligents pour acheter cinq éditions des poésies 
bretonnes, dont le sens sera perdu pour les gens des villages. 

Ces bascules, nécessaires peut-être au progrès de l'humanité, je ne fais que les noter 
ici, les ayant déduites plus longuement dans la préface. 

Je dois dans ces notices appuyer plus vivement sur les questions de détail : la Chanson de 
la mariée et la Ballade des jeunes Jilles de Quimperlè , deux chansons relatives au mariage. 

La Chanson de la mariée est une des plus belles chansons populaires de la France : c'a 
été de tout temps tellement h: sentiment de tous qu'elle a été chantée dans différentes pro- 
vinces, augmentée et jamais diminuée. La publication actuelle, telle (pie je l'ai comprise et 
acceptée, n'a aucun rapport avec la science archéologique, hérissée de noies. File est plus 
" modeste, et s'appuie seulement sur le sentiment. ()m> tous ceux qui ont conservé dans la 
20 



•o< 15 4 >»" 

civilisation l'amour et la curiosité du naturel, enfoui trop profondément au sein de nos 
cœurs, lisent et chantent, et son public sera trouvé. 

Madame de Sévigné parle de cette chanson, qu'elle avait entendue dans une noce. Dans 
le Poitou et la Vendée il en existe des variantes, non pas seulement dans le patois, mais 
dans la musique. Je connais les variantes musicales : aucune d'elles n'est aussi satisfaisante 
que la mélodie de ce recueil. Jean-Jacques Hoiisseau , qui se connaissait en mélodies tou- 
chantes, disait de ce ;[eure de musique: ■ Les airs ne sont pas piquants, mais ils ont je 

ne sais quoi d'antique et de doux qui touche à la longue Ils sont simples, naïfs, soin eut 

trislrs; ils plaisent pourtant, n II est difficile de mieux rendre le caractère de la musique 
populaire. La Chanson de la mariée se chante naturellement aux noces de campagne : au 
sortir de l'église, la première émotion passée, tout le monde est joyeux, mariés et invités. 
Le maire a fait un discours à ses deux administrés sur les devoirs du mariage; le prêtre a 
béai les époux et leur a rappelé leurs sentiments religieux. Kn \ormandie on ne penserait 
qu'à se mettre à table et à boire. En Bretagne tout n'est pas terminé. 

Les imités se rangent en ligne; une chaise est apportée à la mariée, et une jeune fille 
lui chante les couplets où sont inscrits à chaque wrs ses devoirs de ménage, les soins 
qu'elle doit nu bétail, aux enfants, à Dieu, et son renoncement aux fêtes et aux plaisirs. 

Le mariage, c'est la liberté. 

Ainsi le pensent toutes les jeunes filles des villes. Dans le oui conjugal , combien ne 
rêvent que cachemires, bijoux, diamants, fêtes et liberté dans le monde! 

Il s'est produit depuis près «l'un siècle une coterie de folles qui ont écrit le mot liberté 
au dos du code conjugal. Le dernier des paysans ai ait plus de bon sens que le club des 
femmes. Il a dit à sa compagne: "Tu resteras à la maison, lu élèveras les enfants et tu 
gagneras ton pain , 'comme moi, à la sueur de ton front, n 

La leçon de la chanson bretonne est nette et positive ; mais elle se termine par une belle 
pensée, si doucement philosophique, que le caractère de la chanson en devient plutôt 
mélancolique; celle (pie nous publions se dénoue plus joyeusement. Ainsi qu'aux enfants, 
à qui on fait une risette pour leur faire oublier un reproche, le poète a terminé par une 
tartine de miel. 

Monsieur le marié , 
La mariée s'afflige ; 
Pour la reconsoler, 
Il faudrait l'emlirnsser. 

La ballade des jeunes filles de Quimpcrlé est d'un tout autre caractère. Mon ami Schanu' 
me l'a rapportée d'un voyage qu'il fit en Bretagne; il la nota sous la dictée des jeunes filles, 
et elle contient (''gaiement sa moralité , mais moins morale. 

Klle aurait été composée par une femme, qu'elle ne peindrait pas mieux les réels Senti- 
ments de beaucoup d'entre elles. 

Ayant à choisir entre un jeune ou un vieux mari, la jeune fille prend le lieux. Tel est 
le début significatif. Mais combien de désirs se cachent sous ce singulier mariage ! Il 
n'est guère question d'amour ni d'amitié; la jeune mariée espère que son vieil épOUX 
erètera bientôt. Le mol y est dans toute sa crudité. Klle ira Vendre sa peau à Paris. \li ! 
vieux célibataires qui ions mariez trop lard, lisez el relisez sans cesse les proierbes, les 
couleurs gaulois, écoulez les rondes des jeunes filles quand de leur voix claire, en se tenant 
par la main avec des mouvements de châties, elles chantent en plein air des ballades! Voire 
argent seul les attire : toutes elles révent à ce jeune et joli (garçon sous-enlendu) qui ter- 
mine la ronde. 

Ici la femme se trahit : un secret senliment de réiolte s'agite en elle. Klle aime les beaux 
garçons, mais ce beau garçon la ferait travailler rudement. (le n'est pas absolument son 
idéal, Avant tout elle vent de l'argent dans le ménage, el quand elle aura vendu assez cher 
la peau de son vieux mari, elle viendra retrouver le beau garçon el l'épousera. 

Gomme on l'a dit : il y a différentes morales. 

Lmxirri.Kt nv. 



"O. 155 x>= 



A \.\\rs, \ NANT'S EST ARRIVÉ. 

ÛlSiyLK RKCIKILLIK E T TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. UKKERLIX. 



PIANO . 




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Citant. 



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A Nant's, à Xant's est ar - ri - vé, 



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blonde, et lè-ve le pied, Trois beaux na - vir's chargés de blé, Sau-te, 




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blon-de, majo-li' b!on-de, Sau-le. blonde, et lè-ve le pied. 



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«SX 156 >e- 



A NANT'S, A NANT'S EST ARRIVÉ. 



A Xant's, à Xant's est arrivé, 
Saute , blonde , et lève le pied , 
Trois beaux navir's chargés de blé; 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 



Trois beaux navir's chargés de blé, 
Saute , blonde , et lève le pied ; 
Trois dani's s'en vont les marchander; 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute , blonde , et lève le pied . 

Trois dam' s s'en vont les marchander, 
Saute , blonde , et lève le pied ; 
Beau marinier, combien ton blé? 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Beau marinier, combien ton blé? 
Saute , blonde , et lève le pied , 
Je le vends six francs le demay; 
Saute , blonde , ma joli' blonde , 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Je le vends six francs le demay, 
Saute, blonde, et lève le pied, 
Il n'est pas cher, s'il est bon blé; 
Saute , blonde , ma joli' blonde , 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Il n'est pas cher, s'il est bon blé, 
Saute , blonde , et lève le pied , 
Entrez, inadam', vous le voirrez; 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Entrez , madam' , vous le voirrez , 
Saule , blonde , et lève le pied ; 
Mais quand la daine y fut entré' , 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Mais quand la daine y fut entré' , 
Saule , blonde , et lève le pied , 
Le marinier pousse à nager. 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saule, blonde, et lève le pied. 

Le marinier pousse à nager, 

Saute, blonde, et lève le pied. 

« Mets-moi-z-à terr' , beau marinier ; n 

Saute, blonde, ma joli' blonde, 

Saute , blonde , et lève le pied . 



a Alets-inoi-z-à terr' , beau marinier 
Saute , blonde , et lève le pied , 
Car j'entends nies enfants crier; 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Car j'entends mes enfants crier, 
Saute, blonde, et lève le pied. 
Vous mentez , la bell' , vous inentez 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Vous mentez, la bell', vous mentez 
Saule, blonde, et lève le pied. 
Jamais enfant n'avez porté ; 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute , blonde , et lève le pied. 

Jamais enfant n'avez porté; 
Saute, blonde, et lève le pied; 
S'il plaît à Dieu, vous en aurez, 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 

S'il plaît à Dieu, vous en aurez, 
Saute , blonde , cl lève le pied , 
Et ce sera d'un marinier; 
Saute, blonde, ma joli' blonde, 
Saute, blonde, et lève le pied. 

Et ce sera d'un marinier. 
Saute* blonde, et lève le pied; 
Il portera chapeau ciré, 
Saule, blonde, ma joli' blonde, 
Saule, blonde , et lève le pied. 

11 portera chapeau ciré , 
Saule, blonde, et lève h" pied, 
Un épissoir à son coté ; 
Saule, blonde, ma joli' blonde, 
Saule, blonde, et lève le pied. 

Un épissoir à son côté , 
Saute, blonde, et lève le pied, 
Une culotte goudronné' ; 
Saule , blonde , ma joli' blonde , 
Saute, blonde, et lève le pied. 



°<=K 157 >«*■ 



ROSSIGNOLET DES BOIS. 



Kossignolet des bois , 
Rossiguolet sauvage , 
Rossignol par amour 
Qui chante nuit et jour, 
Il dit dedans son chant . 
Dans son joli langage : 
Filles, mariez-vous. 
Le mariage est si doux : 
Il y en a de bein doux 
Il y en a de bein rude». 
Il y en a de bein doux , 
Je crois que c'est pour vous. 



Vous n'irci plus au bal. 
Aladam' la mariée , 
Vous gard'rci la maison . 
A bercer le poupon. 
Adieu châteaux brillants, 
Lt liberté des filles ; 
Adieu la liberté, 
Il n'en faut plut parler ; 
Monsieur le marié. 
I,a mariée s'afflige ; 
Pour la reconsoler. 
Il faudrait I embrasser. 



ROSSIGNOLET DES BOIS. 

MUSIQUE RECUEILLIE K T TRANSCRIT! AVEC PIANO PAR J. B. IVEKERLIN 



CHANT. 



Allegretto moderato. 

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va - ge, Ros-si - gnol par a-mour Qui chante nuit et jour, Il 

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dit dedans son chant, Dans son jo-li lan - ga - ge: Fil -les, ma-ri-ez- 



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- vous , Le mariage est si doux ! Il y'en a (ïc bein doux , 
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bein ru - des. Il y'en a de bein doux, Je crois que c'est pour 








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160 x» 

ROXDE DES FILLES DE QLIMPERLÉ. 

MISIQIE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. H'EKKRLIV 



Allegretto. 



CHANT. 



PIANO. 



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Mon pèr' m'a don - né 

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à choisir, Mon pèr' m'a don - né à choisir, D'un vieux ou d'un jeu ■ 



à 



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Je 




V. 


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* • 















ne mari , Tra la la la la la la la la la, Tra la la la la pour ri - re. 




D'un vieux ou d'un jeune mari, (bis.) 
Devinez lequelle j'ai pris, 
Tra la la la la la la la la la , 
Tra In la la la pour rire. 

Devinez lequelle j'ai pris; (bis ) 

Le jeun' laissé, le vieux j'ai pris, 
Tra la lu la la la la la la la , 
Tra la la la la pour rire. 

Le jeun' laissé, le vieux j'ai pris; (bit.) 
Je voudrais qu'il liennc un édit , 
Tra la la la la la la la la la , 
Tra la la la la pour rire. 

Je voudrais qu'il vienne un édit (bis.) 
Décorcher tous les vieux maris, 
Tra la la la la la la la la la , 
Tra la la la la pour rire. 



D'éeoreher tons les lieux maris, ( bit.) 
J'écorcherais le mien aussi, 
Tra la la la la la la la la la, 
Tra la la la la pour rire. 

J'écorcherais le mien aussi, (bis.) 
J'irais vend' sa peau à Paris, 
Tra la la la la la la la la la , 
Tra la la la la pour rire. 

J'irais vend' sa peau à Paris, (bis.) 
Pour retourner dans mon pays, 
Tra la la la la la la la la la, 
Tra la la la la pour rire. 

Pour retourner dans mon pays, (bit.) 
Où je prendrais jeune et joli, 
Tra la la 1 1 la la la la la la , ' 
Tra la la la la pour rire. 



Pirll. Ty|>oQrt|>hio ll. nii Plow , rue Q wuH W, H 



LORRAINE. 



j'\ Al PLANTÉ ROSIER. — BON PBRB |THN VOl' - T -A l.*HBRBB. 
I.K ROSIBB d'aRGBNT. 



J'ai déjà décrit longuement les réjouissances on l'honneur du mois de mai dans des pro- 
vinces (ont à fait opposées, et j'ai montre' que, soit dans l'extrême nord ou dans l'extrême 
midi de la France, il existe de nombreux points de ressemblance. La Lorraine va fournir un 
exemple de pins par ses chants populaires des Trimazot qni ont fait, font et feront longtemps 
pâlir plus d'un front d'archéologue. Dans toutes les chansons lorraines de mai, qu'elles 
soient en français ou en patois, Yù Trimazo! revient à chaque refrain comme une sorte 
d'invocation qui n'est pas sans rapport avec les refrains des poètes de l'antiquité. 

Trimazot, ç'at lo maye, 

mi-maye , 
Ç'at lo joli mois de maye, 
Ç'at lo Trimazot. 

Traduction : » Trimazo, c'est le mai , ô mi-mai ! c'est le joli mois de mai ! c'est le 
Trimazo. » Ainsi s'en vont chanter par les villages des groupes de jeunes fdles habillées de 
blanc et couvertes de rubans et de fleurs. D'habitude elles sont trois, une chanteuse et 
deux danseuses. La jeune fille, suivant la fécondité ou la malignité du poëte du village, 
chante d'anciennes chansons ou de nouvelles, poétiques ou satiriques, toujours encadrées 
dans l'éternel refrain du Trimazo cité plus haut. Au refrain, les deux danseuses frappent 
des mains et sautent avec d'autant plus d'accentuation que le chœur est nombreux, car 
souvent un chœur d'une douzaine de filles reprend le refrain, laissant à celle qui a le plus 
de voix la tâche difficile de chanter avec esprit les nombreux couplets. 

Le paysan français, naturellement gausseur, a toujours médit des gens du village voisin. 
Il a l'amour de son clocher; celui qu'on voit poindre à une demi-lieue de là n'abrite, selon 
lui, que des buveurs, ou des jaloux, ou des avares, ou des coquettes. Dans certaines provinces 
il en résulte des rencontres et des rixes très-graves entre les garçons ; mais dans la Lorraine, 
tout s'y passe plus malicieusement. Ce sont les filles chargées de chanter en l'honneur du 
Trimazo qui vont au mois de mai , dans le village voisin , colporter des couplets satiriques 
contre les gens de l'endroit. Une bande d'autres jeunes filles accepte gaiement cette lutte 
poétique, et va dans le village d'où sortent leurs voisines colporter des couplets analysant 
le caractère particulier ou les défauts des habitants. Pendant les longues veillées d'hiver, le 
poëte de l'endroit a écouté toutes les plaisanteries et les bons mots dirigés contre les gens 
du village voisin , et il les a ajustés tant bien que mal dans des couplets pour en régaler 
ses compatriotes et ses adversaires au mois de mai. Des gâteaux , des fruits, des liards, 
récompensent les chanteuses de l'une et de l'autre bande. Il est fâcheux que cette coutume 
se perde; sans regretter l'esprit superstitieux et arriéré de l'ancienne France, combien, avec 
l'instruction, vont s'envoler à jamais de poétiques coutumes comme l'invocation au mois de 
mai, que l'esprit positif d'aujourd'hui ne remplacera jamais! Au moment où les chansons du 
Trimazo tendent à disparaître, les archéologues ont recueilli le mot, et déjà ils l'ont accom- 
modé à foutes les sauces. Que veut dire Trimazo? De nombreux chrrurgiens-élymologistes 
ont emporté le mot dans leurs amphithéâtres et l'ont disséqué, des chimistes littéraires l'ont 
analysé, d'autres l'ont pesé. Il en est résulté toutes sortes d'opinions grotesques dont la 
place n'est pas ici : la plus raisonnable a été' de décomposer le mot tri, trois, et mazo ou 
HUUette, fillettes ; c'est une é t y i n o I o g i o presque sensée, ce qui est rare en éty mologie . Trimazo 
voudrait dire (rois filles. On a vu que le plus généralement trois filles se réunissaient pour 
21 



x> 162 «> 



aller chauler les couplets. M. A. de la Fizelière, qui m'a été très-utile dans cette notice, 
penche pour cette explication ; mais je dois le citer textuellement pour le trait suivant : 

« Dans les villages du pays messin on fait encore l'amour sans trop de cérémonie. — Tu 
me plais, veux-tu de moi? — Oui, non. — Tout est dit. Je me rappelle à ce propos, 
raconte M. de la Fizelière, qu'un hcau garçon de vingt ans, grand coureur de guilledoux , 
à ijiii on vantait les plaisirs de la ville , répondit un jour : — Xe me parlez pas de la ville, 
on ne peut y avoir de femmes qu'à force de grimaces. » 

C'est en citant de tels mots qu'on fera connaître le vrai paysan français, net, résolu, 
marchant droit en affaires (sauf dans les affaires d'intérêt), et traitant la femme et l'amour 
avec sans-façon. 

Si la jeune fdle a répondu oui, l'affaire s'arrange comme dans certains cantons suisses 
où le futur passe la nuit couché près de son amie, mais sans porter atteinte à la morale. 
Stendhal en a parlé dans un chapitre de son livre de Y Amour. Cette coutume existait égale- 
ment autrefois chez les anabaptistes, dans le canton de Montbéliard. II. de la Fizelière 
prétend que les entrevues sont souvent fort innocentes : mais ce terrible mot sourciit 
indique quelques malheurs. La blonde, ainsi les amoureux appellent -ils leur préférée, 
passe donc la nuit avec le garçon de son choix, qui ne s'est présenté, d'ailleurs, qu'avec 
le mariage à la bouche. On voit quelquefois une sœur ou une amie partager la couche 
des amoureux, et la précaution n'est pas mauvaise. L'aventure commence à minuit, à la 
fenêtre, pour se dénouer au point du jour; quelquefois les garçons viennent de très-loin 
pour voir leur blonde, et s'en retourner le matin plus amoureux que jamais. Beaucoup 
de chansons ont célébré cet usage; j'en citerai une recueillie par M. de la Fizelière à 
Monhy- lez -Metz, et par la colère qui s'empare du père au dénoùment, on juge qu'il a 
passé dans sa jeunesse par les mêmes aventures, et qu'il ne les trouve pas si- innocentes que 
les jeunes gens voudraient le faire croire. 



LE ROXDEAl I)l : JOZON. 



Quand le Jozon me venait voir, 
Qu'il était encor garçon, 
C'était vraiment plaisir de le voir, 
Parce qu'il m' embrassait souvent. 
Où donc est le pauvre bon temps 
D'il y a au moins soixante ans? 

C'était vraiment plaisir de le voir, 
Parce qu'il m'embrassait souvent : 
Une fois il passa par la fenêtre, 
Il s'est tout écorché la.... tête. 
Où donc est, etc. 

Une fois il passa par la fenêtre , 

11 s'est tout écorché la tète. 

Il a voulu fermer la fenêtre , 
Il fit du bruit, le diable de bêle. 
Où donc est , etc. 

Il a voulu fermer la fenêtre, 
Il fit du bruit , le diable de bête. 
11 est venu près de mon lit, 
Et s'y est tout aussitôt mis. 
Où donc est, etc. 

Il est venu près de mon lit, 
Et s'y est tout aussitôt mis. 

Mou papa y est venu 

Avec un brin de fagot. 
Où donc est, etc. 



Mon papa y est venu 
Avec un brin de fagot; 
Il a tapé sur le lit, 
Sur Jozon et sur Marie. 
Où donc est , etc. 

Il a tape sur le lit, 

Sur Jozon et sur Marie , 
C'est l'Jozon qui l'a l' mieux senti, 
Parce qu'il était par-dessus. 
Où donc est, etc. 

C'est l'Jpzon qui l'a l' mieux senti, 
Parce qu'il était par-dessus. 
Il s'est sauvé devant chez nous , 

Sans culotte et sans sabots. 
Où donc est , etc. 

Il s'est sauté devant cbez nous, 
Sans culotte et sans sabots. 

11 a eu bien froid dans le dos, 
Parce qu'il gelait bien fort. 

Où donc est, etc. 

Il a eu bien froid dans l'dos, 
Parce qu'il gelait bien fort. 

Depuis que nous sommes maries , 
Combien de fois me l'a-t-il renom rie? 

Où donc est le pauvre bon temps. 

D'il y a au moins soixante ans? 



Cu uirn.ii rv 



^ 103 >&•> 



J'Y AI PLANTÉ ROSIER. 

MUSIQUI RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC I' I A N PAR J. B. IVEKERLIN. 



CHANT. 



PIANO. 



Allegretto moderato. 



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J'y ai plan - té ro - 



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- sier Mi-gnon, gail-lard, jo 



li; Je l'ai plan - té le 
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soir, Le ma-tin l'a : dé-ra la la, Le ma-tin l'a re - pris. 




2°" STROriJE 















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Je l'ai plan - té lo soir, Le ma-tin 




l'a ro - pris; Je lui ai dit: Ro - sier, Tu as bien 



Rail. 



tôt, dé - ra la la, Tu as bien - tôt re - pris. 



«a< 164 X» 



J'Y AI FLA>'TE ROSIER. 



J'y ai planté rosier 
Mignon, gaillard, joli; 
Je l'ai planté le soir, 
Le matin l'a, déra la la, 
Le matin l'a repris. 

Je l'ai planté le soir. 
Le matin l'a repris ; 
Je lui ai dit : Rosier, 
Tu as bientôt, déra la la, 
Tu as bientôt repris. 

Je lui ai dit : Rosier , 
Tu as bientôt repris. 
Ah ! que n'attendais-tu 
Le joli mois, déra la la, 
Le joli mois d'avril? 

Ab ! que a' attendais- tu 
Le joli mois d'avril ? 
Que tout y pousse en berb' , 
Que tout bois, déra la la, 
Que tout bois reverdit. 

Que tout y pousse en berb' , 
Que tout bois reverdit ; 
Que toutes ees fillett's, 
Aient de nouveaux , déra la la. 
Aient de nouveaux amis. 



Que toutes ces fillett's 
Aient de nouveaux amis; 
Je garderai le mien , 
Car j'en ai un , déra la la, 
Car j'en ai un joli. 

Je garderai le mien , 
Car j'en ai un joli ; 
Il n'est pas dans la Franc' 
Ni dans c' pays , déra la la , 
\i dans c' pays ici. 

Il n'est pas dans la Franç' 
Xi dans c' pays ici ; 
Il est en Angleterr' , 
Son noble roi , déra la la , 
Son noble roi servi'. 

Il est en Angleterr 1 , 
Son noble roi servi' , 
S i' n'rev ienl pas bientôt , 
Je l'enverrai , déra la la , 
Je l'enverrai quéri'. 

S'i' n' revient pas bientôt, 
Je l'enverrai quéri' 
Lu chaise ou en charreti' , 
Kn carillon, dira la la, 
F.n carillon joli. 



-3< !().") ,-c.< 



MON PÈRE M'ENVOT-T-A L'HERBE. 




1 Servi lear, dv.i* l'idiome hk- oui «jnonymr à'awunt, par oppoiirton I vudtmte 



•o< 106 



MON P È R E M'EWOI'-T-A L'HERBE. 

KO SI QUI RECUEILLIR ET TRANSCRITE AVEC PIANO r A R J. R. VI KHI LIN. 



PIANO- 



Allegretto moderato. 



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Rail. 





4 H 



bois jo-li, Je ne cueil - le point d'her-be, Je cherche un 














Decre$e. i 

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nid, Le ser-vi»teur que j'ai - me N'est point i - ci. 



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Dtcrtie. 



Je ne cueille point d'herbe, 

Je cherche nu nid , 

Je cherche un nid ; 
Mettant le pied dans l'herbe, 

J'écrase tin nid. 
Le serviteur que j'aime 

N'est point ici. 

Mettant le pied dans l'herbe, 

J'écrase un nid , 

J'écrase un nid ; 
u Tout beau, tout beau, mam' relie , 

» Tu bris' mon nid. n 
Le serviteur que j'aime 

N'est point ici. 

■ Tout beau , tout beau , mam'-zellc , 

a Tu bris' mon nid , 

n Tu bris' mon nid. » 
u Je ne suis point mam'zelle, 

r> J'ai-z-un mari. » 
Le serviteur que j'aime 

N'est point ici 



Je ne suis point mam'zelle, 

J'ai-z-un mari, 

J'ai-z-un mari ; 
Et trois enfants sur terre , 

Qui sont de lui. 
Le serviteur que j'aime 

N'est point ici. 

Et trois enfants sur terre, 

Qui sont de lui , 

Qui sont de lui ; 
L'un est en Angleterre, 

L'autre à Paris. 
Le serviteur que j'aime 

N'est point ici. 

L'un est en Angleterre, 

L'autre à Paris , 

L'autre à Paris ; 
L' troisièm' dessous ma robe 

Le plus joli ; 
Le serviteur que j'aime 

N'est point ici. 



*x 1G8 



LE ROSIER D'ARGENT. 

MUSIQUE REGIE11.LIE ET TRAXSCRITE AVEC PIANO PAR J. U. UEKER1.I.X. 



Allegretto moderato. p 



CHANT. 



PIANO. 



mant A l'heur' de 




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main - te 



nant? Il est à Pa - ris ou bien à Or - lé - 



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Cresc. 



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- ans; Où est - il ce ro-sier blanc Qui lieu -rit en bou-tons d'ar - gent? 



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Crète. 




Il est à Paris , ou bien à Orléans ; 
Il apprend à faire des amicaux d'argent. 
Où est-il , ce rosier blanc, 
Qui fleurit en Initiions d'argent? 



Il apprend à faire des anneaux d'argent; 
Lèpre «lier qu'il fit, il m'en a fait présent. 
Où est-il . ce rosier blanc , 
Qui fleurit en boulons d'argent ? 

Le premier qu'il fit il m'en a fait présent , 
Il inl'a mis au doigt, il y'esl resté sept ans ; 
Où est-il , ce rosier blanc , 
Qui fleuri! en boulons d'argent? 



Il m Ta mis au doigt , il y'esl resté sept ans 
Au boni dessepl ans, voilà l'anneau qui fend, 
Où est-il , ce rosier blanc , 
Qui fleurit en boulons d'argent? 

L'anneau est fendu, nos amours son) perdus , 

L'anneau est r* sou dé, nos amours sonl r'irouw 

Où est-il , ce rosier blanc , 
Qui fleurit en boulons d'argent? 



l'aria. Ty|>oQr«| liio lli'ori Ptoi , me Garr.nci-ic, 8. 



LYONNAIS. 



BELLE, ALLONS NOUS ÉPEO M H NU R . 
NOUS ÉTIONS DIX PILLES DANS UN PRÉ. P I N C LES NOIX 



Il est singulier que les Lyonnais n'aient pas encore étudié la poésie populaire de leur 
province; la ville de Lyon seide fournirait un volume curieux sur une industrie qui a long- 
temps défrayé les faiseurs de couplets : les ouvriers de toute sorte, les canuts et le Lyonnais 
proprement dit, montreraient combien ces chansons ont défrayé les provinces voisines : le 
Bourbonnais, le Dauphiné. J'avais espéré pouvoir donner une chanson de canut; mais 
l'ouvrier en soie ne paraît pas porté à la composition musicale; toutes ses chansons sont 
adaptées à des ponts-neufs, à des airs de vaudevilles ; le patois en est presque inexprimable, 
et les allusions aux termes du métier sont généralement ordurières. 

D'ailleurs, aujourd'hui le canut n'existe plus, c'est-à-dire ce type singulier dont les des- 
sinateurs se sont emparés dans ses habits de fête, et qui nous a valu la création d'un poli- 
chinelle particulier, Guignol. Dans un récent voyage à Lyon, j'ai visité bien des ateliers de 
cette redoutable Croix-Rousse d'où l'insurrection est descendue plus d'une fois dans la ville: 
j'y ai trouvé, même le lundi, d'honnêtes ouvriers travaillant au métier, montrant un certain 
orgueil à expliquer leur industrie, déroulant leurs étoffes brillantes dont le tissage est obtenu 
avec tant de peine et de soins. Mais le canut n'existe plus. Il chante encore un ancien refrain : 

Allons aux Brolteaux, — Ma mie Jeanne, Allons aux Brotteaux, — Car il fait beau. — Nous 
y mangerons — Une salade, Nous y danserons — Un rigaudon. 

Mais déjà sont effacés de sa mémoire ces couplets de la langue canuse, dont voici 
l'échantillon le moins barbare : 

T'iras chez Monsu Champavert , 
Un battant 1 il doit nous prêter, 
Et une ensoupele de derrière ' 2 
Que tu te feras apporter. 
Quand tu seras, pauvre Tarnette, 
L'épouse du pelit Bastien, 
Il n'y aura sur la banquette^ 
Canuse qui ne soit si bien. 

D'une énorme collection de chansons que m'a procurées un poëtc local, M. J.-B. Coignet, 
il m'est impossible d'en donner même le sens; les patois bravent l'honnêteté et semblent 
un masque qui permet de tout dire; mais la langue française, dans sa clarté merveilleuse, 
astreint la pensée à une politesse qui gênera considérablement ceux qui devront traiter un 
jour de la poésie particulière aux canuts : 

Pelila cervella , 

Vos n'y pensez pas 

D'être si cruella? 

X'avis gin d'appas; 

Celi que vos aime 
RT est-il pas assez puni 
D'aima una groussa laida 
Sans avay votrou mépris? 

C'est encore un couplet qu'on peut citer, mais qui ne donne pas l'idée des chansons de 
la Croix-Housse il y a cinquante ans; et cependant il est important que ce sujet soit étudié. 

1 . 2 . '■ Ternir» do métier rie» ouvriers en soierie. 

22 



170 >c~ 



L'Académie des sciences morales, qui envoie des membres étudier en France et à l'étranger 
la question des salaires, trouverait d'utiles renseignements dans la Chanson sur la révolte 
des canuts en 1788, qui voulaient avoir deux sous de plus par aune de façon. Avant la 
révolution de 1789, les canuts chantaient leurs misères, en 1830 ils se battaient; cepen- 
dant dans une complainte de cette époque, entre 1830 et 1840, j'ai trouvé un couplet 
touchant : 

Ah! songez dans cette salle 

Où s'étale 
Le velours est le damas , 
Que celui qui le travaille 

Sur la paille 
Périt dans un galetas. 

Voilà une plainte touchante qui en dit plus dans sa naïveté que tous les travaux des 
économistes! En entrant dans ces pauvres chambres où sont installés les métiers, ce couplet 
me revenait sans cesse à la mémoire ; mais aujourd'hui la propreté est entrée dans le 
galetas, et l'ouvrier y a gagné un peu en bien-être, de même que l'instruction lui a enlevé 
ce patois canut, dont les vieillards seuls se souviennent. 

Le compagnon lyonnais a de la finesse; je n'en veux pour preuve qu'une certaine chanson 
railleuse contre les Auvergnats, ses voisins, qui viennent exercer leurs mille industries 
dans Lyon. Ce sont des maçons en goguette, qui terminent chaque couplet par une sorte 
d'imitation de la musette : 



Chct donc demain la dimanche 
Que nous chavons resoulu 
De nous mettre quatre ensemble 
Pour dispencher un escu. 
Anus en fûmes à Villeurbanne 1 
Chez le boulanger Fay, 
Celui qui a la renommaye 
De faire de cbi bon pain bis. 
Ah hi hou ha! ah hi hou ha hia. 

Bonjour, madame l'hochtcssc : 
Voudriez-vous apporter 
l'ne bonn' soupe à la graisse 
Et <lu bon lard fricassé? 
Surtout prenez-y bien garde , 
Nous espargnez pas le pain , 
Y en faudra pour nous quatre 
Cinquante livres le moins ! 
Ah lu hou lia! ah hi hou lia hia. 



En entrant dedans la chambre , 
Noos aperçûmes passer 
Notre maislrc l'aschitcclc, 
Nous lui dismes de monster; 
Voyant tant de pain sur table, 
Il en parus eslonné , 
Mous lui dîmes que pour nous quatre 
Y en faudrait un' fournée ! 
Ah bi hou ba! ah hi hou ha hia. 



Puis nous nous somm's mis i\ table 
Et nous nous somm's resgalés 
Autant qu'nous estions capables, 
Même à nous cstraugouillcr 



1 Petit village à une demi-heure de l.yon. 
- Eufui*. 



Et quoiqu'il eût la colique, 
Yostrc bon ami (iaspard 
Yous a chanté le cantique 
Du grand bon saint Lienard. 
Ali hi hou Ira! ah hi hou lia hia. 

Après avoir bu la goutte , 
Yous sont partis pour Lyon, 
Yous ons rencontrés eu route 
Trois chapeliers bons lurons. 
Ils nous ont cherché dispute, 
Yous leurs avons répondus; 
Yous nous sommes mis en butte 
Et nous les avons battus. 
Ah bi bon ha, ah bi hou lia hia. 

Passant près d'oun corps de garde, 
Ont voulu nous arrester, 
Yous disant : Chers camarades, 
En prison il faut aller; 
Mais nous qu'avions fait ribotte , 
Et quvétinns des entêtés, 
Nous avons battu le poste 
Et nous nous somin's escannés 
Ah hi hou ha! ah hi hou lia hia. 

Arrives à la Croix-Blanche, 
Il fallut nous séparer, 
Promettant que I austre dimanche 
Nous faudrait recommencher; 
Au revoir, chers camarades , 
Et surtout n'ouhlions pas 
Qu'il nous faut bien prendre garde 
De ne pas nous fouchtre en bas. 
Ah hi hou ha! ah hi hou ha hia. 

Ch WII'KI.Kl av. 



H KL LE, ALLONS NOUS EPROMENER. 

MUSIQUB RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAIt J. B. U'EKEKI.IK. 



CHANT. 



PIANO. 



Anâ?" con moto. 



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Belle, al -Ions nous é-pro-me 



zjjfe fr 



- ner 



Tout le long de la mer cou - ran - te,. 



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Belle, al - Ions - y, al -Ions - y donc, 



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Tous les plai - sirs nous y pren - drons. 



SE 



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•*>< 172 >o. 



BELLE, ALLONS NOUS ÉPRO MENER. 



liclle , allons nous épromener 
Tout le long de la mer courante 1 ; 
Belle , allons-y , allons-y donc , 
Tous les plaisirs nous y prendrons. 



La bol!' n'en fut pas aussitôt, 
Qu'elle lui demande à boire ; 
Avant de boire ce vin blanc, 
Belle, faut couler votre sang. 

D'hcbillez-moi 5 , déchaussez-moi , 
Mon beau galant , je vous en prie 
Le beau galant tir' son soulier, 
La belle avance un coup de pied. 

Le beau galant tombe dans l'eau , 
Et se relient par une brandie , 
La belle tire son couteau 
Va coupé la branche dans l'eau. 



Mangez, anguiH's, mangez, poissons 
Mangez la chair de cette bête , 
Mangez, aWJUuTs, mangez, poissons 
Mangez la chair de ce lavreau 3 . 

Le noyé surnageant. 

Belle , qui vous emmènera 
Dans le château de votre père '? 
Sera pas toi, mauvais baron, 
Que les poissons t'y mangeront. 

Ah! vogue, vogue, marinier, 
Mèn'-moi au château de mou père; 
Ah! vogue, vogue, marinier, 
J'ai cent cens à te donner. 



1 Hivicrc large cl rapide. — - Disliabillct-inoi. — 1 Tcimc de méprit. 



»3K 174 ï-e* 



NOUS ÉTIONS DIX FILLES DANS UN PRÉ. 

M r S I Q U ■ RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J . Il . W E K E R L I X. 



CHANT. 



PIANO. 



Allegretto moderato. 



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Chi-ne, Y'a-voit Clau-dine et Mar - ti-ne: Ahl ah! Cath'ri-nelle et 




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Cath'ri-na, Y'a-voit la bel - lo Su-zon, La duchess' de Montba-zon, 

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A tempo. 





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Y*a-voit Ma-de - Ici 

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- ne. 

1 K. 



Ait. 



j( Hmpo. 



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175 >«* 



Le lils du roi vint à passer, 
[/fils du roi vint à passer, 
Salua Dine , 
Salua Chine , 
Salua Claudine et Martine , 

Ah ! ah ! 
Catlf rinctte et Cath'rina ; 
Salua la belle Suzon , 
La duchess' de Montbazon , . 
Salua Madelaine, 
Embrassa la du Maine.. 

A toutes il fit un cadeau , 
A tout' s il fit un cadeau , 
Bague à Dine , 
Bague à Chine , 
Bague à Claudine et Martine, 

Ah ! ah! 
Caih'rinette et Cath'rina; 
Bague à la belle Suzon, 
La duchess' de Montbazon , 
Bague à Madelaine , 
Diamants à la du Maine. 



Puis il leur offrit à coucher, 
Il leur offrit à coucher: 
Paille à Dine , 
Paille à Chine , 
Paille à Claudine et Martine, 

Ah! ah! 
Caih'rinette et Cath'rina; 
Paille à la belle Suzon, 
La duchess' de Montbazon , 
Paille à Madelaine , 
Beau lit à la du Maine, 

Puis toutes il les renvoya , 
Toutes il les renvoya, 
Chassa Dine , 
Chassa Chine , 
Chassa Claudine et .Martine, 

Ah ! ah ! 
Caih'rinette et Cath'rina, 
Chassa la belle Suzon, 
La duchess' de Montbazon , 
Chassa Madelaine , 
Et garda la du Maine. 



PIXGO LES XOIX. 

U S I Q D F BKCDIItLII KT TRANSCRITE AVKC PIAWO PAR J. B. U' B K 1! R 1. 1 \\ 



CHANT. 



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bois, Pingui pin - go, pin-go les noix, Deux lièvres sont dedans le 



bois, ,6i-be-lin bi-be - lo, po-po la gué-na 




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go, Pin - go la guc" - na - go, pin-go les noix. 
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ftif. 



Xr courez jamais dans le bois. 
Pingui pingo, pîngo les doù . 
A près deux lièvres à lu fois, 

Itihclin bibdo . pono In gucnago, 
Pingui pingo . 

Pingo In guénagn , piogO les noix . 

p«tii. Ttpnr'"pl'i' Hmt\ Pin», m finr»nri#r», ». 



Pour les chasser m'en fus au l>ois. 
Pingui pingo , piogO les noix , 
Ils sont partis en tapinois . 
Rihelin liibrlo , popo la guénago, 
Pingui pingo, 
Pingo la guénago, pingo les noix. 



ORLEANAIS. 



LUS PILLES DE CERV01S. — L E I' 1 O C. Il E LU DE T E R II E . 
LES Cl, OC II ES. 



Il est un coin de l'Orléanais bien particulier, la Sologne, pays de fièvre, où le sol est 
pins dur à cultiver qu'ailleurs. Et cependant le paysan chante comme dans la florissante 
Normandie , et ses chansons ne sentent pas la fièvre. C'est un singulier peuple que le 
Solognot, dont le nom a quelque chose de triste et de résigné. On peut encore en parler 
aujourd'hui, car beaucoup ont connu les misères de ce peuple; mais grâce aux progrès 
qu'a faits l'agriculture , la Sologne défrichée tiendra bientôt son rang au milieu des riches 
plaines de la France, et toutes lamentations à cet égard seraient inutiles. 

En Sologne on se divertit comme ailleurs aux jours de fête, et on m'a conté qu'à une 
certaine fête de village, dans un cabaret, les filles s'étaient séparées des garçons pour se 
réunir dans une salle voisine. Les deux sexes s'étaient-ils disjoints exprès pour composer 
une chanson? Je ne saurais le dire au juste. Toujours est-il qu'à un moment donné les gar- 
çons ouvraient la porte de communication, et l'un d'eux s'avançait et chantait un couplet 
sur les filles : celles-ci répondaient un couplet improvisé immédiatement contre les garçons. 
Le troisième couplet était consacré à se moquer des filles , le quatrième des garçons , et 
ainsi de suite. 

Il en est au village comme à la ville : toujours on dissertera sur l'homme et la 
femme : s'il y a quelques esprits masculins, modérés et éclectiques qui prennent la défense 
des femmes, tandis qu'au contraire certaines femmes plus audacieuses tournent leurs 
armes contre elles-mêmes, chaque sexe a toujours été fier de ses apanages et a cherché à 
rabaisser l'autre au profit du sien. Depuis les législateurs de l'Inde la discussion se continue, 
s' appuyant sur l'alchimie, sur la théologie, sur la physiologie, suivant la mode du moment: 
nous n'en sommes pas plus avancés. 

L'homme reste homme et la femme reste femme. 

Il était curieux de montrer la même discussion au village, avec cet avantage pour les 
paysans solognots qu'ils la rendent plus gaie en la recouvrant de poésie et de musique. 
J'ai montré dans la préface la méthode des compositeurs populaires, car dans tout art si 
naïf qu'il soit, il y a une sorte de méthode. Si j'avais pu recueillir la chanson moitié contre 
les filles moitié contre les garçons, il me serait facile de prouver de quels jalons particuliers 
se servent les improvisateurs de ces chansons; malheureusement la personne qui me 
communique le récit de la fête à laquelle elle a assisté, n'a pu noter ni les paroles ni la 
musique qui sortaient de ce cabaret. 

L'art populaire d'Epinal a répandu U- goût de ces dissensions entre l'homme et la femme. 
Qui ne s'est arrêté devant ces symboliques gravures sorties de l'imprimerie d'Epinal et dont 
le vif coloris tire l'œfl? Là ce sont des hommes menés au moulin par les femmes : les 
hommes sont jetés sans gêne entre les meules pour être broyés afin de devenir meilleurs, 
et les femmes sont conduites au forgeron pour être battues sur l'enclume afin d'en sortir 
plus souples. 
23 



-a-, 178 >e» 



Ces réflexions sur la nature de la femme et sur le rôle qu'il convient à l'homme de tenir 
envers elle, sont inscrites si vivement dans l'esprit du paysan, qu'un homme qui fut célèbre 
un moment par suite d'une accusation capitale, le père \ illel , un des plus grands comé- 
diens que j'aie vus, oublia au tribunal et le danger qu'il courait et la feinte surdité que 
depuis huit jours il montrait en pleines assises, à Laon, lors du procès Lemaire . pour 
s'écrier tout à coup : 

— Un homme qui bat sa femme, c'est comme celui qui frappe sur un sac de farine, 
le bon sort, le mauvais reste, n 

Si un homme qui se sent coupable, dont la tète est menacée, ne résiste pas à l'envie de 
prouver sa finesse par une image empruntée aux choses qui le frappent journellement, on 
pense combien doit être grande cette préoccupation dans l'esprit d'un paysan libre, vaquant 
à ses affaires, conduisant une voiture de fermier, labourant ou récoltant ses fruits. Il est 
occupé matériellement; mais quand l'intérêt ne l'emporte pas, il peut réfléchir à beaucoup 
de choses, et la femme, quoique son rôle soit d'un degré plus inférieur au village qu'à la 
ville, apparaît avec l'éducation qu'il convient de lui donner en ménage. C'est ce qui explique 
la chanson que chantaient au cabaret les Solognots en dénigrant le sexe opposé. 

L'art populaire, la gravure, n'a pas peu contribué à entretenir les idées entre lesquelles 
marchent en tète le souvenir des grands hommes (Napoléon I") , la légende populaire (le 
Juif errant) , la complainte ( Pythias et Damon ) , et la reproduction de la beauté sous toutes 
ses formes, ainsi que de l'amour au sérieux comme au grotesque {Héloïse et Abailard) , et 
la forge et le moulin dont je parlais tout à l'heure. 

Avec la faïence peinte qui s'étale sur le dressoir, cette imagerie semble former tout l'art 
pour le paysan ; mais il en est un autre qui lui parle plus directement et plus profondé- 
ment. La chanson réjouit son oreille et son cœur, quand elle ne l'attendrit pas. Le paysan 
préfère celle qui le réjouit. Il a assez de tracasseries et de misères avec sa terre, pour ne 
pas chercher dans l'art un peu de cet étourdissemenl qu'il trouve au fond de la bouteille. 

La véritable chanson populaire est celle qui ressemble aux assiettes à coqs et aux enlu- 
minures des gravures à un sou. Aussi malheureusement suis-je obligé de supprimer beau- 
coup de ces poésies, trop salées pour nos oreilles timides. Ce seraient certainement les 
plus gaies du recueil actuel, mais les curés y vont trop dans les bois « cueillir la noisette » ; 
et les gaudrioles un peu déculottées que les jeunes filles chantent innocemment en chœur 
sans en approfondir le sens, sont passées de nos mœurs. C'était pourtant l'art correspondant 
à la faïence et à l'imagerie. 

Les ehansons de Sologne que nous publions aujourd'hui ont ce caractère bien par- 
ticulier. La poésie n'en est pas des plus fines, mais elle a son accent net, précis, et pour 
la première fois, dans l'énorme quantité de chansons que nous avons recueillies pour choisir 
les plus caractéristiques, une industrie nouvelle qui a été la terreur du paysan, apparaît, 
présentée même avec une habileté de dramaturge. Le dénoùment de la chanson du Pioehrur 
de terre, un esprit rompu à tous les artifices de l'art ne l'eût pas trouvé si imprévu. 

Mais à quoi bon commenter ces chansons! Si celui qui la chante, si ceux qui l' écoutent, 
n'en sont pas frappés, c'est que le sentiment leur manque, et je ne saurais démontrer le 
sentiment. 



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I>ES FILLES DE CERX01S. 

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LES FILLES DE CERXOIS. 



C'est les fill's de Cernois, 
Grand Dieu! qu'ell's sont donc Gèrdes! 
Elles s'en vont le soir après souper, 
Pour faire un tour en vill' , 
Pour voir leur bien-aimé. 



Le beau galant s'en va 
A la port' de la belle : 
Iji bell' , la belle, ouvrez, si vous m'aimez; 
Vous ét's à la clialeur, 
Et moi à la fraiclieur. 

Je n'ouvre pas ma port' , 
Au quart il n'est point l'heure. 
Vous reviendrez sur les onze heur's, minuit. 
Papa sera couché , 
Maman bien endormi'. 



Le beau galant s'en va 
Trouver ses camarades : 
Cliers camarad's , que j'ai le cœur content 
Je viens de voir ma mi' , 
Son co?ur cil' m'a promis! 



La bell'", qu'était pas loin, 
Qu'entendait ces paroles: 
Vierge Marie, empéchez-moi d'aimer 
Tous ces garçons trompeurs 
Qui ii ni ni avoir mon cœur, 



-«X 182 X>° 



LE PIOCHEIR DE TERRE. 

MUSIQIE REÇUE IL LU ET TRANSCRITE AVEC 1* I AN PAR J. R . UEKERLIN. 




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«•< 183 >©. 



— Oh! va, ma BIT, que penses-tu? j 

C'est un piocheur de terri' ! 
Xous qui n'avons que toi d'enfant , 
Xous te marierons richement; 
Tu seras grosse fermière. 

Grosse fermier-' m'appartient pas, j 

Je d' sujs pas assez riche ; 
J'aimerais mieux mon cœur placé 
Avec un jeune terrassier, 
Quoiqu'il sera pioclienr de terre. 



Eh bien , ma BIT , nous écrirons 

L'entrepreneur de route; 
Qu'il te choisisse un terrassier, 
Pour qu'il soit parfait à ton gré 
Tout le long de la rivière. 

L'entrepreneur a répondu 

Une triste nouvelle : 
Les chantiers sont finis partout, 
Les terrassiers s'en vont tertous 
Adieu donc , belle lingière, 



Qu'en a composé la chanson? J 
C'est trois piochenrs de terre; ) 
Étant buvant au cabaret ; 
La maîtresse les écoutait , 
En parlant du chemin de fère. 



LES CLOCHES. 

HDSIQUI RECUEILLIE ET TRANSCRITE AV EC PIANO PAR J. H. U EKERI. IX. 



PIANO. 





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Or - lé - ans, Bois - gen - cy, 



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Deere se. e Hall. 



de Clé - ry, Yen - dô 

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me, Yen - dô - - me, 



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Decrese. $ 



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Rail. 

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Quel rha - grin, quel en - nui 

- Décrète. « Rail. 



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± 



De compter tou - te la nuit Les heu - res , les heu - res ! 



Pari». T. pn;;ro|>liie il Plok t rue Girtoaièrc, 8. 



PROVENCE ET COMTÀT D'AVIGNON. 



S lit LA MONTAGNE, M A MÈRE. 
SIR VENTE CONTRE GUV, SEIGNEUR DE CAVAILLON, — BONHOMME, BONHOMME. 



Il y a quelques années, une troupe de mimes anglais, qui débuta à Paris sans succès, me 
causa une des plus vives joies que j'aie jamais éprouvées à la représentation d'un ballet. 
Au milieu d'un paysage pittoresque un grand mât était dressé , bariolé et semblable à nos 
mâts de réjouissances publiques où sont suspendus des montres, des timbales, des couverts 
d'argent et des pâtés. La bande turbulente, Arlequin, Clown, Polichinelle, Cassandre, 
Colombine, n'eut pas plutôt aperçu ce mât qu'elle s'empara des rubans qui pendaient 
au-dessous de la couronne suspendue. Alors eut lieu une ronde frénétique entremêlée de 
grimaces, de cris, de chants, comme seuls savent en pousser les Anglais dans la pantomime : 
la bande tournait autour du mât en croisant les longs rubans de couleur différente, toujours 
en saulanl, en dansant, en criant, et les rubans se disposaient en losanges, en cœurs, en 
grecques, en ronds, en mille dessins variés de forme et de couleurs. Je m'enthousiasmai 
tellement pour cette danse anglaise, que je l' allai revoir cinq fois de suite. Hélas ! plus nous 
allons et plus nous nous apercevons que nous ne savons rien. Cette danse si caractérisli- 
quement anglaise, était uue danse provençale. Je l'aurais volontiers appelée la danse du 
parler, et c'est la danse de Y olive/le, aujourd'hui presque entièrement perdue. 

On ne la danse plus guère que dans quelques contrées du littoral de la Méditerranée, et 
notamment à Signes, bourg considérable situé sur le revers de la fameuse montagne de la 
Sainte-Baume, à six lieues de Marseille. A Signes, siégeait autrefois une cour d'amour. 

Il faut assister aux fêtes patronales des villages de la Provence, que les habitants appellent 
des Irins, des roumavagis ou des roumeiragis , pour sentir la gaieté vive qui les anime. 
Ces fêtes sont annoncées la veille, cl même plusieurs jours d'avance, par le son du galoubet 
et du tambourin. 

La danse des olivettes s'exécute au son du tambourin et du galoubet, pendant les fêles 
dont nous venons de parler. Une longue perche ornée de rubans de différentes couleurs 
est tenue par un homme, autour duquel se groupent aillant de danseurs qu'il y a de rubans. 
Chaque danseur porte un pourpoint ou gilet étroit, et une culotte large et à grands plis, 
comme chez les peuples du Levant. La culotte, le gilet et les souliers, blancs, sont égale- 
ment enrubannés. 

A mesure qu'un ruban tombe du haut du mai , un des danseurs le prend ; il le tient 
d'abord de la main droite, puis de la gauche, tant que la danse dure; et la danse ne finit 
que lorsque tous les rubans ont élé, l'un après l'autre, tressés autour du niai et délacés 
en cadence. La danse se compose donc de deux parties : dans la première, tous les dan- 
seurs se tiennent en rond et se balancent à droite et à gauche; puis chacun d'eux passe 
successivement face à face et dos à dos contre tous les autres. Les figures de la première 
partie ne se terminent que lorsque tous les rubans se trouvent entièrement tressés, et forment 
24 



186 >o. 



une espèce de losange où toutes les couleurs sont bien marquées. Dans la seconde partie, 
on danse en sens inverse, et l'on suit une marche tout à fait contraire à celle de la pre- 
mière; c'est ainsi que la tresse de rubans se déroule insensiblement et finit par se détacher 
tout à fait. Cette danse demande une grande attention, car la moindre inadvertance empê- 
cherait le délacement. 

A défaut d'une notice spéciale, quelques ligues devaient être réservées au Comtat d'Avignon 
dont la capitale a été chantée dans presque toute l'Europe. Les archéologues ne sont pas 
souvent satisfaisants dans leurs théories sur les faits et sur leur immense popularité. Com- 
ment expliquer pourquoi le Pont d'Avignon a servi de motif de chanson à tous les enfants 
qui sautent? Voilà le difficile. Un homme de beaucoup d'esprit et de science m'a pourtant 
donné la solution du problème qui me tracassait. Le pont d'Avignon fut construit entre le 
onzième et le douzième siècle, et il émerveilla tellement les esprits que la chanson s'en 
répandit dans toute l'Europe : 

Sur le pont d'Avignon, 
Belle Rose (bis), a fait Sanson. 
Belle, entrez dans lu danse, 
Regardez comme l'on danse, 
Faites un tour, demi-tour, 
Embrassez tous vos amours. 

Certainement ce texte n'est pas le texte primitif; mais, content de l'interprétation, je 
céderai aux archéologues méridionaux l'honneur de retrouver le premier texte , les laissant 
se perdre dans les nombreuses variantes qui en ont été faites eu France et à l'étranger, 
car aujourd'hui encore dans la Suisse vaudoise on chante : 

Sur le pont d'Avignon, 
J'ai ouï chanter la belle 

Je ne veux pas quitter Avignon sans donner le texte, la musique et la traduction d'une 
chanson très-ancienne, chantée par les enfants quand il pleut. Ce petit thème naïf cl 
sauvage (il est composé de deux notes) finit par une quinte, et il n'offrira certainement rien 
d'attrayant aux chanteurs de romance; mais en le comparant aux mélodies primitives des 
anciens, aux chants des peuplades barbares, on sera frappé de l'accent uniforme qui fait 
que l'enfant et le sauvage s'expriment presque identiquement dans leurs manifestations de 
chant, alors que la civilisation n'a pas encore posé sa griffe sur leurs sentiments. 



^=*-h-j-^-J i j ;;i-;-r.t; -j-j-i 

Ploou, ploou, ra-ba-gnoou la ga - li - ne co - que moun-te 











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su la ro - que, de la ro-que su lou ban, lait un ioou tou blan. 



Il pleut, il pleut, la poule moule sur la roche, de la roche sur le banc, fait un OMif 
tout blanc, ainsi chantent les enfants d'Avignon. 

Ah! l'aronde, vole, vole, vole, chaulent ceux de Bourges. 
L enfant s'occupe plus que l'homme des choses de la nature. 

ClIAMI'PI.KWtV. 



SUR LA MONTAGNE, MA MÈRE. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC I' I A X PAR J. B. UEKERL1N. 



CHANT. 



PIANO. 



Alleqrrttn. 



Gaiement. 




Sur la mon- 



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ta-gne. ma mè-re, Sur la mon - ta - gne , sur la mon -ta - gne, J'en • 




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SUR LA MONTAGNE/MA MÈRE. 



S'i' m' bat, qu i' m* batte, ma mère, 
S'i' m' bat, qu i' m' balte, s'i' m' bat, qu'i' m' balle, 
Je saurai me r' tourner, ma mère; 
S'i' m' bat, qu'i' m' batte, je saurai me r'iourncr. 

Si tu le r' tournes, ma fille, 
Si tu te r'fournes, si tu te r' tournes, 
L'âne courra après, ma fille; 
Si tu te r'iournes, l'âne courra après. 

S'il court, qu'il coure, nia mère. 
S'il court, qu'il coure, s'il court, qu'il coure, 
Papa l'arrêtera, ma mère; 
S'il court, qu'il coure, papa l' arrêtera 1 . 



Sur la montagne, ma mère, 
Sur la montagne , sur la montagne , 
J'entends le violon , ma mère ; 
Sur la montagne j'entends le violon. 

S'il joue encore, ma mère, 
S'il joue encore, s'il joue encore, 
Je peux aller danser , ma mère ; 
S'il joue encore je peux aller danser. 

Mais si tu danses , ma fille , 
Mais si lu danses, mais si lu danses, 
Ton mari te battra , ma fille ; 
Mais si tu danses, ton mari te ballra. 



' Dans le midi de la PrSQCe , foin com ii t àne e est faire monter sur un àne . la tète tournée du rôle de la queue de 
I animal, I homme qui a êii liatlu par sa femme. Il ne descend de sa mon line que lorsqu un homme qui a déjà couru 
l'àne le délivre en arrêtant la héte. 



SIEVENTE CONTRE GUY. 



Qui donc m'achètera 
Ces peaux de chat, de bique, de lièvre ? 

Ah ! qui donc les prendra , 
Ces peaux de chien, de bique, de chai"/ 
Quand lu te marieras , | 
Avis's qui tu prendras: \ ( Hs -) 

La prenant jeune , 
Le coucou chantera; 

La prenant vieille, 
Aura déjà chanté. 
Laire , laire lan la lan laire , 
Lan laire, laire landerira. 



°*x 190 x» 



SIRVEXTE CONTRE GUY. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PAR J. R. VIII EL I X . 



CHANT. 



PIANO. 



AW risohito. 



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Qui donc m'a-chè-te- 



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ra ces peaux de chat , de bi-que , de lié - vre? 
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Ah ! qui donc les prcn 



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lai - re lan-de - ri - 


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Les filles d'Avignon , j 
Sont comme les melons , ) 

Sur cent cinquante , 
N'y' en a pas un de mûr; 



(bit 



La plus charmante , 
N'a pas le cœur bien sûr. 
Lairc , laire lan la lan laire , 
Lan laire, lairc landerira. 
Qui donc m'achètera, etc. 



BONHOMME, BOX HOMME. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. W E K E R L I S. 



. Allegretto. 

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hom - me , bon - hom - me , Tu n'es pas maître dans ta maison, Quand 



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Bonhomme , que sabéz tou -tzouga , 



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Bon-hom-mc, que sa-béz tou tzou-ga, Sa 



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- bé tzou-ga dé la 




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tam-Lou - ri - na, Et ra - pfi - ta - pla , dé la tam-bou-ri - na: Bon 



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Bonhomme , que Babcz ton Izonga , 
Bonhomme, qné sabéz Ion tzooga, 
Sabé Izouga dé la biooloona : 
lîi tzoang, donna i tzonng, 
Dé la bionlonna : 
Bonhomme , etc. 



Bonhomme qué sabéz ion tsooga, 
Bonl'.omme , C] i : t* sabéz Ion UODgB, 
Sabé l/.oujja dé la llouloula, 
VA flou flou flou , 

Dé la Bontonta. 
Bbnhomme, etc. 



ILE -DE -FRANCE. 



GERMINE. — LA CHANSON DE l'aVEINE. SI LE ROI M'AVAIT DONNÉ. 



Je no puis écrire le nom de celte province sans qu'aussitôt le souvenir de Gérard ne me 
revienne. Pauvre Gérard! II en savait long des chansons populaires, et il m'en a chanté 
quelquefois d'une voix douce, pendant que nous étions dans un coin de café à deviser tran- 
quillement. Par sa tournure d'esprit, Gérard était peut-être un des hommes les mieux 
disposés à diriger une publication des chansons populaires provinciales. Il en a souvent 
parlé dans ses livres, non pas en archéologue, mais en artiste qui en comprend le charme, 
qui s'y laisse bercer, et qui revoit sa jeunesse à travers une chanson de nourrice. 

Dans la Bohème galante Gérard m'a fourni l'idée d'un recueil qu'il ne devait pas voir; il 
dédaignait le côté historique, pour s'appuyer sur le pur sentiment. 

Je crois le rencontrer encore lorsqu'il parlait tout à coup pour Senlis, ou pour Pontoise, 
ou pour Soissons ; c'étaient de bien petits voyages, mais le hasard et son humeur savaient 
les allonger et faire que la ligne droite des grandes routes se changeait tout à coup, exprès 
pour lui , en une route semée d'imprévus qui aboutissaient quelquefois à la prison. 

Quand Gérard partait pour Creil ou pour Melun, il était rare qu'on n'entendît pas raconter 
quelques jours après qu'il avait été conduit de brigade en brigade par la gendarmerie; ce 
qui , dans notre époque si réglée , demande une explication. Un peu comme Don Quichotte , 
Gérard allait dans l'Ile-de-France, son pays natal, à la recherche d'un vieux livre, d'un 
paysage, d'une vieille chanson. 

u Fatigué des querelles vaines et des stériles agitations de Paris, écrit-il, je me repose en 
revoyant ces campagnes si vertes et si fécondes ; — je reprends des forces sur cette terre 
maternelle. » 

Dans ces dernières lignes surtout se voient les préoccupations de Gérard , qui, à mesure 
qu'il sentait son esprit s'envoler, essayait de le ramener à son premier état d'innocence 
et de simplicité. Aussi c'est à la France qu'il devait ses meilleurs chapitres, car par là la 
France est limitée par la Picardie et la Champagne. J'ai vu souvent des moissonneurs tra- 
verser la ville de Laon ; ils allaient à la France, disaient-ils, c'est-à-dire offrir leurs bras 
dans les riches campagnes environnantes. 

Les lecteurs qui aiment le naturel n'ont pas oublié les fameuses recherches bibliographi- 
ques de Gérard dans le Soissonnais : il avait renoncé à vivre tant qu'il ne posséderait p;:s un 
certain volume contenant l'histoire de l'abbé Du Iîucquoy, qu'il était en Irain de publier dans 
un journal, et par un de ces événements qui n'arrivent qu'aux humoristes, le volume qu'il 
poursuivait dans les bibliothèques de Soissons se vendait tout à coup dans une vente aux 
enchères à Paris. 

Je ne m' étendrais-pas si longuement sur Gérard, s'il n'avait été un des premiers en France 
à traiter de la chanson populaire et plus particulièrement de celles relatives à l'Ile-de-France, 
et je n'ai pas attendu sa mort pour lui rendre justice. Dans une Lettre adressée en 18515 à 
M. Ampère, touchant la poésie populaire : » Je crois, monsieur, disais-je, au bon sens, 
au zèle, à l'intelligence des membres du comité, mais je crains qu'ils ne s'inquiètent de leur 
mission plutôt en archéologues qu'en artistes. Des hommes tels que Gérard de Nerval, qui 
a donné des échantillons de poésies populaires dans ses livres, Pierre Dupont, dont la 
musique est fortement nourrie des mélodies de campagne, de tels hommes rendraient cer- 
tainement des services réels dans l'entreprise actuelle. » 

Science cl sentiment , Gérard en réunissait la dose nécessaire , si précieuse pour analyser 
les plus naïves rondes d'enfants. En littérature, il était plutôt musicien que peintre, qualité 
fort rare aujourd'hui que nos poêles sont malheureusement plus peintres que musiciens. C'est 
une observation sur laquelle on ne saurait trop appuyer, à savoir (pie la musique est moins 
dangereuse pour les poètes que la peinture. La musique est un art qui, laissant du vague 
25 



*a< 194 *> 



dans le cerveau, engage l'esprit à voyager dans le bleu : au contraire, la peinture, plus pré- 
cise, laisse des silhouettes, des gestes, des drames tout faits. Et n'a-t-il pas été donné aux 
grands poètes Shakspeare , Goethe, Byron, de donner des sujets aux peintres, tandis que 
de nos jours beaucoup de poètes s'en vont chercher leurs inspirations chez Decamps ! 

Gérard n'était pas de cette école matérialiste. « En sortant de l'église, j'ai pu admirer, 
sous un rayon de soleil couchant, les vieilles tours des fortifications romaines, à demi 
démolies et revêtues de lierre. » Voilà le décor de Gérard; ne suffit-il pas? Un groupe de 
petites filles va l'animer. Assises sur les marches de la porte, les enfants chantent : Trois 
filles dedans un pré... — Mon cœur vole! — Mon cœur vole! — Mon cœur voir à votre gré! 

n Je n'étais pas un étranger, mais j'étais ému jusqu'aux larmes en reconnaissant, dans 
ces petites voix, des intonations, des roulades, des finesses d'accent, autrefois entendues, — 
et qui, des mères aux filles, se conservent les mêmes... La musique, dans cette contrée, 
n'a pas été gâtée par l'imitation des opéras parisiens, des romances de salon, ou des mélodies 
exécutées par les orgues. On en est encore, à Senlis. à la musique du seizième siècle, con- 
servée traditionnellement depuis les Médicis. L'époque de Louis XIV a aussi laissé des 
traces. Il y a dans les souvenirs des filles de la campagne, des complaintes — d'un mauvais 
goût ravissant. On trouve là des restes de morceaux d'opéras du seizième siècle peut-être 
— ou d'oratorios du dix-septième. » 

Il est facile maintenant de s'expliquer comment avec de telles idées dans la tête, Gérard 
se faisait mettre les menottes aux mains. Un peu aventureux de son naturel, partant de Paris 
un beau matin avec tout son bagage dans sa poche, habillé le plus souvent d'un habit noir 
qui était bien l'habit d'un poète, Gérard, en 1855, ne ressemble-t-i) pas à La Fontaine qui 
part à pied de Paris pour Château-Thierry ? C'étaient à peu près deux natures analogues pour 
la distraction et l'insouciance; mais il a manqué à l'humoriste une madame de la Sablière. 
Le cœur plein d'une Sylvie idéale, il s'en allait sur les routes en chantonnant: Si j'étais 
hirondelle, — Que je pusse voler, — Sur votre sein, nia belle, — J'irais me reposer. 

Et, le couplet fini, le voilà entraîné dans un monde de réflexions sur la pauvreté de nos 
rimes modernes si riches. La ballade du Rosier blanc lui revient en mémoire, et il se demande 
quelle singulière analogie de tempérament a fait que le poète allemand, Lhland, ait composé 
un poème presque analogue à la complainte de l'Ile-de-France. 

Arrivent au loin deux gendarmes à cheval , un féroce bonnet à poil sur la tête , qui 
examinent d'un œil de défiance Gérard étendu sur le gazon, au soleil , avec un mauvais habit 
noir râpé. En ce moment il se demande comment la sévère rime française s'arrangerait 
aujourd'hui de ce couplet : 

La fleur de l'olivier, 
Que vous avez aimée , 

Charmante beauté , 
El vos beaux yeux charmants 
Que mon crenr aime lanl , 
Les faudra-t-il quitter ! 

— h Votre passe-port ? > demande un gendarme. Gérard n'avait jamais de passe-port à 
vingt lieues de Paris; il n'avait que de la poésie. C'est ce qui explique sa malheureuse fin; 
mais en prison, pour se distraire, il chantait la fameuse ballade : Ma fille , il faut changer 
d'amour, — Ou VOUS entrerez dans la tour. — A quoi la demoiselle répondait : J'aime 
mieux rester dans la tour, — Mon pire , t/uc de changer d'amour. 

Plus tard le duc Loys allait visiter sa fille en prison : Bonjour, ma fille ! comme vous 
en va? — Ma foi, mon pire, ça va bien mal ; — J'ai les pieds pourris dans la terre, — 
Et les rôtis mangés des vers, 

Gérard , d'habitude , ne pourrissait pas en prison : ses amis de Paris s'empressaient 
d'envoyer d'honorables renseignements sur son compte. Il sortait de toutes ces aventures 
gai comme un pinson, et chantait au geôlier étonné : Ma fille , il faut changer d'amour... 
— Ou vous resterez dans la tour. — J'aime mieux rester dans la tour, — Mou pere, que 
de changer d'amour. 

Champmdky. 



195 Xe- 

GERMINE. 

UISIQIE I K C Dl I L L 1 K KT TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. UEKKRLIV 



- Allegretto. 
CHANT. = 



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Un jou-re que Ger-mme é-toit dans 



PIANO. 









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-liers. Par i - ci il pas - sa trois jo - lis ca - va - liers. 
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Ah! bonjour donc, filhlt' , fillett' à marier. 
— Je ne suis point fillett' , fillclt' à marier. 
Je ne suis point fillett" , fillett! à marier. 



Mon pèr' m'a mariée à quinze ans et demi, 

\ "là aujourd'hui sept ans que j' n'ai vu mon mari, 

VJà aujourd'hui sept ans que j'n'ai m mon mari. 



Ah! bonjour donc. Madam' . pouvrz-voiis nous loger? 

— Xon , non , mes beaux messieurs, je n' puis pas vous loger. 

Car à mou mari je promis fidélité. 



■-3- !«><) «» 



Allez à c' beau château que vous voyez d'ici , 
Là vous y trouverez un log'ment pour la nuit , 
Car c'est là que reste la mer' de mon mari. 

Ah! bonjour donc, Madam', pouvez-vous nous loger? 
Oui , oui , mes beaux messieurs , je puis bien vous loger , 
Ainsi que pour y boir', pour y boire et manger. 

Xous ne voulons ni boir', ni boire et ni manger, 
Sans que Gcrmin' vol' fi H' vienn' nous accompagner, 
Sans que Germin' vot' lill' vienn' nous accompagner. 

Ali! bonjour donc, Germine, il y a trois beaux messieurs 
Qui ne veulent ni boir', ni boire et ni manger, 
Sans que tu sois, Germine, à les accompagner, 

Si n'étiez pas la mèr', la mèr' de mon mari, 
Je vous ferais passer à Lyon sur le pont , 
Pour vous faire manger par les petits poissons. 

La bonn' mèr' s'en retouru', s'en retourne en pleurant : 
Mangez, mes beaux messieurs, Germin' n' veut pas venir 
C'est la plus méchant' fernin' qu'il y ail dans le pays. 

Si vous n'tiez pas la mèr', la mèr' qui m'a nourri, 
Je vous ferais passer au fil de mon épé', 
D'avoir voulu séduir' Germin', ma bien-aiiné'. 

Ouvre ta port', Germin', c'est moi qu'est ton mari. 

— « Donnez-moi des indic's de la première nuit, 
Et par là je croirai que vous cl' s mon mari. 

— T'en souviens-tu, Germin', de la première nuit".' 
Où tu étais monté' sur un beau cheval gris, 
Placée entre tes frèr's et moi ton favori ? 

— Donnez-moi des indic's de la deuxième nuit , 
Et par là je croirai que vous èt's mou mari, 

Et par là je croirai que vous ét's mon mari. 

— T'en souviens-tu , Germin', de la deuxième nuit ' 
En te serrant les doigts ton anneau y cassa , 

Tu eu as la moitié, et l'autre la voilà. » 

Elle app'la la servant' : Génét' , venez bien vil', 
Apprêtez feu et (Ïambe , et fait's un bon repas, 
Car voici mon mari que je n'attendais pas. 



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CHANSON DE L'AVEINE. 

MUSIQI'E RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. H. U'EKERLIV. 



CHANT. 



^ g Allegretto moderato 



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- ment, comment On sè-me l'a - vei - ne? Mon pè-re la semoit ain 



à 



- si, Puisse re-po-soità de -mi, Frap-pe du pied, puis de la main, Un petit 



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Decresc. , Rit 



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>urson voi-sin! A-veine, aveine, a-vei - ne, que le beau temps t'a - 



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tour pour son 



Décrète. 



\ Hit. 



/ A tempo. 



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- mè - ne, A- veine, aveine, a-vei - ne, quo le beau temps t'a-mè - ne. 

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l oiilcz-vons savoir comment, comment, 
On plante F aveine? 
Mon père la plantait ainsi : 
l'ois se reposait à demi. 
Frappe du pied , puis de la main , 
In petit tour pour son voisin ! 
A veine, aveine, aicine, 
Que le beau temps t'amène. 



(bis.) 



U 



\oulez-vous savoir comment, comment 
On coupe l' aveine? 
Mon père la coupait ainsi 
Puis se reposait à demi, 
Frappe du pied, puis de la main, 
lu petit tour pour son voisin ! 
Aveine, aveine, aveine, 
0»e le beau temps t'amène 

\oulez-vous savoir comment, comment, 
On mange Taverne? 
Mon père la mangeait ainsi, 
Puis se reposait à demi, 
Frappe du pied, puis de la main 
In petit tour pour son voisin ! 
Aveine, aveine, aveine, 
Que le beau temps t'amène 



(Ài*. 



(bis.) 



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SI LE ROI M'AVAIT DONNÉ. 

UUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC T1AXO I-AR J. R. UEKERI.IX. 



- Âllrqrctto moderato 






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Si le roi m'a- 


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vait don -né 




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Nfta, Ty(M.grt|>hir Itniri Tins, un- Gjininiéri , H 



ROUSSILLON. 



J ' A I T A N T F h li l R K. I.K C II A N li M K N T I) li GARNISON. 

EN REVENANT I) li S A 1 N T - A L I! A N . 



Je ne me rappelle plus où avoir vu une estampe curieuse de la Révolution, qui représentait 
la plantation d'un mai dans un village du Iioussillon. Celle gravure nette et saisissante comme 
toutes les gravures de la même époque, restait dans les yeux pour toujours, et aujourd'hui 
je vois encore, comme si je la regardais, l'image de ce mai auquel pendaient une couronne, 
une corde et un sabre. Tout d'abord je crus qu'il s'agissait d'un mât de cocagne garni de 
ses prix ; mais la courte légende au bas de l'estampe me remit dans le droit chemin. La cou- 
ronne servait à l'amoureux triomphant qui avait planté le mai sous la fenêtre de sa belle : 
par les deux autres objets pendants il montrait le sort qui l'attendait si son amour était 
repoussé. La corde était le symbole du monacat et le sabre représentait la vie du soldat. 
Toute cette époque de 89 a été fertile en symboles, à commencer par le tiers état, qui 
inscrit partout son rébus national, la crosse, l'épée et la bêche, sur les enseignes, sur 
les tentures, au fond des assiettes. Partout le tiers état s'écrie de sa voix puissante : Très in 
uno, surmonté du IV. le roy. Les amoureux du Roussillon obéissaient aussi à cette loi du 
très in uno : le galant, suivant qu'il était choisi ou repoussé de la belle, s'offrait à devenir 
son amant heureux ou à oublier son amour au sein d'un cloître ou à combattre pour la 
patrie. 

Le mai des autres provinces est plus simple et plus naïf ; d'habitude c'est une simple 
déclaration. Ici l'amoureux ne se contente pas An je vous aime exprimé par la couronne, 
il indique quel parti violent il prendra si la belle ne partage pas sa flamme ; mais, si j'en crois 
mon expérience, beaucoup de galants ont été repoussés qui ne se sont faits ni soldats ni 
moines, et qui ont été planter un mai sous la fenêtre d'une autre moins cruelle. 

Du reste, il ne faut pas plaindre seulement les garçons, et si on pouvait ramasser toutes les 
chansons qui ont été faites sur les amours malheureuses, on en trouverait certainement autant 
en faveur des filles trahies que de celles ingrates. J'ai tant pleuré est un des types de chan- 
sons les plus répandues en l'honneur des filles qui ont gardé leur foi. L'amant s'en va à la 
guerre tout à coup; pensera-t-il toujours à sa Jeannette? Tel est le fond de cette chanson qui 
m'a poursuivi partout, qui est incontestablement du Roussillon, puisqu'elle nous a été com- 
muniquée par le chanteur Lamazou, et que cependant j'ai entendue à Besançon, chantée par 
une paysanne, et qu'on m'a communiquée dans le Bourbonnais tout récemment. Je vais 
essayer de donner une explication de ces redites dans des pays si différents. Pourquoi Manon 
Lescaut, une fille du dix-huitième siècle, est-elle devenue tout à tout le type du roman 
moderne, sinon parce que l'abbé Prévost a su faire vibrer une corde qui résonne dans tous les 
jeunes cœurs! .Manon Lescaut, c'est l'amour à vingt ans, imprévu, spontané, et ne s'inquiétant 
guère d'où il vient et où il la. Tous les jeunes gens de vingt ans pourraient être des chevaliers 
Dcsgrieux , et c'est parce qu'il a su placer dans le cœur de son héros les sentiments de tous 
les jeunes gens de vingt ans, que l'abbé Prévost a écrit un chef-d'œuvre que rien ne peut 
entamer. Il en est des chansons comme des chefs-d'œuvre ; celles qui durent ont leur raison 
de durée. On retrouve la même dans différentes provinces, parce que les filles de chacune 
de ces provinces ont senti leur cœur battre en écoulant le compagnon qui revenait au village 
en chantant : J'ai tant pleuré. Aussitôt la mémoire a fait effort pour retenir cette chanson j 
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la fille qui la sait la chante tout le jour, ses compagnes la redisent en chœur. Voilà une 
chanson acclimatée dans le pays, avec des racines solides, arrosées de larmes en pensant au 
bien-aimé. Toutes les provinces envoient leurs enfants à la guerre, et combien de filles qui 
endorment leur tristesse en chantant : J'ai tant pleuré ! 

A de rares exceptions, ce sont les hommes qui font les chansons; il y a peu d'exemples 
de femmes poètes dans les campagnes. La seule que j'ai rencontrée est une certaine 
Dorothée qui rendait des oracles en vers au Val-d'Ajol, près Plombières. Les baigneurs ne 
manquaient pas d'aller rendre visite à cette Dorothée, qui les émerveillait en vrais Parisiens 
qu'ils étaient. Ils lui parlaient en vulgaire prose, elle se retirait cinq minutes dans sa chambre 
et leur répondait par un beau compliment en vers. 

Je crains toujours quelque supercherie de la part des poêles; cette Sapho en jupon de 
laine ne me paraissait pas devoir être possédée de violents sentiments poétiques, et je finis 
par découvrir qu'elle cachait dans son armoire le niailre d'école du Val-d'Ajol qui l'aidait à 
répondre aux baigneurs en quatrains et en sonnets. Il faut l'extrême civilisation pour créer 
des femmes poètes qui ont bien rarement apporté des graines nouvelles dans le jardin de 
la poésie. Une femme poète au village serait matière perpétuelle à gausserics ; les paysans 
la regarderaient comme une paresseuse et une inutile. Si le vigneron maçonnais sourit en 
voyant les efforts héroïques de M. de Lamartine pour ne pas abandonner le champ de ses 
pères et donner le plus clair de ses produits à ceux qui cultivent ses vignes, je me demande 
ce qui doit se passer dans le crâne épais des paysans berrichons cherchant à se rendre 
compte du genre d'occupation de M mc Sand. Pour eux la femme est restée presque à l'étal 
biblique : une sorte de compagne qui dans quelques pays tient de la bète de somme et de 
la servante , assujettie aux plus durs travaux , et si elle est quelquefois appelée , la nuit , en 
consultation sur des intérêts domestiques , doit perdre le jour toute trace de familiarité et 
d'égalité"? 

Cette condition de la femme dans les campagnes montre qu'elle ne peut pas passer son 
temps à composer des chansons, et c'est ce qui explique pourquoi les chansons étant com- 
posées par des hommes , doivent être plus souvent hostiles aux femmes. Aussi quand les 
filles en trouvent une qui rend il peu près leurs sentiments, s'enthousiasment-elles pour ces 
rimes mélancoliques, échos de leur cœur. J'ai tant pleure est une de ces douces com- 
plaintes qui par ces raisons a couru du Nord au Midi, dans l'Est et dans l'Ouest, en répan- 
dant sa rosée bienfaisante. 

J'aurais voulu pouvoir donner les Montangas régalades et lo Pardal, qui sont les véri- 
tables airs populaires du Roussillon, ceux que les paires, les mineurs et les bûcherons 
redisent toute leur vie sans s'en lasser; comme aussi quelques airs de danse eussent ele 
utiles à noter, car dans ce pays qui avoisine l'Espagne, la danse prend un accent passionné 
et bizarre; là les pères dansent encore à côté de leurs fils. Quand les jutglars ou musiciens 
ont commencé leur musique singulière de grands hautbois, de clarinettes, de cornemuses et 
de flageolets aigus, tout le village est à l'envers. S'il reste quelques spectateurs au début, 
bientôt le frémissement de la danse s'empare d'rux et ils se joignent à la bande. 

L'Espagne et l'Arabie ont laissé dans les environs de Rayonne quelques traces de leurs 
divertissements. Qu'est-ce que le saut à deux, où la femme enlevée par son cavalier reste 
assise quelque temps sur sa main pendant que celui-ci tournoie sur lui-même en jonglant 
avec Yalmaralsa , vase mauresque garni de plusieurs becs, dont les danseurs arabes se 
servaient pour répandre des eaux de senteur sur le corps des iihnées ? 

Ces danses nombreuses el variées n'ont plus aucun rapport avec les danses françaises : 
elles ont l'emportement, la passion, la sensualité espagnoles. 

Le drame amoureux s'y laisse voir clairement inscrit dans chaque altitude, dans chaque 
pas, dans les frôlements de mains, dans les voluptueux mouvements de hanches. Pour la 
mélodie elle a son caractère franc, bruyant et mélancolique à la fois, avec une harmonie 
nette et un peu primitive, qui n'en exclut pas le charme. Mais qui n'a pas été remue 
par ces rhythmes entraînants, qui n'a pas entendu les voix des danseurs mêlées au bruit 
du tambour de basque el des castagnettes , ne saurait s'en faire une idée. 

Cn HiPFi.Ei'nv. 



203 ïc. 
J'AI TANT PLEURÉ. 

U V S 1 9 B I RBCDBILLIB HT TRANSCRITS A V I C PIANO PAR J . n . VIIIH1I. 



And* con moto. 



PIANO. 




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J'AI TANT PLEURÉ. 



J'ai tanl pleuré, versé de larmes 
Que des ruisseaux en ont coulé ; 
Petits ruisseaux, grandes rivières, 
Quatre moulins en ont viré. 

Hélas! mon Dieu, que je suis aise, 
Quand j'ai ma mie auprès de moi ! 
Je la prends et je la caresse : 
Mon petit cœur, embrasse-moi 

u Comment vcu\-tu que je t'embrasse ? 
Un chacun m'dit du mal de toi ; 
On m' dit que t'en vas à la guerre , 
Que t'en vas pour servir le roi. » 

— Ceux qui vous ont dit ça, la belle, 
Ils vous ont dit la vérité; 
Mon cheval est là à la porte, 
El tout sellé et tout bridé. — 



u Quand tu seras dans ces montagnes , 

Tu ne penseras plus à moi ; 

Tu verras de ces Piémontaiscs 

Qui sont bien plus gentes que moi. » 

— Oh ! je ferai faire une image 
Tout à la ressemblanç' de toi ; 
Je la mettrai dans ma ebambrette : 
I.a nuit, le jour, l'embrasserai — 

Mais que diront tes camarades 
Quand te verront biger c' papier ? » 
J' leur dirai : C'est ma mi' Jeannette , 
CelT que mon cœur a tant aimée. — 

J'ai tant pleuré, versé de larmes. 
Que des ruisseaux en ont coulé ; 
Petits ruisseaux, grandes rivières. 
Quatre moulins en ont viré 



- 200 c 



LE CHANGEMENT DE GARNISON. 

UGSIQVB RECIKILI. IE ET TRANSCRITE AVEC P I A X PAR J. B. U EKERI. IX. 



Allegretto moderato. 



PIANO. 




Citant. 



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Pieu - rez, pieu 
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rez. 



bel - les des Mai -sons - 



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Neu-ves, Pieu -rez, pieu - rez, 



Bel - les de Sain - te - Croix ; 




il vous faut res - ter veu - ves , Et 



Jus - qu'à ce soir 



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cha - que mai - son Chan-ger de gar - ni - - son. 

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Chez vous, beautés qu'un beau sapeur astique 
Toujours , dit-on , 
L'amour est de planton. 
Pour la constance, vive la musique , 
Longtemps on est d'accord 
Vive l' étal-major ! 

A vos amanls ne soyez point rebelles ; 
Pour ces lurons , 
Nous vous épouserons , 
Pourvu pourtant que vous restiez fidèles 
Bien vertueusement 
A ce seul régiment. 



Belles aussi d'Aramits et d'Arette, 
Belles (I Accous , 
Lescoun, Ousse et Vedous, 

Pleurez celui que votre eu'iir regrette, 
Et dans un seul moment 
Vous faut changer d'amant . 

A vos amants laites bien la conduite, 
El par la main , 

Jusqu'à moitié chemin ; 
A la grand' halte il vous faudra de suite, 

Pour changer de vallon , 

Changer de bataillon. 

Belles d'en haut, regrettez moins les vôtres; 
Belles d'en bas , 

Xe vous tourmentez pas ; 
De ces amants les uns valent les autres. 

Si les premiers sont beaux , 

Les autres sont nom eaux. 



Nous donnerons, pour soutenir la France , 
Postérité 

De bonne qualité ; 
Nos fils naîtront le nez rouge garance , 

Numéro neuf au Iront ; 

A ça n'y a pas d'affront. 



( Couplet pour MM. les Lanciers. ) 

Samaritains , voyez pleurer vos daines , 
Pour ces Lanciers , 
Vêtus en officiers ; 

Brûlant, perçant partout avec leurs flammes 
Et leurs vilebrequins, 
Quels trous font ces coquins ! 



EN REVENANT DE SAINT-ALBAN. 



En revenant de saint Alban, 
Et ne vous estimez pas tant ; 
El ne vous zeste ziste zeste, 
Et ne vous estimez pas tant. 



(bk.) 

(bis.) 
(bis.) 



J'j ai rencontré un marchand : (bis.) 

Que vendez-vous là, le marchand? (bis.) 
Et ne vous zeste zisle zeste , i 
Et ne vous estimez pas tant ; 

Ce sont là des cœurs que je vends, (bis.) 

Combien les vends-tu, le marchand? (bis.) 
Et ne vous zesle liste zeste , ) 

r. . (bl.S.) 

ht ne vous estimez pas tant. ) 



Moi je les donne aux jeunes gens, (bis 
Mais aux plus vieux pour de l'argent, (bis 

Et ne vous zeste ziste zeste , ) 

n ■ 1 (bts 

Et ne vous estimez pas tant. ) 



Aux jeunes gens le paradis , | lus 

Mais pour les vieux je les maudis; (bis 
Et ne vous zeste ziste zesle , 
Et ne vous estimez pas tant. 



( bis 



Tu peux bien l'en aller, marchand , (bis. 
Tu n'auras guère de chaland, (bis. 
El ne vous zeste ziste zeste , | 
Et ne vous estimez pas tanl j 



(bis.) 



«*; 208 >*» 

EN REVENANT DE SAiNT-ALBAN. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PU J. H. UEKERLIX. 



CHANT. 



PIANO. 



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-ban, En re-ve-nant de Saint-Al - ban , Eh! ne vous es-timez pas 



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zes - te, Et ne vous es - ti-mez pas tant. 

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CHAMPAGNE. 



SUIt Lli ltORl) DE L'ÎLE. — CÉC1LIA. — c'BST LU JOUR DU UIGOTIAU. 



J'ai signalé à plusieurs reprises l'importance historique que pouvait avoir un couplet 
misérable eu apparence. Dans le village de Rilly-aux-Oies , les garçons et les jeunes filles 
chantent : 

Nous sons d'Rilly, — Nous sons d'Rilly-aux-Oics ; — Nous en d'vcnons, 
- Nous y rirons encore. 



Nous sons d'Rilly, - 
— Nous en d' venons, 



Celles, il semblerait qu'il n'y a pas là matière à chansons, caries paroles, malgré la musique, 
n'en offrent pas plus de charme ; mais sous ce couplet est enfouie une ancienne coutume 
féodale dont le souvenir n'a été conservé que par la chanson. Les archevêques de Reims 
firent remise aux habitants de Rilly-aux-Oies d'un certain impôt, et ceux-ci, pour témoigner 
leur reconnaissance , décidèrent qu'à l'anniversaire de cet événement les garçons et les 
filles , en habits de fêle , feraient le tour des halles en chantant un couplet à la mémoire 
des évêques. Le poêle de Itilly-aux-Oies , qui ne paraît pas avoir été favorisé d'une brillante 
imagination, composa le couplet, qui fut jadis chanté avec la solennité des chœurs d'Alhalie; 
il est resté populaire , on le chante encore. 

A Réru, un autre petit village, le jour du lundi gras, les garçons vont faire la quête 
en chantant à la porte des maisons une chanson de la même famille dont ils n'ont pas plus 
conscience que les paysans de Rilly-aux-Oies. Au singulier mélange de latin, de français, 
de ripaille, de royauté et de pousse des blés, il n'y a pas besoin de dire quelle est la date 
de ce couplet, sans doute modifié depuis la renaissance jusqu'à nos jours; mais n'est-il 
pas singulier qu'on crie encore Vive le roi François dans un pays qui a vu se succéder les 
grandes figures d'Henri IV, de Louis XIV, de Robespierre et de Napoléon? 

Volucres cœli — Et pisces mari! — Stila, qu'a perdu sa pouille, — On èt ben marri: — Esse 
qu'on bon bon. — Donnez-nous un bon jambon. — S'il èt p'lit, nous 1' pernons, — S'il èt gros, 
nous I' rendons. — Quand les blés sont en verdure, — Dieu nous donne bonne aventure. — Vive 
le roi — François! 

Je me hâte de quitter le terrain de l'histoire pour reprendre le chemin plus tranquille des 
mœurs et des habitudes locales. Comme il arrive souvent, les gens de Langres ont composé 
une chanson contre les habitants de Chaumont. 



Ay Langres y fait frod, dit-on; 

Mes y lait chaud ay Chaumont. 
Car, quand la bise ay v'iu rentey, 
Pour mieux l'attrape} 
Et l'empochey d'entrey, 
Les pothes y ont fait fromey. 



Ay Chaumont , ay la Saint-Jean , 
Lay musique c'ay du pieu chant. 
Stu (pu; fait la basse est obligey, 
l'on grossi sa veix 
Et pou mieux chanley, 
To le jo d'salley baiguey. 



u Aux Isleltes et à Chaudefontaine, dit M. Tarbé, le premier jour de mai, les enfants 
vont de porte en porte quêter pour allumer un cierge devant l'autel de la Vierge. Ils font des 
gaufres avec de la farine, que chacun joint à son offrande. Cet usage se rencontre dans un 
certain nombre de villages champenois. » Je détacherai un joli couplet de la chanson de mai 
de la commune des Islettes , près de Sainte-Menehoujd. 

Trimasots! en nous en allant — Nous pormenés eddans les champs, — Nous y ons Irouié les 
blés si grands, — Les aubépin' en fleurissant. — Oh! Jésus-Christ! — Oh! Jésus -Christ ! — 
C'est le mois, note mois, — Le mois de mai qni est entré. 

L'esprit religieux domine dans cette chanson de mai, qu'on pourrait pi i ranger dans la 

famille des Xoëls. Dans les autres provinces, le mois de mai amenait plus généralement 
l'amour; en Champagne, je remarque au contraire que Dieu et la Vierge sont mêlés aux 
rondes, aux quêtes que les jeunes filles vont faire drus les maisons afin de pouvoir garnir 
27 



>»< 210 >ck 



de nombreux cierges l'autel de la Vierge. L'image de Dieu revient à chaque couplet, naïve 
et saisissante ; il s'agit de flatter Y amour-propre des gens pour les mettre à contribution. Les 
jeunes filles savent trouver l'endroit sensible des mères de famille. 

Quand vous couchez vot' bel enfant, — Quand vous couchez vot' bel enfant, — Vous lo couchez 
et lo leuvez, — Et à toute heure ed la jornée, — Ed devant Dieu, ed devant Dieu. — G'èt lo 
mai, — Mois ed mai , — G'èt lo joli mois cd mai. 

Les pays fertiles , la Bourgogne , par exemple , ont fait entrer dans les Xoëls le catalogue 
de leurs pâtés, de leurs volailles, de leurs andouillettes, de leurs rissoles, de leurs hugnettes, 
de leurs boudins blancs; on pourrait croire qu'il s'agit d'un prospectus de charcutier. Mais 
dans le pays du vin de Champagne, le poète y a mis plus de délicatesse. L'enfant Jésus sera 
moins empiffré qu'en Bresse, car voilà les principales nourritures qui se dirigent vers sa 
crèche : 

Celles de Cormontreux , 

Ayant ouï le son 
De Champigny, Tinqueux, 
De Saint-Bricc et Xausson , 
Apportèrent poissons, 
Anguille et rosselettcs. 
Celles de Liénard, . 
Gaillard , 
Apportèrent à grands pas, 
La la! 

Un sac plein de pcrchetles. 

Le Xoël n'est pas également bourré de nourriture dans tous ses couplets ; le sentiment reli- 
gieux du début et de la fin domine le côté matériel dont sont empreints beaucoup de Xoèls du 
centre de la France; mais ce qu'il faut chercher dans la chanson de province, c'est le goût 
du terroir. J'ai été frappé souvent en chemin de fer des figures particulières qui, dans les 
environs d'Epernay et d'Aï, montaient tout à coup en wagon. De gros hommes sanguins, 
joyeux, parlant bruyamment, me faisaient penser à l'influence du vin de Champagne sur ces 
grosses et gaies natures. Je retrouve cette influence dans un des couplets du même Xoël : 

Les filles de Cernay 
Xc furent endormies : 
Avccqncs beurre et lait, 
Tout's aux champs se sont mies : 
Et celles de Taissy 
Ont passé la chaussée , 
Après avoir oï 

Le bruit 
Et le riant débat , 

La la! 
De celles de Sillery. 

Xos pères ont beaucoup admiré la chanson de Désaugiors : Quand le Champagne — Fait, 
en s échappant , — Pan, pan. — J'aime beaucoup l'esprit fiançais de Désaugiers, mais 
dans le cas présent la musique a donné le ton à la chanson ; l'assonance générale des 
rimes manque tout à fait de légèreté. Trois vers courts dans lesquels il entre Quand, 
a' échappa n l , pan pan, ne peuvent lutter avec la leste, vive et spontanée conclusion d'un 
poète populaire qui n'a pourtant pas cherché à faire de l'art iinilatif : 

Après avoir oï 

Le bruit 
Et le riant détint , 
La la! 
De celles de Sillery. 

Ces cinq petits vers ne valent-ils pas une bouteille de vin de Champagne? 

Champfleirv. 



211 ;*» 



CÉCILIA. 

Ml SI QUE RECUEILLIR ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PAR J. B. UEKERLIV. 



Allegretto vxodcralo. 



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Mon pèr' n'a - vait d'en-fant que 



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CÉCILIA. 



Mon pèr' n'avait d'enfant que moi ; 
Mon pèr' n'avait d'enfant que moi ; 
Dessus la mer il m'envoya. 
Sautez , mignon , 
Cécilia, ah ! Cécilia, 

Dessus la mer il m'envoya; 
Dessus la mer il m'envoya ; 
Un beau monsieur je rencontra. 
Sautez , mignon , 
Cécilia , ah ! Cécilia. 

Un beau monsieur je rencontra ; 
Un beau monsieur je rencontra ; 
Et sans façon il m'embrassa. 
Sautez , mignon , 
Cécilia , ah ! Cécilia. 

Et sans façon il m'embrassa; 
Et sans façon il m'embrassa. 
Monsieur, mon pèr' se fâchera. 
Sautez , mignon , 
Cécilia, ah! Cécilia. 

Monsieur , mon pèr' se fâchera , 
Monsieur, mon pèr' se fâchera. 
Mais, la bell' , qu'est-c' qui lui dira? 
Sautez , mignon , 
Cécilia , ah ! Cécilia. 



Mais, la bell', qu'est-c' qui lui dira? 
Mais, la bell', qu'est-c' qui lui dira? 
Ce seront les oiseaux des bois; 
Sautez , mignon ; 
Cécilia , ah ! Cécilia. 

Ce seront les oiseaux des bois; 
Ce seront les oiseaux des bois. 
Que disent les oiseaux des bois? 
Sautez , mignon , 
Cécilia , ah ! Cécilia. 

Que disent les oiseaux des bois? 
Que disent les oiseaux des bois? 
Que les femmes ne valent rien , 
Sautez , mignon , 
Cécilia , ah ! Cécilia. 

Que les femmes ne valent rien , 
Que les femmes ne valent rien , 
Et les hommes encor bien moins. 
Sautez , mignon , 
Cécilia, ah! Cécilia. 

Et les hommes encor bien moins, 
Et les hommes encor bien moins. 
Pour les fill's, ils en dis'nt du bien, 
Sautez , mignon , 
Cécilia , ah ! Cécilia. 



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*x 213 



SUR LE BORD DE L'ILE. 




SUR LE BORD DE L'ILE. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J. B. WEKF.RLIN. 



PIANO. 



Allegretto moderato. 



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Citant. 



C'é - toit la fill' d'un prin - ce, Bon ma-tin s'est le 











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Bon ma-tin s'est le - vé, Sur le bord de l't - le, 



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Elle aperçut un' barque. 
Trente garçons dedans , 

Treille garçons dedans , 

Sur le bord de l'île , 
Trente garçons dedans , 
Sur le bord de l'eau. 

Le plus jeune des (rente 
C baillait une chanson , 
Chantait une chanson , 
Sur le bord de l'île , 
Cbanlait une chanson, 
Sur le bord de l'eau. 

La chanson que vous dites, 
Voudrais bien la savoir, 
Voudrais bien la savoir , 

Sur le bord de l'île , 
Voudrais bien la savoir, 

Sur le bord de l'eau. 

Entrez dans notre barque , 
Nous vous l'apprenderons , 
Nous vous l'apprenderons, 

Sur le bord de l'île , 
Nous vous l'apprenderons, 

Sur le bord de l'eau. 

Quand la bell' fut en barque , 
EU' se mit à pleurer, 
EU' se mit à pleurer, 

Sur le bord de l'île, 
EU' se mit à pleurer , 

Sur le bord de l'eau. 



Que pleurez-vous , la belle, 
Qu'avez-vous à pleurer? 
Qu'avez-vous à pleurer? 

Sur le bord de l'île, 
Qu'avez-vous à pleurer, 

Sur le bord de l'eau ? 

Je pleur' mon anneau d'orc , 
Dans l'eau-z-il est tombé, 
Dans l'eau-z-il est tombé, 

Sur le bord de l'île , 
Dans l'eau-z-il est tombé, 

Sur le bord de l'eau. 

Ne pleurez point , tant belle , 
Nous vous le plongerons, 
Nous vous le plongerons, 

Sur le bord de l'île, 
Nous vous le plongerons, 

Sur le bord de l'eau. 

La premier' fois qu'il plonge , 
Il n'a rien ramené, 
Il n'a rien ramené , 

Sur le bord de l'île , 
Il n'a rien ramené , 

Sur le bord de l'eau. 

La s'conde fois qu'il plonge, 
L'anneau-z-a voltigé, 
L'anneau-z-a voltigé, 

Sur le bord de l'île , 
L'anneau-z-a voltigé , 

Sur le bord de l'eau. 



La troisièm' fois qu'il plonge, 
Son amant s'est noyé, 
Son amant s'est noyé , 

Sur le bord de l'île, 
Son amant s'est noyé, 

Sur le bord de l'eau. 



C'EST LE JOUR DU GIGOTIAU. 

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC P I A X PAR J. B. U K K E R L I X. 



CHANT. 



PIANO. 



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Allegretto. 




Re - mu-ons lou-tes ces fil - les 



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Qui dansent dans ce hamiau , 



Qui voudraient qu'on les far-lil - le, 



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Pierre , 
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Frappons 

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nos pieds conlre terre, Rabifions notre chapiau, Tous ces garçons-là lan-tarnent , Ils ne 




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val'nt pas u-nc piar'-.C'cst le jour du gi-go-tiau, C'csl le jour du gi-go-tiau 

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Pari*. Tvpo(jra| liÉf Htnri I'los , rue Caraiicidre, 8. 



TAULE ANALYTIQUE. 



PRÉFACE. — Somuaip.i:. I. Opinion d'un statisticien 
méridional sur la chanson populaire. ■ — Réaction actuelle 
en faveur de la poésie populaire. — Platon , Montaigne, 
Jean-Jacques, Gccthe, défenseurs de l'art naïf. — ITn mot 
de Gœlbo. — Ce qui fait applaudir la foule. — Corneille 
et Racine. — Amour de Molière pour la poésie populaire. 

— Le Misanthrope. — Le géomètre Malherbe. ■ — Les 
chansons que chantait Malherbe, citées par Tallemant des 
Réanx et Racan. — Malherbe précurseur de M. Proudhon. 

— Son opinion sur les poêles. — Il faut se défier des es- 
prits chagrins. — Opinion de Montaigne. — Luther. — 
Définition de la chanson par Jean-Jacques. — Veedtii - 
manze spagnole. — Le poète du Bellay amoureux de l'an- 
tiquité. — 11 sacrifie toute espèce de poésie nationale et 
reste poète. — Source de toute poésie. — M. de la Ville- 
marqué. — Son opinion se rencontre avec celle de Mon- 
taigne. — Les Barzaz-Iireiz. — Les frères Grimm. 

11. Cbarlcmagne fait recueillir tous les chants des races 
germaniques. — Décret du 13 septembre 1852. — Recueil 
de poésies populaires de la France. — Projet approuvé par 
l'Empereur. — Goût des paysans pour les romances des 
villes, et des habitants des villes pour les chansons de la 
campagne. — Esprit prétentieux des paysans. — Les yens 
du paysage... — Le patois \a disparaître. — Il est proscrit 
des écoles. — Histoire d'un enfant qui s'entêtait à parler 
patois. — Instructions relatives aux poésies populaires de 
la France. — Difficultés des collectionneurs de chansons. 

— 11 est plus facile de faire l'histoire des rois et des 
princes que celle du peuple. — M. Boucher de Perthes. 

— Souvenirs du paus basque. — Comment s'improvi- 
sent les chants populaires. — Couplet chanté , couplet 
oublié. — Pas de manuscrit, pas de secrétaire pour le 
saisir cl le fixer. — M. Fr. Michel. — Découverte de 
piècci écrites. — La France obscure. — Litanie d'un barde 
breton contre les chanteurs de son temps. — Les hier. — 
Lcors orgies et leur peu de respect pour les règles reçues. 

— Tous les chansonniers populaires agissent comme 1rs 
hier. — Pourquoi ils ne sont pas aimés. — Le raga d'Ilee- 
puck. — Supplice qui attend les chanteurs dans l'Inde. — 
Mari , Beethoven, U'cbcr, atteint! du raga — Le sup- 
plice do chanteur, c'est le génie. — Douce influence île la 
chanson. — Noël du Fail — Prnpnt ruttigurt — La peste 

28 



chassée par la chanson. — Chanson nuisible au chanteur. 

— Mœurs arabes. — La Gazette des tribunaux. — Chan- 
teur arabe assassiné par uu n ui jaloux. 

III. Analogie des chansons. — Champollion le jeune. 

— Chanson égyptienne. — Chansons grecques, égyptiennes, 
écossaises . françaises. — Ballade allemande. — Mélanges 
de chants religieux et profanes. — Les dentellières de 
Bailleul. — Leur sentiirenl poétique. — M. de Cousse- 
maker. — Chants populaires des Flamands de France. — 
La danse des jeunes vierges — Lettre de M G. Le V'avas- 
seur. — Chanson normande. — Quatorze couplets. — File 
est incomplète. — Les chansons n'ont pas de patrie. — 
La 38 e chanson de Gautier (j'aiguille — l'ne formule pour 
plusieurs chansons. — Privilège des poètes populaires. — 
Le vers s'allonge ou se réduit à volonté — M. Rathery. — 
La triade. — M. Edouard Fournier. — Les vieillards, 
thèmes à chansons. — Le recueil de P. Atteignant. — 
Comment les lieux maris y sont traités. — La Comédie des 
chansons. — Chanson contre les vieillards envovée du Dau- 
phiné. 

IV. Bougainville. — Le Taïlieu. — Poétique rague. — 
Principale règle de la chanson. — M. Rayuouard. — Si 
le roi m'arait donné. — Rhjthme par assonance. — Chan- 
son franc-comtoise. — Rencontre d'une jt une lillc sur une 
montagne. — Poétique des paysans impossible à régula- 
riser. — Les chansons de filasse. — M. de Reaurepaire. — 
Poésie populaire en Xormandie. — Lettre de madame Sand. 

— Lettre de madame B. de M — Lettre de M. U'clcrlin. 

V. Le chanteur nécessaire dans toutes les fêtes. — 
Vanité des paysans. — Ils veulent être connus de ta posté- 
rité. — Signature de l'auteur an dernier couplet. — (lui 
a fuit cette chanson * 

VI. Le bis et le ter. — La chanson cueillissnire. — M. de 
Beaurepaire. — Facture de la chanson populaire. — M 'le 
la Villemarqué. — Retour du dernier vers dam la fabrica- 
tion des couplets. — Improvisation. — Refrain» par ono- 
matopées. — Leur origine. — Que mhrlt-Ut dire? — 
M. Weherlin. — Kchos du tempi pnif. — Mgue une no 
mute — La Chnnmn SU la bigonruaité. - - Platon. — La 



•«<: 218 >*» 



théorie des sensations. — Chansons de nourrices. — M. le 
comte Jaubert. — Glossaire du centre de la France. — Le 
Tribonot. 

VII. Moeurs et usages mis en chansons. — La chanson 
de la Saint-Martin. — Les Basques joueurs de paume. — 
Commisération des Flamands pour les animaux. — Chanson 
sur différents sujets. — M. de Coussemaker. — Les Brandt- 
Ions. — Malice contre les moines — Le mois de mai célébré 
partout. — Trois chansons du mois de mai sur le même 
air. — Rondes historiques. — Souvenirs de la chevalerie. 

— Le lacchuber dans les Hautes-Alpes. — Les roques du 
Cbarolais — Délicatesse de l'amour dans les Flandres. — 
Chanson de Duukerque. — Chanson de la basse Navarre. 

— Une jeune fille pleure sa faute. — Traduction de 
M. Fr. Michel. — Couplet recueilli à Henrichemont par 
M. le comte Jaubert. — Oh! — Chansons de noce. — 



M. Achille Allier. — L'Ancien Bourbonnais. — La danse 
du regret. — Chanson envoyée de Clamecy par M. Ri- 
banlt de Laugardièrc. — Chanson envoyée d'Amiens par 
M. l'rarond. 

VIII. Première récolte de chansons populaires. — Grande 
diversité de genres. — Sentiments exprimés et usages lo- 
caux. — Bibliographie. — Rareté des travaux sur la poésie 
populaire. — Véritables auteurs de ces poésies. — Une 
branche de l'arbre archéologique. — Lettre de Haiiy à 
Geoffroy Saint-Hilaire. — Eloge et bienfaisance de la 
botanique. — Botanique archéologique. — Excursions 
artistiques dans les villages. — l'ius de raison que de 
rime dans les chansons campagnardes. — Géographie 
naturelle de la France par chansons. — Sentiments mieux 
dépeints que par la rhétorique. — Innocence des esprits 
utile à l'art. 



PICARDIE page 1 

SouiiAir.F. — La poésie populaire peu étudiée jusqu'ici. — ■ 
Congrès archéologique de Laon. — Lettre à ce sujet de 
M. l'rarond, d'Abbeville. — Le patois à Saiut-Quentin. 
— Kpitaphes picardes. — Chanson de nourrice. — 
Chanson du Bouhourdis , citée par l'abbé Corblct. — 
Ma lame Pierre Dupont — Sentiment parisien. 

FLAXDRE page 

Soiiuaire. — Estampes flamandes. — Le carnaval groënlan- 
dais près de Dunherque. — Fcte de Noël à Biillcul. — 
La chanson du Hommelpot. — Rondes flamandes. — Les 
Jtoozenkoëd. — Ron1*c du Ruban. — Le refrain de Lire 
boulire! lire boula! — Comment les Flamands se pas- 
sionnent. — Sentiment plus vif que chez les méridio- 
naux. — La chanson de la F Me de Sainte-Anne. — Ronde 
des Filles de Quimptrlé. — Refrain : Hé! courage! rirnt ! 
— La chanson folle du Hibou. — Celle du Carillon de 
Dunktrgue plus folle encore. — Coté insaisissable de 
l'esprit des Flamands. — Les chansonniers détaillent et 
analysent tout — Le Hareng saur cl la chanson parisienne. 

ALSACF, page 17 

Souuvms. — Influence de l'élément suisse et de l'élément 
allemand dans celle province. — La musique chei les 
paysans. — Artiste» nomades de» bords du Rhin. — Dif- 
férence entre le» dialecte» du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. 

Popularité de» chanson» d'Ilcbel dans le Sungau. — 

Auguste Slober. — Une berceuse — Rôle important de la 
berceuse dans la poésie populaire — Simplicité de cette 
dernière. — La chanson des bciqvrts. — Cuisine et 
poéiic mêlée». — Satire en chanson contre le» mar- 
chands qui trompent le peuple. — Amour et épicurisme, 
fond des poésies alsaciennes. — Un proverbe. — Ori- 
gine tyrolienne de la mélodie du Diablotin. 

LW'GUEDOC P»!J<' '-!•> 

Souviiini!. — La poésie spontanée. — Les méridionaux se 
vengent par des chansons. — Montpellier. — Jolie voix 
des femmes. — Airs peu naïfs. — Les processions. — 



Chœurs religieux sans originalité. — Lettre de M. Soulas. 

— Courses de taureaux. — L'homme blessé chansonné. 

— Romance de Clotilde. — Sa ressemblance avec le 
conte de Barbe-Bleue. — Origine et tradition de toute 
poésie. — Généalogie de Polichinelle. — A qui appar- 
tient la création à'Hamlel. — Joli dragon. — Sentiments 
nombreux en peu de vers — Le poète s'est passé de 
transitions. — Effet plus vif. — Jolie complainte mont- 
pelliérienne. 

NORMANDIE page 33 

Souvnir.e. — Pommes et chanson». — Aussi nombreuses 
les unes que le» autre». — A chaque récolte ta chanson. 
Nécessité d'une classification. — Chanson» moissonneuse», 
chanson» cueitlissoires, chanson» de filasse. — M. Eugène 
de Beaurcpairc. — Le peuple est bien l'auteur des 
rAansons de filasse. — Ce titre lui appartient. — Jolies 
chansons cl jolie» filles en bonnet de colon. — Noël 
normand. — La C.olinetle qui yrte la galette. — Cou- 
plet «ur le mardi gras. — Couplet menaçant et chanson 
galante d'un mendiant. — Couplet égrillard. — Façon 
d'entendre l'amour. — Le rhylhme du moulin. — Tous 
les musiciens s'en sont empare». — Gaillaidi»* du tir- 
lac. — La dernière chanson de moulin. 

l'.OUUCiOGXE P«3 C ** 

Soumini. — Noël» de la Bresse. — l'eu de poésie , mai» 
abondance de victuailles. — Le petit Jésus bien nourri. 
— Le» glorieux de Laon — Le» Bressans bien plu» va- 
niteux. Leur» noms cités dan» le» noel». — Exemple 

de poé»io rcligiosn-rulinairc. — Nomenclature d'au- 
herges. — M. Philibert le Due. — Autre noel. — Toutes 
le» personne» qui y prrnicnt part sont nommées. — 
L'Knterreme nt d'Ornans . de M. Courbet. — Noms des 
personnages. — Tonte la ville présente — Fèlc du moi» 
de mai. 

I1EURY 49 

S il i — Madame Sand — Patoi» au théâtre. — Lit- 
térature de village. — Echo en Allemagne. — Riche 



-21 



9 



mine littéraire en Bcrry — M. Charles Ribaull de Lau- 
gardiére. — Talent de paysagiste. — Conversation ai et des 
paysans. — Difficulté dn chercheur de poésie* populaires 
en Berrj. — Chanson de noce. — Sentiment chaule. — 
Solennité de» chants de noce. — Gratite des chants po- 
pulaiies relatifs an mariage. — Le peuple est toujours 
solennel à ce sujet. — Leçon 6'in père a fa fille. — 
Différence entre on mariage de la lille et celai de la 
campagne — Conplel d onc mariée. 

GCYEXXE ET GASCOGNE. page 57 

Soumise. — On s'occupe peu de la poésie populaire dans 
le Midi. — Elle et cependant riche. — Le chant de 
la Voilure. — Les bo-ufs iSa^arin. — Les cbevaus 
Polignac. — La chanson de Jean Je la Reoule. — La 
Cuillonnee. — Noces de l'ancien Baxadais. — Couplet 
de noce. — Précaution d'uDe jeune fille. — Mmtiemr le 
curé n'est pas content. — Le droit do seigneur partagé. 

— Plantation dn mai. — Tristes ornements. — Chanson 
contre une sériante. — La Justine, chanson d amour. 

AUUERGXE page 65 

Soumsise. — Caractérisliqoe de 1'Auiergnat à Paris. — Il 
reste toujours Auvergnat. — La bourrée hors barrière. — 
Souienir do pays. — La Montagnarde. — M. Booillet 

— L' Album auvergnat. — Grande variété de bourrées. 

— Coquetterie des Auiergnates. — Senlimcnt poétique 
des Auvergnats. — M. de Barante. — Vieillard d'a- 
mour. — La Première nuit des noces d'uiu jouvencelle. 

— La Bergère de Courpière. 

SA1XTOXCE, AXG01M0IS ET PAYS 
DACXIS page 13 

Soaaaitt. — La P'tite Rosette. — M Castaigne. — Le 
médecin de l'Empereur. — Pratiques de vieillards in- 
fligées à une jeune fille. — Le couplet de mauvais goùL 

— L'hypocrisie moderne. — Lettre à II. Ampère. — 
La Cftonaanle Vagotte. — Les Lorrains , rrnoViirj de 
chansons. — La Femme du roulier. — M. Sainte- 
Beuve. — Madame Sand. — Moralité de la Femme du 
roulier. — Opinion de M. Ampère. — Comment cette 
chanson est arrivée jusqu'au comité officiel. — Son ori- 
gine vraiment populaire. 

FRAXCHE-COMTE page 81 

Soaaaiat- — L'amour des noils — L'imprimeur Gauthier. 

— La Monnoye de Dijon — L'esprit railleur et scep- 
tique des noéls francs-comtois. — Sentiment religieux 
peu prononcé. — Les bousbots. — M. Michelet — 
Religion de» paysans. — Influence révolutionnaire du 
tin. — Les BKMtaanon» du Jura. — Le Joli petit pou- 
pon. — Indigestion des cannes — La couraille. — Ils 
ne peuvent fêter Noël. — Précaution des cordeliers, qui 
Ici rend malades aussi. — Refus des jésuites à fêler 
Noël. — Leor preleile. — Les capucin» empêche» par 
lenr barbe — Le refrain dn Joli petit poupon. — L en- 
fant Jésu» reste seul. — Les moine» pensent comme 
Mazarin. — Deux chansons amoureuses — Leurs ori- 
gines différente*. — M. Mai Ruchon — Détail» impor- 
tants. — M. de la Villemarquc. — Vom et profra» on 
des gens du peuple. — Les sœurs de M. Courbet — 
Emeute et scandale violent dans l'art — Le comoi 



du général Lamarqoe. — Les déni airs des Trois jur- 
asses. — l oit . mon ca-ur. rolt. — M. Proodboa reli- 
gieux et mystique. — Tempérament franc -comtois. — 
Les points d'orgue des pajsans. — Les frorcajeries 
— Les romances modernes. 

lOIRBOXXAIS page 89 

Sosnuu. — Danses caractéristiques. — Le marche aax 
servantes. — Achille Allier. — Histoire ie /'ancien 
Bourbonnais — Sensations de vryege. — La bourrée 
bourbonnaise décrite par A. Allier. — Délicatesse de 
gestes. — Corot — Delacroix. — La bourrée n'est pas 
monotone. — Demande en mariage. — Les deux ser- 
vantes. — Regrets du pays. — J'ai fait une maîtresse. 



EÉARX paje 9Z 

Soiiiujii. — Ramificati es nombreuses de la chsnson cùrs 
quelques provinces. — La chanson cemparée à mm arbre. 
— Elle est uniforme dans le Bearn. — L'aasaw, s» jet 



principal des chansons béarnaises. — Belles méiodies. 

— Fantaisies pour violoncelle. — Le poêle Despoorrins. 

— Héritage inte.'ecUel partagé entre deax frères. — 
L'intelligence n'admet pas de droit d' aînesse. — Le cure 
Despourrins. — Charme du pateis béarnais. — La tra- 
dueiion nuisitlc aci lirj-ies rx'ridicEilei — Les lin- 
gues dn Xord la supportent mien — Lear caractère 
plus réfléchi et pins profond- — Le brio napolitain com- 
paré à la froideur anglaise. — Mot d une femme d'es- 
prit a propos de traduction. — Mélodies de Schubert 

— On ne s'inquiète pas des paroles. — M. Crevel de 
Charlemarne. — Le rom de Despoorrins ne figure 
pas dans la pléiade. — Sa popularité dans le Béarn. — 
Absence de chansons bachiques. — Une seule dans le 
recueil de M. Bivarès. — La femme préférée aa vin. — 

Juranron raut une chansonnette. — Peu de malice 

chez les Béarnais. — L'esprit d un peuple se reconnaît 
à ses poésies. — Xavarrot poète rerf galant. — Cbaasva 
de ville platot que de campagne. — Va Votunirar gui 
suit les femmes. — Les griseries de Béarn. — Esprit 
de ville. 

POITOU page 105 

Sa— liai. — Mariage dans le Poitou. — Usages singu- 
liers. — Pourquoi nous nous occupons do mariage. — 
Il se rattache à la chansen. — La superstition do poêle. 

— Voferie. — Cérémonie da ferrement. — Promenade 
du traine-bnlai — Les boogies de la Charadelear. — Le 
bal de Saintongr. — Le branle du Poitou — Loo.t SI. 

— Ses terre ors- — Ses distractions. — Ctinw n da la- 
boor. — Les dit boofs. — Jacques da Foailloaa. — 
Traite de vénerie. — Ce qu'aimait Jacques da Foaillcat. 

— Gra.ore» sur bois. — Fac-similé. — Piain-cbar.l — 
Comme Us bergères eroaent leurs brebis. — Jacques da 
FooiL'oai musicien — Première notation d'aa chant 
populaire. — Poème de Jacqoes da Foaillon. 

TOI RAINE, \I\IXE ET PERCHE . . page 113 

Saaauaa. — Goatume de battre les blés. — Fête de la 
gerbe. — Ce qai ea résulta poar l'anm-e de» chouans. 

— Madame Sand — Graiare» cnriennrv — D»pJe-r»n- 
Rerlaai — La chanson drt snonsoaaeart- — Charme 



"20 >e> 



des derniers couplets. — Relour des champs. — 11 faut 
que le mari soit — Règle inflexible do mariage. — Le 
refrain : Xo! no! — Souvenirs celtiques. — Couplets 
des moissonneurs. — Il faut boire. — Chaleur du jour. 

— Ce qn'ou entend par Tourangeaux. — Absence de 
coutumes populaire». — La Violette. — La terdi , la 
xerdon. — Su' V pont du Xord. — Géographie des 
chansonniers. — Les ponts. — Le Pont d'Avignon et le 
Pont cassé. — Célébrité et éternité de tous ces ponts. 

— Les enfants aimeront toujours les ponts. 

XIVERXAIS page 121 

Souminr. — ML Dnpin. — Livre du .Uorrmi. — Chan- 
sons nicernichonnes. — Bas-reliefs de Phidias. — Degrés 
dans l'art. — Le Rosier blanc. — Couplet de la plaine. 

— Fragment de la montagne. — La couleur rerte. — 
Théophile Gautier. — Costume des femmes du Mon an. 

— La dorlotte — Luxe effréné. — Coiffage — Couplet. 

— L'amour des dentelles. — Orgueil des Chàteau-Chi- 
nonnais. — Les Marseillais. — La faïence de Xevers. — 
Le patouillot. — Poésie des faïences. — Distique. — 
Sentiment de la chanson chez les paysans. 

LIMOUSIN ET MARCHE page 129 

Souxumi. — Chanson auvergnate en Limousin. — A qui 
la chanson. — Bibraz et Alesia. — Les Commentaires 
de César. — Chant de la Vallicre au Mississipi. — Chan- 
son franc-comtoise au Canada. — La poésie civilisée. — 
Insurrection d'un poète contre la poésie populaire. — 
ta rhgthme! — Chois dans la pensée. — Mémoires de 
Saiut - Simon. — Style incorrect. — Le nombre I — 
Diderot, premier écrivain du dix-huitième siècle. — Le 
ronronnement. — Le creuset de la poésie. — Comment 
le poète Jasmin interprète la poésie populaire. — On 
le renvoie è ses barbes. — Autres essais malheureux 
dans le genre de celui de Jasmin. — La poésie popu- 
laire rebelle au régime de la poésie civilisée. — Jasmin 
ebansonné en Limousin — Le ménétrier limnusin. — 
Sa vie nomade. — Couplet. — Drives la Gaillarde. — 
Vie facile. — Couplet. — Les Limousins danseront 
toujours. 

ANJOU page 137 

Soumini. — Peu de noels dans celte publication — Be- 
soin d'une étude particulière des noels. — Gausscric 
d'un paysan. — Les symboles. — Cas qu'il faut faire 
de certaines théories. — Le Louvre dans un noel. — 
Caractère peu angevin do ce noel. — Fabrication pa- 
risienne. — La Bibliothèque bleue. — Chanson du ré- 
mouleur. — Sterne. — Influence du fie-tac et des >j»«» 
aor les chansonniers populaires. — Molière. — Besoin 
de rire. — La tragédie. — L'Académie. — M. Ponsard. 

— Paul de Kock. — Heureuse influence de Paul de 
Kock sur les convalescents. — Daujer de lire Lucrèce 
quand on sort de maladie. — M. Ponsard n'a rien à re- 
procher à Paul de hock sous le rapport de la forme. — 
A qui s'adresse la Chanson du rémouleur. 

DAUPHIN É page 147 

Souviumt. — Fêle de mai dans le Midi. — Le mois de 
mai salué partout. — La mnie de Valence. — L'amour, 
thème éternel — Le fringuire revenant de Marseille 



— La danse des Olivettes. — Lettre de M. Charles 
Mnssant. — Le ver à soie fournit le sujet de la chanson 
en Dauphiné. — Hossignolet des bois. — La Pernellc. 

— La chanson de Pingo les noix. — Onomatopée gro- 
tesque. 

BRETAGNE page 153 

Souuvir.E. — M de la Villemarqné. — Les frères Grimm. 

— Travail de M. de la Villemarqué. — Son utilité. — 
Son opportunité. — Ce travail rendu bientôt impossible 
même en Bretagne. — ta chemin de fer transforme 
tout. — Les Quatre fils Agmon et les Mousquetaires. — 
La Bibliothèque bleue cl le Journal pour tous. — La 
Chanson de la mariée. — Pas d'archéologie dans celte 
publication. — Madame de Sévigné. — Jean-Jacques 
Rousseau. — La Ballade des jeunes filles de Quimperlé, 
rapportée par M. Scbann . — Il y a différentes morales. 

LORRAINE page 161 

Souuaibe. — Les Trimauys. — Rivalités des villages voi- 
sins. — Comment on fait des couplets an village. — 
Les chirurgiens élymologistes. — M. A. de la Fiiclière 

— Le cooreur de guilledoux. — Caractère net et ré- 
solu du paysan français. — Oui, non. — Stendhal. — 
l.'Amour. — Les anabaptistes. — La Blonde. — Une 
nuit où la morale peut courir des dangers. — Le Ron- 
deau du Jozon. 

LYONNAIS page 169 

SounAïai. — Le canut peu porté anx compositions musi- 
cales. — Origine de Guignol. — Les ateliers de la 
Crois-Rousse. — Le lundi des ouvriers lyonnais. — 
Ancien refrain. — Couplet canut. — M. J. B. Coignct. 

— Le patois «nul brave la politesse en amour. — 
Chanson sur la révolte des canuts en 1788. — Couplet 
louchant. — Chanson railleuse contre les Auvergnats. 

ORLÉANAIS page 177 

Soumim. — Sologne, pays de fièvre. — La fièvre n'em- 
pèclie pas d'y chanter. — Divertissements. — Scène do 
cabaret. — Couplet des tilles sur les garçons et des 
garçons sur les filles. — Discussion éternello entre les 
deux sexes. — On la retrouve jnsqu'au village. — Art 
populaire d'tipinal. — Grav ures symboliques — L'homme 
con luit au moulrn par sa femme. — Manière d'assou- 
plir le caractère des femmes. — Le père Villet. — Co- 
médie jouée au tribunal. — Exclamation soudaine, — 
Services rendus à l'histoire par l'imagerie. — Les 
curés au bois. — Gaudrioles salées. — Caractère des 
chansons de la Sologne. — Le sentiment ne se dé- 
montre pas. 

PHOVKNCE ET COUTAT D AVIGNON, page 185 

Soviimim — Ballet anglais. — Danse provençale. — l.a 
danse du porter et la danse des Olivettes. — Notre 
surprise et notre ignorance. — Cour d'amour. — Les 
Itftunuivngis. — Construction du pont d'Avignon. — 
Il émerveille tous les esprits. — Sa chanson. — Chan- 
son et musique d'une ebauson très-ancienne. — Thème 
naïf et sauvage. — Deux notes seulement. — L'enfant 
et le sauvage. — Sentiments identiques. 



o< 221 >e» 



ILB-DB-F1ANCE page 193 

SoyuAiin. — Souvenir de Gérard. — Son esprit diiigé 
vers la poésie populaire. — Sa vois douce. — La 
Bohême galante. — Ses pcl.ls voyages, semés d'im- 
prévus. — Le chevalier errant de l'art populaire. — 
Où te menaient quelquefois ses voyages. — Ses pré- 
occupations. — Recherches bibliographiques de Gérard 
dans le Soissnnnais. — L'histoire de l'abbé du Buc- 
quoy. — Pourquoi le nom de Gérard se trouve si 
souvent dans celte notice. — Chansons de Gérard eu 
prison. 

KOUSSILLOH page 201 

Smomim. — Plantation d'un mai. — Estampe curieuse. 
— Trrs in uno. — Pourquoi Manon Lescaut est un 
livre éternel. — J'ai tant pleuré — Rareté des femmes 
poêles au village. — Oracles en vers. — Le porte 
Dorothée. — Superclieric d'une femme pocle. — Ce 



qu elle cachait dans son armoire. — Les villageois 
n'aiment pas les femmes qui font des vers. — Lamar- 
tiuc aui yeui des paysans méconnais. — Ce que pensent 
les paysans des femmes de génie. — Les hommes font 
seuls les chansons. — Chanls des patres, des mineurs 
et des bûcherons dans le Roussillon. — Les jutjlars. 
— Souvenirs arabes et espagnols dans les environs de 
Rayonne. — L'almaratza. 

CHAMPAGAE :....'.. page 209 

SnnUflut. — Importance historique d un couplet. — l ire 
le roi Franecis! — Mœurs el habitudes locales. — 
Chanson d'une ville contre une autre — M. Tardé. — 
Chanson de m ii , sorte de noël. — L'amour revient 
avec le mois de mai dans les autres provinces. — Mé- 
langes de religion et de cuisine dans les noëls de cer- 
taines provinces — L'esprit français de Désaugiers. — 
Une bonteille de vin de Champaguc décrite en cinq 
petits vers. 



TABLE 

nus 



CIIAXSOXS POPULAIRES DES PROVIXCES DE FRAXCE 



PAR ORDRE DE LIVRAISONS. 



Page». 

1 1C Liv. PICARDIE. — La Belle est au jardin 

d'amour. 3 

La Ballade de Jésus-Christ 5 

Le Bouquet de ma mie 8 

2"' L ' Liv. FLANDRE. — La Fête de Sainte- 

Annc 11 

Le Hareng saur 13 

Le Messager d'amour 16 

3 me Liv. ALSACE. — Le Jardin 19 

Le Diablotin 22 

La chanson du Hanneton 24 

4 me Liv. LANGUEDOC. — Romance de Clo- 

tilde 27 

Joli dragon 29 

Dans un jardin couvert de fleurs. . 32 

5"»- Liv. NORMANDIE. — En revenant des 

noces 35 

Le Moulin 37 

Ronde du pays de Caux 40 

C"" 1 Liv. BOURGOGNE. — J'avais un' ros' 

nouvelle 43 

Eho! Eho! Eho! 45 

Voici venu le mois des fleurs. ... 47 

7 me Liv. BERRY. — La voilà, la joli' coupe. 51 

J'ai demandé-z-à la vieille 53 

Petit soldat de guerre 56 

S""- La. GUYENNE ET GASCOGNE. — Mi- 

chaut veillait 59 

La Filla du président 61 

Dès le matin 63 



rafles 

9 me Liv. AUVERGNE. — Bourrées de Chap- 

des-Beauforf 07 

Quand Marion s'en va-t-à l'ou ... 69 

Bourrée d'Ambert 72 

10»"= Liv. SAINTOXGE , AXGOUUOIS ET 
PAYS D'AUNIS. — La Femme 

du roulier 75 

La petite Rosette 77 

La Maîtrcss' du roi céans 80 

11'»'' Lu. FRANCHE -COMTÉ. — Au bois 

rossignolet 83 

Les trois princesses 85 

Paysan, donn'-moi ta fille 88 

12»' e Lu . BOURBONNAIS. — Mon père a fait 

bàlir château 91 

Jolie fille de la garde 93 

Dcrrièr' chez nous 96 

13"' c Liv. BÉARN. — Belle, quelle souffrance. 99 

Pauvre brebis 101 

Cantique antounat par Jeanne d'AI- 

bret 104 

I V'" Liv. POITOU. — Nous somm's venus 

vous voir 107 

La Y'nu' du mois de mai 110 

C'est aujourd'hui la foire 112 

15 Lu . TOURAINE, MAINE ET PERCHE. 

— La verdi, la verdon 115 

La Violette 117 

Su' l'pont du Nord 120 



•=>■ 22 \ 



16'"° Liv. NIVERNAIS. — Lorsque j'étais petite. 125 

Quand j'étais vers chez mon père. . 125 

.l'étions trois capitaines I2S 

17™ Liv. LIMOUSIN ET MARCHE. — Pour- 
quoi me faire ainsi la mine? . . 131 

Les Scieurs de long 133 

Quoiqu'en Auvergne 136 

18""' Liv. ANJOU. — Nous sommes trois sou- 
verains princes 139 

La chanson du Rémouleur 141 

\"y a rien d'aussi charmant. . . . 143 

I9 me Lu. DAUPHINË. — J'entends chanter 

ma mie 147 

LaPernette 149 

La Fille du général de France. . . 152 

20""= Lu. BRETAGNE: — A îttirt's, à Nant's 

est arrivé 155 

Rossignolct des bois 157 

Ronde des filles de Quimprrlc. . . 160 

21 m " Lu . LORRAINE. — J'y ai planté rosier. 163 

Mon père m'envoic-t-ù l'herbe. . . 165 

Le Rosier d'argent 168 

22""' Lu. LYONNAIS. — Relie, allons nous 

épromener 171 

Nous étions dix filles dans un pré. . 173 

Pingo les noix 176 



23 Liv. ORLÉANAIS. — Les Filles de Ccr- 



nois 179 

Le Piocheur de terre 181 

Les Cloches 184 

24»" Liv. PROVENCE ET COMTAT D'AVIGNON. 

— Sur la montagne, ma mère. . 187 

Sirvcnte contre Guy 189 

Bonhomme, bonhomme 191 

25"" Liv. ILE-DE-FRANCE. — Germine. . 195 

Chanson de l'avcinc 197 

Si le roi m'avait donné 200 

26"" LlV. ROUSSILLON. — J'ai tant pleuré. 203 
Le Changement de garnison. . . . 205 
En revenant de Saint-Alban 207 

27"' c Lu. CHAMPAGNE. — Cécilia 211 

Sur le bord de l'île 213 

C'est le jour du gigotiau 216 

28»" Liv. PRÉFACE i 

29 me Lu . — » 

30"" Lu. TITRE. 

— FRONTISPICE 

— TABLES 217 




pauis Tïi'or.HU'iii:: de BF.IfBI pi.on , iiie r.vn VNC.ii.nE , «. 



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àUG 28 1916